Révolution Française

Récit d'un événement : De la "marche civique" à "l'émeute"du 5 Vendémiaire an III à Marseille. - Mots

par Jacques Guilhaumou, UMR "Triangle", ENS/LSH Lyon

Nous proposons présentement l'analyse discursive d'un événement qualifié de façon restrictive d'émeute par les historiens, et qui prend l'allure, au regard des archives disponibles, d'une marche civique : le rassemblement jacobin du 5 vendémiaire an III (26 septembre 1794) à Marseille. Dans le but de complexifier l'abord de cet événement, nous nous efforçons d'abord de décrire comment de simples spectateurs d'une "farandole" peuvent adhérer à un mouvement basé sur les principes républicains au point d'en devenir les protagonistes. Puis nous centrons notre attention sur la stratégie discursive des représentants en mission, qui tend à nier les médiations attestées, décrites par ailleurs dans les sources, avec l'objectif d'instaurer la mise en scène d'une loi révoquée depuis 1793, la loi martiale. Ainsi les ressources réflexives de cet événement discursif s'avèrent plus riches que le simple qualificatif d'émeute le laisse penser, en particulier à travers les témoignages que nous reproduisons par ailleurs, et bien sûr les justifications des citoyens arrêtés à l'issue de cette "émeute".

Lire la suite

La « Tricoteuse » : formation d’un mythe contre-révolutionnaire - Mots

Par Dominique Godineau, CERHIO UMR 6258 Université de Rennes II

"Tricoteuses : C'est ainsi qu'on appela les femmes d'origine populaire qui suivaient en tricotant les séances de là Convention et apostrophaient les députés depuis les tribunes. Elles se trouvaient aussi sur le chemin menant à l'échafaud et participaient aux "messes rouges", trempant leurs mouchoirs dans le sang des victimes. La plus célèbre des tricoteuses est Aspasie Carlemigelli qui foula aux pieds le cadavre du député Féraud, massacré le 20 mai 1795..." (1).

"Tricoteuses : Durant la Terreur, elles s'installent, quelques unes sans doute avec leur tricot, au pied de la guillotine pour voir tomber les têtes. D'où la légende des Tricoteuses de Robespierre » (2).

"la tricoteuse" : "image fantasmatique de la femme sur laquelle la Révolution évacuait une partie de la sauvagerie dont elle se savait porteuse"..."celle qui au pied de l'échafaud se délecte avec une complète insensibilité au sanglant spectacle qui lui est offert" (3).

« Tricoteuses : terme désignant les femmes qui s’assemblent devant la guillotine ou suivent la charrette /des condamnés/ en tricotant » (4).

Lire la suite

Dictature : les vicissitudes d'un mot. France et Italie (XVIII et XIX siècles) - Mots

Par Cesare Vetter, Université de Trieste

Version longue en italien

Dans le lexique contemporain les mots dictateur / dictature et leurs dérivés adjectifs et adverbiaux ont une connotation négative. Dans tous les registres et dans beaucoup de langues. Dans le langage commun parlé, dans la communication politique, culturelle, télévisée et journalistique (mais souvent aussi dans la production historiographique) dictature et ses dérivés sont utilisés comme des synonymes de despotisme et tyrannie, pour supprimer toute légitimité aux personnes, aux événements, aux propositions. Ils évoquent des réactions de refus, ils véhiculent le dégoût.

Lire la suite

Marseille - Paris, la formation et la propagation d'un mot d'ordre: "du pain et du fer" (1792-1793) - Mots

Par Jacques Guilhaumou, UMR "Triangle", CNRS/ENS-LSH Lyon.

Pendant longtemps, les historiens de la Révolution française ont conçu de manière unilatérale les rapports entre Paris et la province au niveau de la circulation des hommes, des idées et des mots d'ordre. Le couplet sur le centralisme idéologique des Parisiens, en particulier pendant la période jacobine, se retrouvait très souvent sous leur plume. La communication politique était ainsi réduite à son expression la plus simple : Paris impose sans partage ses idées aux provinciaux. Les travaux effectués autour de Michel Vovelle, à partir d'une source sérielle, les Archives parlementaires, ont décloisonné l'interprétation traditionnelle des liens entre Paris et la province, et ont permis à cet historien d’en proposer une nouvelle synthèse (1). L'étude de la réception, par l'entremise des adresses, des initiatives parisiennes met alors en évidence l'importance de la marge stratégique dont disposent les patriotes de toute la France sur le terrain idéologique. Puis, les travaux en de domaine se sont diversifiés, à l’exemple du numéro spécial des Annales Historiques de la Révolution française N°330 (2002).

