Bonnet de la liberté

décembre 2024

L'Esprit des Lumières et de la Révolution 2024-2025 Séminaire

Programme 2024-2025 du séminaire de recherche animé par Marc Belissa, Yannick Bosc, Marc Deleplace, Florence Gauthier et Suzanne Levin.

Le séminaire se tiendra à distance, par visioconférences. Si vous souhaitez y participer, contactez-nous : redaction@revolution-francaise.net. Les séances auront lieu le jeudi de 18h à 20h.

- 9 janvier : Jean-Baptiste Budjeia (Université de Lille), Les Antipolitiques et les sections d'Aix, du duo fraternel au duel fratricide.

- 13 février : Yannick Bosc (Université de Rouen Normandie) et David Casassas (Université de Barcelone), La liberté contre le capitalisme.

Lire la suite

La Révolution française au cinéma : l'étrange malédiction Actuel

Texte de Gérard Mordillat, publié dans Le Monde Diplomatique en janvier 2019.

Le 25 décembre 2024 sort "Le Déluge", un film de Gianluca Jodice dont la bande-annonce laisse effectivement entrevoir un déluge de clichés. Nous republions pour l'occasion ce texte de Gérard Mordillat.

Une étrange malédiction semble frapper ceux qui se risquent à réaliser un film sur la Révolution française, comme en témoigne le dernier en date, Un peuple et son roi, de Pierre Schoeller (1). Au nom d'une illusion : l'objectivité historique voire de la neutralité scientifique, cette malédiction se manifeste par une absence de parti pris. Les cinéastes se veulent au dessus de la bataille « il est doux, quand la mer est haute et que les vents soulèvent les vagues, de contempler du rivage le danger et les efforts d’autrui : non pas qu’on prenne un plaisir si grand à voir souffrir le prochain, mais parce qu’il y a une douceur à voir des maux que soi-même on n’éprouve pas ", écrivait Lucrèce (2). Filmant la Révolution, les cinéastes s'interdisent de défendre l'une ou l'autre cause ou soutiennent à minima la cause du peuple sans que ce choix s'affirme autrement que dans les intentions. Au bout du compte (malédiction !), cela n'aboutit qu'à des films décevants. Les films produits sur la Révolution française sont tous des films décevants ; pas des mauvais films mais des films décevants. Quatre exemples bâtis sur le même modèle: Un peuple et son roi, La Révolution française de Robert Enrico (Les Années lumières) et de Richard T. Heffron (Les Années terribles) ou La Marseillaise de Jean Renoir (3). Tous montrent d'un côté le peuple insurgé à Paris (plus rarement en province), de l'autre le roi, la reine et leur cour à Versailles ou aux Tuileries. Les deux parties sont renvoyées dos à dos, comme s'il existait une égalité entre eux. Mais comment comparer les ors et les soieries des souverains régnants à l'infinie misère du peuple. Exception de taille : 1789 d'Ariane Mnouchkine (4) où balayant d'emblée cette fausse équivalence, la réalisatrice se débarrasse rapidement du roi (un pantin) pour raconter l'histoire du point de vue de Marie " une misérable " et instruire par l'image le procès de la monarchie. Choix très courageux car il est évident qu'il est plus flatteur de montrer le roi, sa femme, leur luxe, leurs costumes, leurs perruques, leurs banquets, leurs amours que de s'intéresser à la population parisienne en haillons, crevant de faim ou aux paysans les pieds dans la boue. La monarchie fait rêver le spectateur, le peuple lui fait se pincer le nez.

Lire la suite

Kritik und Krise de Reinhart Koselleck, une oeuvre d’historien, de philosophe ou de doctrinaire schmittien ? Etudes

Par Emmanuel Faye, ERIAC - Université de Rouen Normandie.

Séminaire « L’esprit des Lumières et de la Révolution », 18 janvier 2024.


Merci à Yannick Bosc, Marc Belissa et Florence Gauthier de m’accueillir, pour la
deuxième fois dans le séminaire sur « L’esprit des Lumières et de la Révolution ». J’étais intervenu une première fois à l’invitation de Florence Gauthier, en 2016, sur le sujet : « Hannah Arendt, Burke et les droits de l’homme ». De cette première rencontre était né un projet de journée d’étude et d’ouvrage sur Hannah Arendt, la Révolution et les droits de l’homme. La Journée s’est tenue à l’Université de Rouen Normandie en avril 2018 et le livre qui en a été tiré, édité avec Yannick Bosc, est paru en 2019 chez Kimé.
Je rappelle ces réalisations car mon intervention d’aujourd’hui se situe dans une certaine continuité avec ces travaux. L’historien allemand Reinhart Koselleck, dont il sera question dans cette séance, présente en effet, sur la conception de la modernité et des causes supposées du totalitarisme, plus d’une affinité avec Hannah Arendt, qu’il a d’ailleurs invitée à l’Université de Heidelberg en 1956, peu après la publication de l’édition allemande des Origines du totalitarisme.
Koselleck s’est d’abord fait connaître par sa thèse de doctorat sur le rôle des Lumières dans la modernité, publiée en 1959 chez Alber Verlag et intitulée Kritik und Krise : Eine Untersuchung der politischen Funktion des dualistischen Weltbildes im 18. Jahrhundert [Critique et crise : une étude de la fonction politique de la vision du monde dualiste au XVIIIe siècle]. Ce que Koselleck nomme la vision ou image du monde dualiste au XVIIIe siècle, c’est la séparation entre politique et morale, ramenée par lui à l’opposition entre extérieur et intérieur, public et privé. La thèse de Koselleck exprimée par le soustitre, c’est que cette dualité a elle-même une fonction politique.
Une édition quelque peu édulcorée de son livre, car dépourvue du sous-titre et d’une partie des notes, est parue en France deux décennies plus tard, en 1979, sous le titre Le règne de la critique. C’est sur cet ouvrage que je voudrais revenir, en abordant avec vous la question de sa signification et de son statut1. Je ferai référence au titre allemand plutôt qu’à sa transposition française, car la relation causale, selon Koselleck, entre critique et crise, que ne rend plus le titre français, est au cœur de sa thèse.

Lire la suite

Licence Creative Commons Révolution Française.net est sous Licence Creative Commons : Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification