Bonnet de 
la liberté

Révolution Française

« The Many and the Few » Économie politique aristocratique versus économie politique républicaine aux Etats-Unis (1790-1793)   Etudes

par Marc Belissa Université Paris Nanterre

Dans mes articles précédents sur le républicanisme aux Etats-Unis dans la décennie 1789-1799, j’avais dans un premier temps étudié le débat sur la nature de la jeune république par le biais du cérémonial lors de la mise en place du gouvernement fédéral en 1789 et 1790, j’ai ensuite présenté la réception de la première partie de Rights of Man aux Etats-Unis en 1790 et 1791 et notamment le débat pour et contre la critique de Paine par John Quincy Adams/Publicola, débat qui posait à nouveau la question de la nature de la république américaine au regard de la « constitution britannique » et de la Révolution française (1). Je poursuis aujourd’hui en m’intéressant à l’émergence d’une économie politique républicaine, selon l’expression de l’historien Drew McCoy (2), en 1792-1793 chez un certain nombre de commentateurs critiques de la politique économique et financière du gouvernement fédéral. Une fois de plus, c’est la question de la nature de la république qui est posée à travers ce que l’on pourrait appeler, dans le langage actuel, des projets de société concurrents.

Dès 1789, des critiques s’élèvent contre la politique économique du Secrétaire d’Etat au Trésor Alexander Hamilton. Ces critiques s’accentuent en 1790 et 1791 jusqu’à provoquer l’apparition de ce que James Madison et Thomas Jefferson commencent à appeler au printemps 1792 le « parti républicain » ou le republican interest. Ces débats se poursuivent en 1792 et au début de 1793 en relation avec l’évolution économique et sociale qui marque ces premières années de la république fédérale.

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La conception de la liberté comme non-domination de Philip Pettit   Etudes

Par Alberto Ribeiro G. de Barros, Université de Sao Paulo

Il s'agit ici d’évaluer si la conception de la liberté comme non-domination, telle qu’elle est formulée par Philip Pettit, correspond au sens que la tradition républicaine a attribué à l’idée de liberté et si elle peut être considérée comme une alternative à l’opposition entre liberté négative et liberté positive. L’hypothèse est qu’elle découle d’une interprétation restreinte et partielle de l’idée républicaine de liberté qui se trouve dans le travail de l’historien Quentin Skinner. Ainsi, elle s’éloignerait des importants courants du républicanisme moderne. Afin de discuter cette hypothèse, je présenterai d’abord la conception de liberté comme non-domination et les principales objections apportées à la formulation de Pettit ; ensuite, j’examinerai l’interprétation de Skinner et ses aspects les plus problématiques ; pour finir, je commenterai certaines conséquences de l’utilisation de cette interprétation pour le projet de Pettit.

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« Fraternité » dans le lexique de la révolution française   Etudes

Fraternité et Révolution française : parent pauvre ou mot dans la bouche de tout le monde ?

Par Cesare Vetter et Elisabetta Gon, Université de Trieste

A la fin du texte, les auteurs proposent les concordances complètes des mots qui font partie de la famille lexicale de « fraternité» chez Hébert, Marat, Saint-Just et Robespierre.

La « fraternité » recouvre-t-elle un rôle de « parent pauvre » dans le lexique de la Révolution, comme l'affirme Mona Ozouf (1) et comme l'a unanimement et longtemps soutenu l'historiographie révolutionnaire ? À la lumière de nouveaux potentiels de recherche provenant de la numérisation des sources et du déploiement des instruments de la linguistique computationnelle, la réponse doit être reconsidérée : en partie oui, en partie non (2). Le nombre d'occurrences est modeste, non seulement par rapport aux deux autres mots de la devise républicaine (« liberté, égalité, fraternité») (3), mais aussi par rapport à la plupart des mots à forte teneur sociopolitique de la période révolutionnaire. Modeste mais non négligeable (4). Les études sur les corpora numérisés de la période révolutionnaire dont les chercheurs disposent, nous disent que « fraternité » n'est pas parmi les « mots qui sont dans la bouche de tout le monde» (5), cependant sa présence est significative tant en termes de fréquence absolue que de fréquence relative dans le discours public de la Révolution. Les évidences lexicométriques dont nous disposons en ce moment sont provisoires et pourraient changer suite à l'acquisition de nouveaux corpora numérisés. Elles semblent toutefois indiquer plutôt qu’un parent pauvre, un parent modeste, mais digne.