Lire la suite

Les mots de Marat - Mots

par Agnès Steuckardt, Université de Provence

La Révolution française, en ouvrant l’espace politique à l’ensemble des locuteurs français, a changé leurs pratiques discursives et, conjointement, leur langue même, et plus particulièrement son lexique. Le débat politique public et la presse d’opinion ont, au cours de la période révolutionnaire, élaboré leurs usages linguistiques. Quelle part Marat a-t-il prise à cette révolution linguistique ? La lecture de L’Ami du peuple, assistée par les moyens que fournit le traitement automatique du vocabulaire (1), permet de suivre au jour le jour les mutations qui s’accomplissent dans et par ce discours, et qui construisent, pendant la période 1789-1792, une première manière de la langue politique en français. On dégagera dans un premier temps les conditions qui président à la production du discours de Marat, pour en venir ensuite à sa contribution au renouvellement du lexique politique.

Lire la suite

Le discours du représentant en mission Maignet en l’an II. - Mots

Un parcours communicationnel (3)

par Jacques Guihaumou, UMR Triangle, ENS-LSH Lyon

Une fois installé à Marseille, le Montagnard Maignet, proche de Robespierre, se consacre à l'établissement du gouvernement révolutionnaire dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse, tout en opérant une entreprise de "régénération" en direction des citoyens provençaux, et plus spécifiquement des Marseillais. Certes sa politique trouve sa principale légitimité dans la mise en oeuvre de son Instruction sur le gouvernement révolutionnaire, présentée par ailleurs, à l'exemple de la multiplication des comités révolutionnaires. Mais il nous importe surtout de préciser les caractéristiques discursives d'un parcours communicationnel propice à l'action gouvernementale, sur la base de l'usage de diverses notions employées par ce représentant en mission, et tout particulièrement les notions d'énergie, d'activité, d'unité d'action, de mouvement, de machine politique, de mesures, d'objets, de choses, de personnes et enfin d'hommes. Nous abordons ainsi le volet proprement discursif de la politique de Maignet, parallèlement à la présentation de l'ensemble de sa politique de suspicion et de régénération, au sein d'une autre étude, en collaboration avec Martine Lapied, sur le présent site.

Lire la suite

Analyse d’énoncés : Marat est mort (13 juillet 1793) /Marat n'est pas mort (l6 juillet 1793) - Mots

par Jacques Guilhaumou, UMR Triangle, ENS-LSH Lyon

Notre analyse de l'événement « Mort de Marat », présentée de manière succincte sur le présent site a été effectuée dans une période, les années 1980, marquée par un élargissement de notre domaine d'investigation d’historien du discours (1). A ses débuts, l'analyse de discours s'intéressait presque exclusivement à des discours doctrinaux, donc fortement argumentés. Ses interrogations du côté de l'histoire s'étendent désormais aux réalisations discursives du savoir social les plus diverses, donc à la totalité des énoncés historiquement attestés. Soucieux de promouvoir une histoire sociale des textes, l'historien du discours n’a donc cessé de complexifier sa démarche. Le temps de la simple confrontation entre des analyses paraphrastiques en corpus et des jugements de savoir extratextuels – ce qu’on appelle les conditions de production - est bien révolu. Il s'agit désormais d'articuler la description textuelle d'un événement à un ou plusieurs moments de corpus (2).

Lire la suite

Tableaux croisés chez Mercier et Rutlidge : le peuple de Paris et le plébéien anglais - Mots

par Raymonde Monnier, CNRS

Cette historienne du mouvement républicain au début de la Révolution française présente, dans une étude publiée par les Annales Historiques de la Révolution française, une analyse sémantique des mots peuple et plébéien d'un point de vue comparatif. Elle associe en effet, dans des tableaux parallèles du peuple de Paris et de Londres, deux écrivains, Mercier et Rutlidge qui tentent de construire, chacun à sa manière et avec son lexique propre, une image particulière de la république.

Nous la remercions de nous avoir permis de publier, en appui de cette étude exemplaire d'une approche discursive, deux textes de Rutlidge et Mercier.

