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  <title>Révolution Française</title>
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  <modified>2012-01-31T12:03:10+01:00</modified>
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  <title>Sur Robespierre. Lettre ouverte à la rédaction d'Historia</title>
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  <issued>2012-01-31T12:03:10+01:00</issued>
  <modified>2012-01-31T12:03:10+01:00</modified>
  <id>http://revolution-francaise.net/2012/01/31/469-sur-robespierre-lettre-ouverte-a-la-redaction-d-historia</id>
  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Réplique</dc:subject>
  <summary>Par Jacqueline Grimault


Réponse au numéro 777 de la revue Historia de septembre 2011, consacré à "Robespierre, le psychopathe légaliste", et en particulier à l’éditorial de M. Pierre Baron, intitulé « Un cas d’école » et à l’article de Madame Anne Bernet : « Comment il a déshonoré la République ». Cette lettre a été envoyée à Pierre Baron, directeur de la rédaction d’Historia. Il n'y a pas répondu.



Ayant appris que la cellule psychologique d’Historia avait diagnostiqué chez Robespierre une « psychopathie légaliste », j’ai acheté le n°777 de votre revue pour savoir de quoi il retournait : je me suis demandée d’abord s’il fallait en  rire ou en  pleurer et finalement j’ai pris le parti de vous envoyer ces quelques réflexions. Elles concernent surtout l’éditorial qui  donne  le ton de quelques articles et celui de tous leurs titres.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;Par Jacqueline Grimault&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Réponse au numéro 777 de la revue &lt;a href=&quot;/2011/09/21/449-l-amour-et-la-haine-de-robespierre&quot;&gt;Historia de septembre 2011&lt;/a&gt;, consacré à &quot;Robespierre, le psychopathe légaliste&quot;, et en particulier à l&amp;#8217;éditorial de M. Pierre Baron, intitulé « Un cas d&amp;#8217;école » et à l&amp;#8217;article de Madame Anne Bernet&amp;nbsp;: « Comment il a déshonoré la République ». Cette lettre a été envoyée à Pierre Baron, directeur de la rédaction d&amp;#8217;Historia. Il n'y a pas répondu&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Ayant appris que la cellule psychologique d&amp;#8217;Historia avait diagnostiqué chez Robespierre une «&amp;nbsp;psychopathie légaliste&amp;nbsp;», j&amp;#8217;ai acheté le n°777 de votre revue pour savoir de quoi il retournait&amp;nbsp;: je me suis demandée d&amp;#8217;abord s&amp;#8217;il fallait en  rire ou en  pleurer et finalement j&amp;#8217;ai pris le parti de vous envoyer ces quelques réflexions. Elles concernent surtout l&amp;#8217;éditorial qui  donne  le ton de quelques articles et celui de tous leurs titres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tout d&amp;#8217;abord,  en vous voyant présenter Maximilien comme l&amp;#8217;homme omnipotent du moment, j&amp;#8217;ai  pensé que vous aviez confondu les époques car la Convention montagnarde a été sans doute la période la plus démocratique de notre histoire : la lecture des Archives Parlementaires vous en convaincra sûrement.
Ceci dit vous avez des excuses, car nous  sommes tellement habitués à voir actuellement la volonté populaire bafouée que nous avons du mal à concevoir qu&amp;#8217;il ait pu en être un jour  autrement : pour preuve M. Jospin faisant en 1999 bombarder la Serbie sans l&amp;#8217;accord des députés ou M. Sarkozy invitant les Représentants du peuple en juillet 2011 à se prononcer sur l&amp;#8217;agression d&amp;#8217;un pays souverain entreprise&amp;#8230; six mois auparavant,  et cela sans susciter la moindre réaction ! Franchement, qui eût osé en faire autant en 1793-1794 ?
C&amp;#8217;est donc un non-sens d&amp;#8217;attribuer la mise en place de la Terreur à un seul homme. Vous savez comme moi que ce sont les sans-culottes qui l&amp;#8217;ont exigée le 5 septembre 1793 pour sauver la patrie et que les mesures qui ont suivi, prises collectivement, ont été appliquées collectivement, comme le veut la démocratie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ensuite je ne vois aucune contradiction entre le combat de Robespierre contre la peine de mort et son rôle dans l&amp;#8217;application de la « Terreur ».
