par Jacques Guilhaumou
CNRS/UMR « Triangle. Action, discours, pensée politique et économique », ENS-LSH Lyon
Dans son ouvrage sur L’Espace Public, Jürgen Habermas se fixe comme objectif de décrire l’idéal-type de « la sphère publique bourgeoise » à partir de contextes historiques propres à la France, l’Allemagne et l’Angleterre au 18ème siècle et au début du 19ème siècle. Michel Foucault, dialoguant avec Habermas, trouve dans cet ouvrage majeur – mis en valeur par la réflexion de Kant en 1784 sur Qu’est-ce que les Lumières ? - une réflexion centrale sur l’usage public et universel de la raison, dans son lien consubstantiel à la liberté. Il le situe ainsi au centre d’une pensée critique qui prend pour point de départ le questionnement suivant : « Quelle est cette raison que nous utilisons ? Quels en sont les effets historiques ? » (Foucault, 1994, p. 279 et 562). Roger Chartier (1990), historien des pratiques culturelles, se propose alors de partir d’une telle problématique habermasienne de l’espace public, pour comprendre « la manière dont a été construite au XVIIIème siècle la notion d’opinion publique ».