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Le mot «jacobin(s)» dans le lexique de Robespierre   Etudes

Avant propos de Jacques Guilhaumou (ENS Lyon), suivi de la présentation des concordances et collocations de la lexie jacobin(s) chez Robespierre, par Cesare Vetter et Elisabetta Gon (Université de Trieste).

Le mot «jacobin(s)» dans le lexique de Robespierre : évidences lexicologiques et lexicométriques

Par Jacques Guilhaumou, Directeur de recherche honoraire au CNRS en Sciences du Langage, UMR « Triangle », ENS LSH Lyon.

La dénomination de « Jacobins » renvoie au fait que les Dominicains sont appelés en France « Jacobins ». Le Club breton, en s’installant à Paris dans l’un de leurs couvents à la fin de 1789, le couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré, s'autodésigne d’emblée « Société des amis de la constitution, séante aux Jacobins ». De fait, Robespierre utilise très souvent le nom de « Jacobins » pour désigner la « Société des Amis de la Constitution séante aux Jacobins », puis la « Société des amis de la liberté et de l’égalité séante aux Jacobins » (en résumé La Société des Jacobins), et de ce fait les Jacobins réunis en son sein. Le tableau des collocations de « Jacobins » (voir ci-après) avec 353 emplois présente en première ligne la série de mots avec leurs fréquences : La (65) – la (31) – Société (31) – club (10) des (121) Jacobins / Les (143) Jacobins, associés aux spécificités, la Tribune (13) des Jacobins, le club (10), la séance (13) des Jacobins. Il s’agit là d’un premier indicateur d’usages, de nature lexicométrique. Certes l’indexation des collocations renvoie à une diversité textuelle, d’une part les discours et les écrits de Robespierre, et d’autre part les comptes-rendus dans les journaux de ses interventions à la Société des Jacobins et la Convention.

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La vertu dans le lexique de Robespierre : évidences lexicologiques et lexicométriques   Etudes

Par Cesare Vetter et Elisabetta Gon, Université de Trieste

Chez Robespierre, dimension morale et dimension politique sont étroitement liées. Au cours de l'été 1791 Robespierre affirme ainsi que la « politique (…) des fondateurs de la liberté » ne peut « être que la morale même » (1). Dans son discours Sur les principes de morale politique (5 février 1794) il souligne que « dans le système de la Révolution française, ce qui est immoral est impolitique, ce qui est corrupteur est contre-révolutionnaire » (2). La contre-révolution, avant d'être une « contre révolution politique » est une « contre-révolution morale » (3). Le point de convergence de ce puissant entrelacement entre morale et politique est la vertu. La tâche du législateur est de «conduire les hommes au bonheur, par la vertu, et à la vertu, par une législation fondée sur les principes immuables de la morale universelle, et faite pour rétablir la nature humaine, dans tous ses droits et dans toute sa dignité première » (4). La vertu permet aux hommes d’ « attacher leur bonheur individuel au bonheur public » (5).
La notion de vertu a toujours été au centre de la réflexion historiographique sur la pensée de Robespierre. Nous nous limiterons ici à quelques considérations d'ordre général et à proposer en avant-première à la communauté scientifique les concordances complètes de la lexie « vertu(s) » dans les onze volumes des Œuvres de Robespierre, que nous avons composées pour le deuxième tome du Dictionnaire Robespierre (voir la présentation du premier volume), en cours d'élaboration avancée (6).