Desnos  écrivait au moment de l&amp;#8217;invasion allemande: « Ce c&amp;#339;ur qui haïssait la guerre voilà qu&amp;#8217;il bat pour le combat et la bataille ! ». Les Résistants les plus pacifiques que j&amp;#8217;ai connus m&amp;#8217;ont tous dit la même chose. D&amp;#8217;ailleurs chacun d&amp;#8217;entre nous, un jour où l&amp;#8217;autre, peut être confronté à ce genre de situation : celle où les plus beaux idéaux doivent céder devant la dure réalité. C&amp;#8217;était le cas de la France en guerre en 1793.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quant à la « frénésie » avec laquelle Robespierre aurait usé de la guillotine, même s&amp;#8217;il avait voulu en arriver là, il n&amp;#8217;en avait pas les moyens. Vu le fonctionnement des institutions de la Première République, celui  du Comité de salut public, du Comité de sûreté générale et du Tribunal révolutionnaire,  on  se demande vraiment comment il aurait pu s&amp;#8217;y prendre !&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je m&amp;#8217;étonne aussi de voir le directeur d&amp;#8217;une publication  historique déplorer que l&amp;#8217;Etat paie 979.400 euros pour conserver « des brouillons de Robespierre. » 
Je vous rappellerais en premier lieu  que l&amp;#8217;argent que l&amp;#8217;Etat dépense est aussi celui de mes impôts, mais surtout que si j&amp;#8217;ai versé à la souscription lancée par  la Société des Etudes Robespierristes pour acquérir ces papiers - souscription qui a recueilli, soit dit en passant, plus de 100.000 &amp;#8364; -ce n&amp;#8217;est pas en tant que « dévote » de l&amp;#8217;Incorruptible mais parce que n&amp;#8217;ayant ni entreprises à délocaliser, ni capitaux à déménager, ma seule richesse réside dans mon pays et son patrimoine et que je suis prête à payer pour que la France conserve le moindre  « gribouillis » de Louis XVI. J&amp;#8217;ai du mal à comprendre que certains Français n&amp;#8217;aient pas le même réflexe que moi.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Au sujet de la guerre de Vendée, inaugurée à Machecoul le 11 mars 1793 par l&amp;#8217;assassinat de 545 républicains, il faudrait peut-être préciser qu&amp;#8217;il y a eu massacre des deux côtés, et que dans les 500 ou 600.000 morts présumés, on compte autant de Bleus que de Blancs. Ce qui laisse un goût d&amp;#8217;autant plus amer qu&amp;#8217;il y avait à ce moment-là beaucoup mieux à faire, et il a bien raison l&amp;#8217;historien Ch.-L. Chassin lorsqu&amp;#8217;il écrit : « Etendant ses ravages sur l&amp;#8217;Anjou, la Bretagne et le Poitou, la guerre vendéenne dévorait des milliers de républicains, au moment où une seconde invasion réclamait un suprême effort de tous les Français. » (L&amp;#8217;Armée et la Révolution, Paris 1867, p. 204 ).
D&amp;#8217;ailleurs on est en droit de se demander comment on réagirait de nos jours si la France, étant attaquée sur toutes ses frontières, une de nos régions apportait son concours objectif, pour ne pas dire plus, à l&amp;#8217;Etranger, en se rebellant contre le gouvernement en place quel qu&amp;#8217;il soit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous ironisez à propos du&amp;nbsp;: « despotisme de la liberté contre la tyrannie » à grand renfort de « sic », comme s&amp;#8217;il s&amp;#8217;agissait-là d&amp;#8217;une énormité. J&amp;#8217;en suis heureuse pour vous, c&amp;#8217;est que vous devez faire partie des privilégiés. Car si vous habitiez dans notre quartier vous seriez peut-être obligé comme nous de mettre ce concept en pratique : par exemple, lorsqu&amp;#8217;un  de nos petits-enfants se fait agresser à la sortie du RER Nanterre-préfecture et que ses parents arrivent très heureusement à ce moment-là (ce qui n&amp;#8217;est pas toujours le cas hélas !), je peux vous dire qu&amp;#8217;ils appliquent de toutes leurs forces « le despotisme de la liberté » de leur enfant contre « la tyrannie » de ses agresseurs !
Vous-même, si vous voyiez votre gamin, debout devant un distributeur de billets, entouré de trois énergumènes qui veulent le racketter et dont l&amp;#8217;un tient un couteau pointé sur sa cuisse, je suis sûre que vous en feriez autant !
