Par Yannick Bosc, GRHis, Université de Rouen-Normandie.
Texte publié dans Moissonner la mer. Économies, sociétés et pratiques halieutiques méditerranéennes (XVe s.- XXIe s.), Gilbert Buti, Daniel Faget, Olivier Raveux, Solène Rivoal (dir.), Paris – Aix-en-Provence, Khartala – MMSH, 2018, p. 211-224.
Cette étude s’inscrit dans une recherche collective sur les « communs »1 , au sens d’Elinor Ostrom, c’est-à-dire, si l’on suit la définition proposée par Benjamin Coriat, « des ensembles de ressources collectivement gouvernées, au moyen d’une structure de gouvernance assurant une distribution des droits entre les partenaires participant au commun et visant à l’exploitation ordonnée de la ressource, permettant sa reproduction à long terme »2. Ce dernier point concerne la célèbre thèse de Garrett Hardin3, dont Ostrom a fait la critique, thèse selon laquelle les communs seraient incompatibles avec la protection des ressources naturelles puisqu’ils engendreraient leur gaspillage et à terme leur épuisement. La prud’homie des patrons-pêcheurs de Marseille dont il sera ici question est un « commun » : elle est constituée autour de la ressource halieutique, dispose d’un règlement prud’homal – établi par la communauté – qui en fixe l’accès, la ressource étant gouvernée collectivement par l’assemblée des patrons-pêcheurs, dont le tribunal prud’homal est l’émanation. Contre Hardin, nous constaterons que la reproduction de la ressource à long terme est l’enjeu de ce dispositif4.