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La réception de la première partie de Rights of Man aux États-Unis en 1791 (2)   Etudes

Un défi aux "hérésies politiques" : la réception de la première partie de Rights of Man aux États-Unis en 1791 - Deuxième Partie (Voir la vidéo du séminaire au cours duquel ce texte a été présenté, lire la première partie)

Par Marc Belissa Université Paris Nanterre

Encore plus d’hérésies : Publicola contre Paine

La contre-offensive fédéraliste contre Paine débuta le 18 mai par la publication d’un article sans doute dû à la plume de John Quincy Adams dans la Gazette de Fenno (48). Anticipant les Letters of Publicola, l’article commençait par une défense ironique de "l’esprit d’hérésie" faisant évidemment référence à la note de Jefferson. Surtout, il posait la question de la constitution anglaise et de sa critique par Paine. Plutôt que de s’attaquer directement à la Révolution française comme l’avait fait Burke, l’auteur entreprenait de défendre l’idée qu’il existait bien une constitution anglaise qui, bien que non écrite, était parfaitement légitime, contrairement à ce qu’avait écrit Paine. Selon l’auteur de l’article, les constitutions ne sont pas des "bits of parchment" changeables à volonté par les peuples mais des principes écrits dans les cœurs des Anglais : "The people of England have high ideas of personal, social and political freedom — and these ideas are inseparably connnected with certain great principles, which they wisely suppose form the great outlines of a constitution". Cette constitution anglaise, comme la common law dont elle est l’expression, est fondée sur la raison et est inscrite dans la conscience de chaque "free-born Englishman".

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La réception de la première partie de Rights of Man aux États-Unis en 1791 (1)   Etudes

Un défi aux "hérésies politiques" : la réception de la première partie de Rights of Man aux États-Unis en 1791 - première partie (Voir la vidéo du séminaire au cours duquel ce texte a été présenté)

Par Marc Belissa, Université Paris Nanterre

En avril 1791, John Beckley, secrétaire de la Chambre des représentants et ami politique de Thomas Jefferson et James Madison, transmet à ce dernier un exemplaire de la première partie de Rights of Man (1), publiés deux mois plus tôt à Londres (2). Madison — à ce moment un des principaux leaders de la Chambre qui s’est opposé aux projets du secrétaire d’État au Trésor, Alexander Hamilton — fait parvenir le pamphlet à Jefferson, alors Secrétaire d’État c’est-à-dire ministre des Affaires étrangères, pour qu’il puisse contacter des imprimeurs afin d’éditer l’ouvrage aux États-Unis. Jefferson écrit alors à un certain Jonathan Bayard Smith, père de Samuel Harrison Smith un imprimeur de Philadelphie, et accompagne le pamphlet de Thomas Paine d’un court billet déclarant sa satisfaction "that something was at length to be publicly said against the political heresies which had late sprung up among us" (3). Sans que Jefferson en ait été avisé, l’imprimeur publie le pamphlet qui sort le 3 mai 1791, accompagné du billet du Secrétaire d’État, fort embarrassé de cette "fuite" qui le met en porte-à-faux à l’intérieur du gouvernement de Washington.

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République monarchique ou démocratique ?   Etudes

La querelle des titres et la construction d’un cérémonial républicain aux États-Unis en 1789-1791

par Marc Belissa, CHISCO, Université Paris Nanterre

(Voir la vidéo)

En avril 1789, le Premier Congrès de la jeune République fédérale américaine se réunissait à New York. Alors que le processus de ratification de la nouvelle constitution par les treize états n’était pas encore totalement achevé (la Caroline du Nord et le Rhode Island ne la ratifient qu’en mai 1790), il revenait au Premier Congrès de mettre en place les nouvelles institutions dont l’élaboration n’avait pas été réalisée sans obstacles. Dans le débat qui avait suivi la Convention de Philadelphie de 1787 dans laquelle le projet de constitution fédérale avait été rédigé (1), les oppositions avaient été nombreuses tant sur la nature même du gouvernement fédéral que sur ses composantes (2). Celle qui apparaissait peut-être la plus dangereuse aux opposants antifédéralistes et même à certains des partisans du gouvernement fédéral était la fonction présidentielle. Quand on avait proposé à Philadelphie le principe d’un exécutif personnel, un grand silence s’était fait, tant l’idée d’un Président chef de l’exécutif faisait penser à une monarchie déguisée. Les débats autour de la nature du pouvoir présidentiel et surtout sur ses limites nécessaires avaient été particulièrement vifs. Dans les journaux antifédéralistes, l’accusation de monarchisme était partout même si la peur d’une monarchie à l’anglaise était tempérée par la certitude que George Washington — dont tout le monde savait qu’il serait élu Président — n’aspirait pas à devenir roi (3).

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Clore le gouffre de la Terreur   Etudes

Par Françoise Brunel, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

« Clore le gouffre de la Terreur » (1), est la version française originale de la communication présentée à la Conférence internationale sur la Terreur dans la Révolution française organisée, à Stanford University les 10-13 décembre 1992, par Keith Michael Baker, Steven Lawrence Kaplan et Colin Lucas. Le texte a été publié en anglais sous le titre « Bridging the Gulf of the Terror » dans The French Revolution and the Creation of Moderne Political Culture, volume 4, The Terror, sous la direction de Keith Michael Baker, Oxford, Pergamon Press Elsevier Science, 1994. Comme certaines réflexions et pistes de recherche ont trouvé un écho dans de récents travaux, nous n’avons pas jugé inutile de le publier en français, la publication en langue anglaise étant demeurée confidentielle dans les bibliothèques françaises. S’agissant d’une version originale, nous n’avons modifié ni le texte ni les notes, hormis de rares précisions historiographiques indispensables aujourd’hui et indiquées en caractères gras.(FB)

Que l’an III pouvait être « une mine d’or pour l’étude de l’an II », Richard Cobb l’a écrit et démontré par ses travaux (2). En d’autres termes, parler de mettre fin à la Terreur, c’est encore parler de la Terreur. Quel est le statut juridique de la Terreur ? Quel est surtout son lien avec le Gouvernement révolutionnaire ? Quel est, enfin, le régime qui, de thermidor an II à brumaire an IV, durant quinze mois, gouverne la France ? Et, dès lors, quelle peut être l’interprétation du 9 thermidor et celle du « moment thermidorien » dans la « synthèse républicaine » (3). Interrogeons ces mois intenses qui, de la chute de Robespierre à la mise en œuvre d’une nouvelle constitution, voient la fin, non de la Montagne, mais de la Terreur, non le démantèlement, mais l’investissement du Gouvernement révolutionnaire pour une création politique originale, un Gouvernement révolutionnaire sans Terreur – mais non sans une certaine contrainte – sous la conduite d’une coalition de Montagnards, de députés de la Plaine et bientôt de Girondins, réintégrés de frimaire à ventôse an III.

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Republican Freedom and Basic Income. A Contemporary Interpretation of Jefferson and Robespierre   Etudes

Par Bru Laín, Université de Barcelone

This paper was discussed at the Mancept Workshop in Political Theory, 4th–6th September 2013, University of Manchester. This version just includes some linguistic and reference nuances.

Abstract: This paper explains the role that material independence plays in articulating the republican notion of freedom. As it suggests, a contemporary conception of this freedom would require two major policies. On the one hand, the introduction of some floors to assure individuals the minimum material means in order for them to achieve a protected social status. On the other, to impose a sort of ceilings restricting the excessive wealth accumulation by few private hands that potentiate multiple relations of domination and civil dependence jeopardizing the sphere of the free civil society. The paper defends that for the republican notion of freedom as non-domination both the guarantee of material independence and the limitation of accumulation, are necessary conditions –although not sufficient– to articulate an effective and free civil society. In doing so, the work of Thomas Jefferson and Maximilien Robespierre may be a powerful toolkit to re-think both institutional requirements. The paper concludes arguing that a proposal such as the Basic Income would properly endorse this republican notion of freedom as non-domination for our contemporary societies.