Eh bien, les révolutionnaires  ont dû eux aussi  répondre par la violence à la violence qui leur était faite, pour défendre en 93-94 les droits des plus faibles et l&amp;#8217;indépendance de la France. Pour les comprendre, vous n&amp;#8217;avez qu&amp;#8217;à vous mettre à leur place.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vous dites: « Raison de plus pour que l&amp;#8217;icône se mette enfin à faire pschitt&amp;#8230; » (?)
Si l&amp;#8217;expression n&amp;#8217;est pas très élégante elle est surtout un peu présomptueuse. Car enfin, vous, comme moi, qu&amp;#8217;avons-nous fait de si extraordinaire pour notre patrie qui nous permette de traiter ainsi des hommes qui se sont totalement sacrifiés pour elle ?
Parlant du Comité de salut public, Robespierre résumait un peu la situation en déclarant à la Convention le 25 septembre 1793: « On nous accuse de ne rien faire, mais a-t-on réfléchi à notre position ? Onze armées à diriger, le poids de l&amp;#8217;Europe entière à porter, partout des traîtres à démasquer, des émissaires soudoyés par l&amp;#8217;or des puissances étrangères à déjouer, des administrateurs infidèles à surveiller, à poursuivre, partout à aplanir des obstacles et des entraves à l&amp;#8217;exécution des plus sages mesures&amp;#8230;: telles sont nos fonctions. » Et pour conclure il demandait en toute logique le remplacement des membres d&amp;#8217;un Comité dont certains se montraient insatisfaits. Bien entendu, les députés refusèrent à l&amp;#8217;unanimité: mieux valait en effet attendre que Robespierre et ses collègues aient achevé le travail et que la France soit hors de danger avant de se débarrasser d&amp;#8217;eux et de les calomnier par la suite comme nous le faisons encore aujourd&amp;#8217;hui.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin est-il vraiment nécessaire de s&amp;#8217;appesantir sur votre expression de&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;boucherie nationale » ? On ne va pas rappeler une fois encore les horreurs de la Terreur blanche, les victimes de juin 1848 ou les charniers de la Commune mais dire simplement que résumer ainsi l&amp;#8217;&amp;#339;uvre monumentale de notre Révolution, c&amp;#8217;est un peu léger. Maximilien suggérait le 8 thermidor an II: « les hommes pervers nous appellent des hommes de sang, parce que nous avons fait la guerre aux oppresseurs du monde : nous serions donc humains si nous étions réunis à leur ligue sacrilège pour égorger le peuple et pour perdre la patrie ! » Ce doit être çà, en effet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quant au texte de Madame Bernet, impossible de le décortiquer tout entier. Je relèverai  seulement quelques détails. Par exemple l&amp;#8217;histoire du poulet, que Maximilien ne supporte pas de voir tuer, est inconnue au bataillon des robespierristes. Sans doute y a-t-il confusion de volatile et s&amp;#8217;agit-il du pigeon que Maximilien avait donné à contre-c&amp;#339;ur à ses s&amp;#339;urs ? Il  est mort parce que ces étourdies l&amp;#8217;avaient oublié dehors une nuit d&amp;#8217;orage et leur frère en avait été très affecté. (Voir « Charlotte et ses Mémoires », Fleischmann, p. 191).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et puis où sont les références concernant les propos soit-disant tenus par  Robespierre parlant « d&amp;#8217;insectes », de « cochons », « de sillons reproducteurs » et de « brigands en devenir » pour qualifier les Vendéens ? Je n&amp;#8217;ai reconnu là ni son esprit ni son style ; je n&amp;#8217;ai rencontré ces expressions ni dans les 6 volumes de ses discours ni dans ses journaux, mais quelque chose a pu m&amp;#8217;échapper et j&amp;#8217;aimerais bien connaître les sources.
Pour ce qui est de la graisse humaine utilisée pour l&amp;#8217;éclairage et  des  peaux tannées afin d&amp;#8217;y tailler des pantalons, il est évident que l&amp;#8217;on veut assimiler cette période au nazisme&amp;#8230; mais où sont les preuves de ces horreurs? On lit dans l&amp;#8217;article : « Il semble (?) que Saint-Just soit au courant de ces monstruosités et les approuve. Robespierre ne les ignore pas non plus, informé par les courriers&amp;#8230; »  Quels courriers?