Lire la suite

Néologismes en temps de Révolution - Mots

Fiction carnavalesque

Par Jacques Guilhaumou, UMR Triangle, ENS-LSH Lyon

Parmi les milliers de mécontents que la révolution a suscités, un homme très honnête voit et ne veut voir que les effets de l’anarchie ou plutôt de la panarchie, c’est-à-dire de la législation de tous (1). Mais, soucieux d’en savoir plus, il se rend à Paris de sa Province méridionale pour rencontrer d’honnêtes gens et lire de bons journaux. Suivons les flâneries burlesques à travers Paris de cet aristocruche (2) qui ne connaît que des principes inconstitutionnels et mimonarchiques (3). Ne confond-t-il pas les vrais, ardents et utiles patriotes avec les têtes exaltées par des idées fausses, vagues, exagérées, inconsistantes, associant alors à la confusion des idées l’abus des mots (4) ? Son imagination ne trouve-t-elle pas dans ce séjour une raison singulière de s’échauffer, ne lui inspire-t-elle pas une foule d’idées, que nous croyons ne pas devoir laisser échapper au lecteur, aussi burlesques soient-elles ?

Lire la suite

« La terreur à l’ordre du jour » : un parcours en révolution (1793-1794). - Mots

Par Jacques Guilhaumou, UMR « Triangle », ENS-LSH Lyon

Dans la gamme diversifiée des travaux lexico-sémantiques sur les discours de la Révolution française, les études d’Annie Geffroy (1) et de Gerd van den Heuvel (2) retracent l’histoire du mot terreur pendant la décennie révolutionnaire. L’analyse de discours ouvre à une approche plus événementielle et plus historique des usages de ce mot en se centrant présentement sur l’émergence de l’expression « la terreur à l’ordre du jour » le 30 août 1793 au Club des Jacobins, et sur son devenir jusqu’à la première défaite du mouvement populaire avec l’arrestation des dirigeants cordeliers en mars 1794. Nous nous proposons donc de préciser le contexte discursif de formation de cette expression pendant l’été 1793, puis de suivre sa propagation au cours l’automne 1793 et de l’hiver 1793-1794 en essayant dans le même temps d’en situer les enjeux politiques.

Lire la suite

Laconisme et abondance : deux modèles pour le discours révolutionnaire - Mots

par Agnès Steuckardt, Laboratoire "Parole et langage", Université de Provence (Aix-Marseille I).

La présente contribution ouvre le débat sur les modèles qui présidaient, pendant la Révolution française, à l’élaboration du discours. Alors que, comme l’ont souligné à juste titre les synthèses les plus récentes, les révolutionnaires ont beaucoup décrié les séductions rhétoriques et se sont volontiers réclamés du laconisme, ils n’ont pas, à l’évidence, renoncé à l’abondance de l’éloquence. Cette pratique, apparemment contradictoire avec leur modèle théorique, n’est pas sans avoir fait elle-même l’objet d’un discours métadiscursif avant et pendant la Révolution. Les deux modèles, laconisme et abondance, semblent en fait coexister ; les modalités de leur articulation nous sont suggérées par certains passages de ces textes métadiscursifs, qui, en même temps qu’ils prônent un certain style d’expression, indiquent à quelle situation de parole il convient : si le laconisme caractérise la parole de celui qui détient l’autorité, les développements abondants semblent demeurer nécessaires à celui qui cherche à la conquérir.

Lire la suite

Un parcours notionnel : patrie, patriotisme. - Mots

par Jacques Guilhaumou et Raymonde Monnier, CNRS.

dictionnaire usages socio politiques Guilhaumou Monnier

Le huitième fascicule du Dictionnaire des usages socio-politiques (1770-1815), dont nous présentons l'introduction (1), s’inscrit résolument, par son choix thématique, dans une perspective d’histoire des concepts aux enjeux précisés par ailleurs (2). Il procède de la rencontre entre des chercheurs de diverses disciplines sur le terrain d’une notion-clé, la patrie. Il importe de préciser d’emblée que le meilleur moyen d’appréhender le déploiement d’un concept dans son historicité est d’éviter toute approche analytique sur la base d’une modélisation a priori de ses formes d’expression. S’agissant d’une notion-concept profondément ancrée dans la culture politique, il convient d’en cerner les usages et les significations conjoints à partir d’une série ouverte de questions : Peut-on parler d’un patriotisme monarchique et aristocratique avant la Révolution française ? Comment évolue le terme de patriote avant de devenir synonyme de révolutionnaire ? Quelles sont les traditions civiques, esthétiques et éthiques dans lesquelles s’actualise la référence à la patrie ? Comment appréhender la question morale au contact de l’apparition d’une science des mœurs ? Qu’en est-il du renouveau patriotique en 1789 par rapport à la formation d’une nation libre ? Comment se manifeste la passion patriotique tout au long de la Révolution française ?

Lire la suite