Keywords: Freedom, Republicanism, Material Independence, Jefferson, Robespierre, Basic Income.

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Citoyenneté, République, Démocratie : une approche quantitative   Etudes

Par Marco Marin, Université de Trieste

Texte présenté lors de la séance du séminaire L'Esprit des lumières et de la Révolution du 22 janvier 2015.

Nous allons étudier les usages discursifs de trois lexies qui forment l'intitulé du séminaire de cette année, c'est-à-dire : « citoyenneté », « république » et « démocratie ».
L'analyse portera sur les auteurs et sur les ouvrages numérisés (ou en cours de numérisation) à l'Université de Trieste. Il s'agit des Œuvres de Robespierre et de Marat, du Père Duchesne de Hébert (imprimé entre le 4 novembre 1790 et le11 mars 1794) (1), de 115 catéchismes révolutionnaires (de la période 1788-1799), des 34 premiers numéros des Actes des Apôtres (publiés entre novembre 1789 et mi-février 1790), et de trois volumes des Révolutions de France et de Brabant de Desmoulins, pour un total de 38 numéros qui correspondent aux publications du mois de décembre 1789 et de quelques mois de 1790 (notamment de janvier à mai et de septembre à novembre) (2). Les occurrences de tous les corpora utilisés sont 6 000 000. Pour effectuer cet étude, j'ai profité de certains outils propres à la « lexicométrie » (dite aussi « statistique lexicale »), qui, selon Muller "est l'étude statistique du langage, effectué presque toujours à travers l'usage de l'ordinateur. Avec les techniques de la lexicométrie on peut procéder à des études comparatives et statistiques du vocabulaire. Elle permet d'établir les contextes d'emploi d'un vocable et les combinaisons les plus fréquentes dans lesquelles il entre, ce qui donne des informations sur le ou les sens de ce vocable" (3).

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Etre républicain sous la Constituante : la crise de Varennes   Etudes

Par Suzanne Levin, CHISCO-Paris Ouest Nanterre

Ce texte a été présenté au séminaire L'Esprit des Lumières et de la Révolution le 18 décembre 2014.

Quel fut le rapport de la Révolution française au (x) républicanisme(s) ? Voilà une question qui va au cœur du projet révolutionnaire et qui recouvre un vaste champ d’études. Il est donc juste que, depuis déjà plus d’un quart de siècle, cette problématique ait été renouvelée par plusieurs historiens, s’attaquant à ses divers aspects, à diverses époques de la Révolution, à divers acteurs. On peut citer parmi eux les animateurs passés et présents du séminaire L'Esprit des Lumières et de la Révolution et, en dehors de ce séminaire, notamment Raymonde Monnier.
Bien des aspects de cette problématique restent pourtant encore à éclaircir. L’aspect dont il s’agit ici est très particulier, mais non moins important pour notre compréhension de l’évolution du concept de la république à l’époque révolutionnaire. Il tourne autour des définitions changeantes de la république parmi les républicains autoproclamés et leurs défenseurs dans les débats journalistiques du printemps et de l’été 1791. Qu’est-ce que cela veut dire quand des révolutionnaires se réclament explicitement du républicanisme à cette époque ? Par ailleurs, en quoi la fuite du roi constitue-t-elle un tournant pour l’usage et l’évolution de la signification de ce terme ?

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La république au village en l'an II   Etudes

Par Guy-Robert Ikni

Cet article a été publié dans M. Vovelle (dir.), Révolution et République, Paris, Kimé, 1994, p. 252-262.