Désolée, mais nous avons de sérieuses raisons  de nous méfier : ainsi l&amp;#8217;auteure prétend que Robespierre, qui ne badine pas avec la vertu,  a rappelé Carrier uniquement à cause de ses orgies et non à cause des noyades. Car, dit-elle, Jullien est « assez subtil » (?) pour ne pas lui avoir parlé dans son courrier de ces atrocités. Eh bien cette affirmation est fausse. Marc-Antoine a adressé à Maximilien le 16 pluviôse an II-4 février 1794, une lettre dans laquelle on peut lire ceci&amp;nbsp;: « &amp;#8230; On lui (Carrier) en reproche d&amp;#8217;autres (faits) ; on assure qu&amp;#8217;il a fait prendre indistinctement, puis conduire dans des bateaux et submerger dans la Loire tous ceux qui emplissaient les prisons de Nantes. Il m&amp;#8217;a dit à moi-même, qu&amp;#8217;on ne  révolutionnait que par de semblables mesures, et il a traité d&amp;#8217;imbécile Prieur de la Marne, qui ne savait qu&amp;#8217;enfermer les suspects&amp;#8230; » (A la suite du rapport de Courtois édité en l&amp;#8217;An III de la République, p. 359. Pièce N° CVII (k) ).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La guerre de Vendée est une période douloureuse de notre histoire. Toute la lumière n&amp;#8217;a pas été faite sur ses causes et la façon dont elle a été menée. Kléber, le général républicain, a écrit dans ses Mémoires, parlant de « ces malheureuses contrées », « si&amp;#8230; je puis déterminer un législateur philosophe à rechercher, à développer davantage les causes qui en firent le théâtre de nos guerres civiles&amp;#8230; j&amp;#8217;aurai rempli le but que je me suis proposé. » &lt;em&gt;Kléber en Vendée, Baguenier Desormeaux&lt;/em&gt;, p. 2)&lt;br /&gt;
Nous n&amp;#8217;en sommes pas encore là, hélas, et ce n&amp;#8217;est sûrement pas le fiel déversé par Madame Bernet qui va faire avancer les choses.
Son article tout entier semble ne viser qu&amp;#8217;un but : justifier le titre «&amp;nbsp;Il a déshonoré la République ». D&amp;#8217;une part je doute que Madame Bernet soit si attachée à ce système de gouvernement pour  déplorer qu&amp;#8217;on le déshonore. Mais surtout je crois qu&amp;#8217;on n&amp;#8217;avilit jamais que soi-même. Alors moi je ne dirai pas que le déshonneur est pour la monarchie mais tout simplement pour Louis XVI lorsqu&amp;#8217;il a demandé au roi de Prusse le 3 décembre 1791 d&amp;#8217;envahir son propre pays « pour arrêter ici les factieux, donner les moyens de rétablir un ordre de choses plus désirable, et empêcher que le mal qui nous travaille puisse gagner les autres Etats de l&amp;#8217;Europe » ; lorsque, dans le même temps où il poussait à la guerre, il a laissé nos frontières dans le plus grand dénuement, parce que, faisant fi du sang français, il  comptait sur nos défaites pour retrouver toutes ses prérogatives ; lorsqu&amp;#8217;il a écrit, toute honte bue, le 14 décembre 1791 : « L&amp;#8217;état physique et moral de la France fait qu&amp;#8217;il lui est impossible de la ( la guerre) soutenir une demi-campagne. »&lt;br /&gt;
Le déshonneur, il est pour les royalistes qui, le 24 septembre 1793, vendaient aux Anglais devant notaire : « le port, le magasin, les arsenaux et l&amp;#8217;escadre de Toulon », pour un million de piastres fortes.&lt;br /&gt;
Pour les Emigrés venant ravager leur patrie, déchirant, comme le dit notre Marseillaise, le c&amp;#339;ur de leur mère, aux côtés des Autrichiens et des Prussiens afin de remettre en place l&amp;#8217;Ancien Régime.&lt;br /&gt;
Il est pour le comte d&amp;#8217;Artois, futur Charles X, qui attisait de loin les troubles en Vendée sans jamais avoir le courage d&amp;#8217;ailleurs de payer de sa personne.
Il est pour Louis XVIII suivant à bonne distance en juin 1815 le général Wellington qui lui ouvrait le passage et rentrant en France dans « les fourgons de l&amp;#8217;Etranger ».&lt;br /&gt;
Etc. etc.&lt;br /&gt;
Par contre le marquis de Ferrières qui fut  député de la noblesse à la Constituante et qui  toujours refusa d&amp;#8217;émigrer, écrivait très joliment à sa femme le 24 septembre 1791 ( Correspondance, p. 429) : « Quant à moi, ma bonne amie, je ne consentirai jamais à introduire en France une armée étrangère. Si la guerre était allumée de l&amp;#8217;intérieur du royaume, entre les deux partis, cela serait différent ; mais favoriser une invasion, inonder ma patrie d&amp;#8217;Allemands, de Hongrois, d&amp;#8217;Espagnols, je n&amp;#8217;y saurais penser sans me sentir saisi d&amp;#8217;un sentiment d&amp;#8217;horreur pour les hommes qui méditent un si grand crime ; et si je suis forcé de me décider, ce sera contre eux, et non contre ma patrie et non contre mes concitoyens. On me dépouillerait de tout ce que je possède, j&amp;#8217;agirais de la même façon. »
A lui l&amp;#8217;honneur et à tous les patriotes (au sens actuel du terme): à ceux d&amp;#8217;hier, à ceux d&amp;#8217;aujourd&amp;#8217;hui et à ceux de demain, quelles que soient leurs opinions politiques.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En ce qui concerne Robespierre, je terminerai (enfin !) en disant que la haine parfois trop grossière déversée sur lui par certains depuis plus de deux siècles est peut-être le plus bel hommage qui lui soit rendu : un sujet tout trouvé pour la  commémoration du 28 juillet prochain au Panthéon!&lt;/p&gt;</content>
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  <title>1er janvier 1804, 1er jour de l’Indépendance d’Haïti</title>
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  <issued>2012-01-22T16:50:32+01:00</issued>
  <modified>2012-01-22T16:50:32+01:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>En ligne</dc:subject>
  <summary>Le Général en chef au Peuple d’Haïti


Citoyens,


Ce n’est pas assez d’avoir expulsé de votre pays les barbares qui l’ont ensanglanté depuis deux siècles ; ce n’est pas assez d’avoir mis un frein aux factions toujours renaissantes qui se jouaient tour à tour...</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped"> &lt;p&gt;Le Général en chef au Peuple d&amp;#8217;Haïti&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Citoyens,&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce n&amp;#8217;est pas assez d&amp;#8217;avoir expulsé de votre pays les barbares qui l&amp;#8217;ont ensanglanté depuis deux siècles&amp;nbsp;; ce n&amp;#8217;est pas assez d&amp;#8217;avoir mis un frein aux factions toujours renaissantes qui se jouaient tour à tour du fantôme de liberté que la France exposait à vos yeux&amp;nbsp;: il faut, par un dernier acte d&amp;#8217;autorité nationale, assurer à jamais l&amp;#8217;empire de la liberté dans le pays qui nous a vu naître&amp;nbsp;; il faut ravir au gouvernement inhumain qui tient depuis longtemps nos esprits dans la torpeur la plus humiliante, tout espoir de nous réasservir, il faut enfin vivre indépendants ou mourir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Indépendance ou la mort &amp;#8230; que ces mots sacrés nous rallient, et qu&amp;#8217;ils soient le signal des combats et de notre réunion.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://revolutioninfiction.wordpress.com/2012/01/02/souvenirs-du-1er-janvier-1804-1er-jour-de-lindependance-dhaitid/&quot;&gt;Lire la suite&lt;/a&gt; sur &lt;em&gt;A Revolution in Fiction&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content>
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<entry xml:lang="fr">
  <title>Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Cahier de doléances contemporain</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2012/01/17/467-est-ce-ainsi-que-les-hommes-vivent-cahier-de-doleances-contemporain" />
  <issued>2012-01-17T11:22:57+01:00</issued>
  <modified>2012-01-17T11:22:57+01:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Actuel</dc:subject>
  <summary>
Extrait de l'ouvrage du collectif Luce Faber, Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Cahier de doléances contemporain, Excès-Les prairies ordinaires, 2012. Rencontre avec les éditeurs de ces doléances au Merle moqueur, la libraire du 104, le mercredi 18 janvier à 20h15.