Au cours de la dernière période, des travaux novateurs ont rouvert le dossier de la politisation au village en s'interrogeant, notamment, sur les modalités d'implantation d'un jacobinisme rural (1). L'historien ne peut plus se contenter d'opposer une «bonne paysannerie», demeurée fidèle alliée de la République jacobine, et une « paysannerie » contre ou anti-révotutionnaire. Ni l'adhésion de la première, ni le refus de la seconde ne revêtirent un caractère univoque. Il demeure néanmoins quelques ambiguïtés tenaces concernant l'étude des rapports des paysans et de la politique. L'historien peut-il encore à cet égard cantonner la politisation des campagnes dans ce qu'il est convenu d'appeler la politique locale, par opposition à la grande politique ? A l'inverse, peut-on considérer comme le fit au siècle dernier le juriste Bouthors, que les principes, et le déroulement même de la Révolution française résultèrent avant tout de l'action des communautés paysannes qui, aux yeux de l'auteur, étaient déjà des modèles de petites républiques bâties autour des principes qui annonçaient en fait ceux de 1789 (2) ?

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Les ouvriers en France. 1700-1835   Etudes

Samuel Guicheteau, Les ouvriers en France.1700-1835

Par Samuel Guicheteau, Université de Nantes

Samuel Guicheteau a récemment publié Les ouvriers en France.1700-1835, Paris, A. Colin, Collection U, 2014. Il présente ici les enjeux historiographiques et épistémologiques de cet ouvrage.

Cette présentation vise à mettre en lumière quelques enjeux de l’histoire des ouvriers dans la Révolution française. Deux questions peuvent guider la réflexion : comment faire l’histoire des ouvriers ? Quels éclairages cette histoire des ouvriers apporte-t-elle à l’analyse de la Révolution ?

Identité et expérience : renouvellements de l’histoire sociale et de l’histoire de la Révolution française

Il n’est plus possible de considérer les ouvriers comme un groupe a priori. Cependant, il est également impossible d’ignorer l’importance de l’industrie au 18e siècle et, donc, l’existence d’une main-d’œuvre industrielle. Or, l’importance même de la main-d’œuvre industrielle a pour conséquence sa diversité : les ouvriers travaillent dans de multiples activités et dans des cadres variés (seul à domicile, en atelier, dans une manufacture concentrée, sur des chantiers) ; ils exercent des métiers plus ou moins qualifiés ; hommes et femmes, citadins et ruraux se distinguent ; enfin, les travailleurs de l’industrie présentent des situations socio-économiques différentes. Tandis que certains sont salariés, d’autres travaillent à façon (notamment des ruraux pluri-actifs, mais aussi de petits maîtres déchus à l’instar des célèbres canuts lyonnais). Cette diversité de la main-d’œuvre industrielle pose des problèmes de définition et de méthode. Tous ces travailleurs ne se sentent pas appartenir à un même groupe social : il existe donc des mondes ouvriers. De plus, à la hiérarchie des qualifications peuvent s’articuler le clivage des sexes, le clivage ville / campagne. La diversité se double donc de césures entre ouvriers. Les Ouvriers, comme les Paysans ou le Peuple, ne sont pas des catégories naturelles, mais des constructions forgées par les acteurs historiques, puis par des historiens.

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« Système de terreur » et « système de la terreur » dans le lexique de la Révolution française   Etudes

Par Cesare Vetter, Université de Trieste

Préambule : Quinet et le « système de la Terreur »

Dans le livre XVII de La Révolution (Théorie de la Terreur), Edgar Quinet, pour caractériser la Terreur de l’an II, utilise sans distinction les expressions « système de terreur » et « système de la Terreur » (1). On trouve une occurrence de « système de la Terreur » aussi dans le livre XVI (La Religion sous la Terreur)(2) et deux occurrences de « système de la Terreur » dans la Critique de la Révolution (3). Dans La Révolution - comme cela est déjà connu – les désignants « jacobins » et « montagnards » coïncident et dans le livre XII (La Convention), il décrit ainsi la différence entre Gironde et Montagne au sujet de la Terreur :

Ainsi se résout la question souvent posée, si la terreur eût été aussi sanglante entre les mains des girondins qu’entre celles des jacobins. Les premiers n’en eussent point fait un système ; cette conception ne fût jamais sortie de leur esprit (4).

La connotation de la Terreur en tant que « système » souleva dans les dernières années du Second Empire un large et passionnant débat parmi les républicains français (5) et demeure encore fondamentale dans la réflexion sur la Terreur.

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