DIGNITE HUMAINE

« IL FAUT QUE VOUS fassiez une cité, c’est-à-dire des citoyens qui soient amis, hospitaliers et frères ». C’était là le vœu de Saint-Just au printemps de l’an II. La Déclaration des droits de 1793 avait alors consacré une humanité une à l’article 3 : « tous les hommes sont égaux de part la nature et devant la loi », le devoir d’assistance aux plus démunis à l’article 21 : « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. » Enfin, Robespierre avait proposé un article additionnel : « Les hommes de tous les pays sont frères et les différents peuples doivent s’entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même État. »
Cette manière de reconnaître l’universalité du genre humain fait de semblables plus ou moins fragiles, plus ou moins libres, plus ou moins riches, mais toujours membres de la commune humanité, était une pensée de la dignité humaine. Reconnaître un homme en chacun, même quand la vie l’avait amoindri, fondait la nécessité humanisante d’une société de secours réciproques. Une société non pas du care mais bien de la reconnaissance du même en l’autre, quels que soient l’autre et son degré d’altérité. Les seuls monstres l’étaient pour des raisons politiques, ils étaient ceux qui refusaient d’adhérer à ces principes fondant le lien humain.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;img style=&quot;margin: 0  10px 10px 0; float: left;&quot; src=&quot;/images/luce faber.jpg&quot; alt=&quot;Luce Faber, Est-ce ainsi que les hommes vivent ?&quot; /&gt;
&lt;p&gt;Extrait de l'ouvrage du collectif Luce Faber, &lt;em&gt;Est-ce ainsi que les hommes vivent&amp;nbsp;? Cahier de doléances contemporain&lt;/em&gt;, Excès-Les prairies ordinaires, 2012. &lt;a href=&quot;http://www.lemerlemoqueur.fr/librairie-du-104/evenements-89/rencontres-et-lectures/rencontre-avec-les-editeurs-du.html&quot;&gt;Rencontre avec les éditeurs de ces doléances&lt;/a&gt; au &lt;em&gt;Merle moqueur&lt;/em&gt;, la libraire du &lt;em&gt;104&lt;/em&gt;, le mercredi 18 janvier à 20h15.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;DIGNITE HUMAINE&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;IL FAUT QUE VOUS fassiez une cité, c&amp;#8217;est-à-dire des citoyens qui soient amis, hospitaliers et frères&amp;nbsp;». C&amp;#8217;était là le v&amp;#339;u de Saint-Just au printemps de l&amp;#8217;an II. La Déclaration des droits de 1793 avait alors consacré une humanité une à l&amp;#8217;article 3&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;tous les hommes sont égaux de part la nature et devant la loi&amp;nbsp;», le devoir d&amp;#8217;assistance aux plus démunis à l&amp;#8217;article 21&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d&amp;#8217;exister à ceux qui sont hors d&amp;#8217;état de travailler.&amp;nbsp;» Enfin, Robespierre avait proposé un article additionnel&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Les hommes de tous les pays sont frères et les différents peuples doivent s&amp;#8217;entraider selon leur pouvoir comme les citoyens du même État.&amp;nbsp;»
Cette manière de reconnaître l&amp;#8217;universalité du genre humain fait de semblables plus ou moins fragiles, plus ou moins libres, plus ou moins riches, mais toujours membres de la commune humanité, était une pensée de la dignité humaine. Reconnaître un homme en chacun, même quand la vie l&amp;#8217;avait amoindri, fondait la nécessité humanisante d&amp;#8217;une société de secours réciproques. Une société non pas du care mais bien de la reconnaissance du même en l&amp;#8217;autre, quels que soient l&amp;#8217;autre et son degré d&amp;#8217;altérité. Les seuls monstres l&amp;#8217;étaient pour des raisons politiques, ils étaient ceux qui refusaient d&amp;#8217;adhérer à ces principes fondant le lien humain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;UN MONDE À FAIRE VENIR&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;NOUS, ÉDITEURS DE CE CAHIER prenons la décision d&amp;#8217;interpeller nos contemporains dans une période incertaine de l&amp;#8217;histoire. Période incertaine car encore forte, malgré tout, d&amp;#8217;un héritage précieux issu de l&amp;#8217;histoire des fondations révolutionnaires de notre langage, de notre tenue et de nos valeurs politiques, Révolution française, révolutions du 19e siècle et résistances au nazisme et au pétainisme. Période incertaine et précaire car désormais à la merci de ceux qui détruisent cet héritage. Période incertaine et fragile car face à cette destruction organisée, la faiblesse et la débilité des institutions politiques traditionnelles, fussent-elles de gauche, sont patentes, décevantes, décourageantes. Période incertaine, fragile et précaire enfin, car parmi ceux qui pensent encore qu&amp;#8217;un monde tout autre est souhaitable, ils sont nombreux, à estimer que ces fondations qui nous sont chères sont périmées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Comment donner corps à une parole démocratique qui pourrait dire la cruauté des temps présents&amp;nbsp;? C&amp;#8217;est en tentant de répondre à cette question que l&amp;#8217;appel à doléances publié ici a surgi au printemps 2010, comme un radeau à proposer à la cantonade, autour d&amp;#8217;une table de café parisien.&lt;br /&gt;
Avant tout, pour se reconnaître dans un état des lieux, se parler les uns aux autres et puis aussi pour se donner du courage. Cesser de se désoler de nos sentiments d&amp;#8217;impuissance, cesser de céder à un horizon fermé, à la fois annoncé comme crise et abandonné à tout investissement imaginaire. La formule «&amp;nbsp;Soyons réaliste, demandons l&amp;#8217;impossible&amp;nbsp;», est une manière de ressaisir cette crise en disant nos doléances, nos griefs afin de fabriquer un autre
horizon commun. Dire là où ça ne va pas, là où ça ne va pas bien, là où ça souffre et se plaint, afin d&amp;#8217;élaborer dans ce pays, à nouveau, un imaginaire politique comme un savoir hérétique et pourtant déjà partageable. Il y a l&amp;#8217;expérience historique des doléances de la période révolutionnaire pour mémoire et point d&amp;#8217;appui, mais il y a aussi l&amp;#8217;affirmation qu&amp;#8217;un lieu de paroles singulières est un lieu d&amp;#8217;émancipation. Un radeau d&amp;#8217;émancipation où, après la survie, viendrait une autre vie encore à inventer, mais aussi à ressaisir, une vie forte d&amp;#8217;une expérience intuitive de ce qui devrait être en lieu et place de ce qui est.&lt;br /&gt;
Pour écrire ce cahier, l&amp;#8217;appel a été publié sur un site&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le tambour des doléances&amp;nbsp;», mais aussi dans deux revues&amp;nbsp;: Vacarme à l&amp;#8217;automne 2010, Contre-attaques au printemps 2011, un journal&amp;nbsp;: l&amp;#8217;Humanité et le site humaginaire.net également au printemps 2011. Mais si des doléances nous sont parvenues de façon spontanée, ce cahier est davantage le fruit d&amp;#8217;un recueil aléatoire de doléances, selon des protocoles multiples, sur différents terrains, dans un frayage fragile. Parler avec les autres, des rencontres de passage, des amis, de la famille et écrire ensemble une doléance parce qu&amp;#8217;on est en vacances et qu&amp;#8217;on peut en prendre le temps. Écrire des doléances comme on écrirait un article. Partir en reportage pour son journal et profiter du chemin pour faire provision de doléances. Prendre la décision d&amp;#8217;organiser un «&amp;nbsp;atelier doléances&amp;nbsp;» dans le cadre de l&amp;#8217;Université populaire du 18e «&amp;nbsp;Nous avons encore besoin des humanités&amp;nbsp;». Le cycle de cours s&amp;#8217;intitulait alors «&amp;nbsp;Autorité, souveraineté, domination&amp;nbsp;». C&amp;#8217;était logique de reconquérir son autorité souveraine, s&amp;#8217;était-on dit. Prévenir le public avec des petits papillons et puis écouter et transcrire ce qui se dit dans ce quartier du 18e arrondissement de Paris. Dans cet atelier, les graphistes de «&amp;nbsp;Formes vives&amp;nbsp;» ont réalisé une exposition transposant en slogans graphiques des doléances choisies. Jeux d&amp;#8217;images et jeux de mots, raviver ainsi le désir et l&amp;#8217;obstination. Au printemps, aller à Vierzon pour recueillir les mots qui émergent spontanément quand des citoyens se mettent en tête de parler, parler d&amp;#8217;eux, parler de l&amp;#8217;insupportable de ce qui doit changer. Vierzon parce qu&amp;#8217;en juillet 2010, le maire avait repris dans son discours du 14 juillet l&amp;#8217;énoncé d&amp;#8217;un cahier de doléances de 1789, lu dans le journal&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La vie des pauvres vaut plus qu&amp;#8217;une partie de la propriété des riches.&amp;nbsp;» Une phrase qui résonne avec notre aujourd&amp;#8217;hui. Une résonance point d&amp;#8217;appui, pour penser avec cet héritage, avec ce trésor perdu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les doléances ont parfois mauvaise presse, on entend récriminations, jacqueries ou pleurnicheries, sanglots dans la gorge. Et pourtant il existe une parole populaire qui, directe, éclabousse tantôt comme de la lave, tantôt comme une larme et ce sont les vies qui, à travers les affects et les mots, retournent au politique. Ce n&amp;#8217;est pas rien, non. Puissance et trouble de la parole.&lt;br /&gt;
Il nous faut bien tenter encore de poser des mots anciens et des mots neufs sur notre avenir. Des mots anciens et des mots neufs afin que la recherche inventive d&amp;#8217;un bien commun soit au fondement d&amp;#8217;une nouvelle organisation politique en lieu et place de celle qui existe encore et qui nous opprime. Car face aux injustices subies il s&amp;#8217;agit bien de «&amp;nbsp;refaire une cité&amp;nbsp;: un peuple qui soit ami, hospitalier, et frère.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
Les mots anciens sont ceux de l&amp;#8217;esprit et de l&amp;#8217;effort des hommes qui ont inventé le pouvoir démocratique entendu comme celui d&amp;#8217;une souveraineté populaire à l&amp;#8217;&amp;#339;uvre, capable d&amp;#8217;imposer la question du droit comme protection de la vie humaine, de la vie humanisée. Les mots anciens sont ceux du bonheur comme idée neuve en Europe, c&amp;#8217;était au XVIIIe siècle, ceux de jours heureux à venir, c&amp;#8217;était en 1945.&lt;br /&gt;
Les mots neufs sont ceux qui nous sont nécessaires pour déjouer la violence du néolibéralisme contemporain, déjouer la déshumanisation actuelle. Elle est tout aussi puissante que celle des idéologies combattues hier par les révolutionnaires ou les résistants. On classait jadis les individus en vainqueurs et vaincus, en surhommes et sous-hommes. Aujourd&amp;#8217;hui, on les classe en compétents et incompétents, en gagnants et perdants. Face à la puissance illimitée des uns, les autres ne pourraient être reconnus comme humains que par la charité venue prendre la place du droit.&lt;br /&gt;
L&amp;#8217;être humain, s&amp;#8217;il est réduit à n&amp;#8217;être qu&amp;#8217;un consommateur, est acculé à la seule survie désolante. Les êtres humains n&amp;#8217;ont pas seulement l&amp;#8217;ambition de survivre mais de bien vivre. Cette ambition traverse chacune des doléances publiées ici. Irréductibles à la marchandisation érigée en système, chacun sent et sait que ses besoins fondamentaux ne sont pas seulement des besoins vitaux. Le bien-vivre inclut la garantie pour chacun d&amp;#8217;un accès au politique, au sens premier et noble du terme, cette recherche pour chacun et pour tous d&amp;#8217;un devenir commun où la liberté serait vraiment réciproque. Aussi de la plainte à la doléance, de la doléance à l&amp;#8217;action, il s&amp;#8217;agit désormais pour chacun de résister par toutes sortes de moyens à l&amp;#8217;oppression contemporaine qui touche plus particulièrement les sans-logis, les sans-travail, les sans- papiers, mais à travers eux l&amp;#8217;ensemble du corps social. Dans la Déclaration des Droits de l&amp;#8217;Homme et du Citoyen de 1793, il y a oppression contre le corps social quand un seul de ses citoyens est opprimé. Quand le corps social est opprimé, tous les citoyens le sont. Dans la Déclaration des Droits de l&amp;#8217;homme et du citoyen de 1793, face à l&amp;#8217;oppression des gouvernements, la résistance peut aller jusqu&amp;#8217;à l&amp;#8217;insurrection, et elle est déclarée «&amp;nbsp;le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette résistance insurgeante, cette insurrection tranquille, trace d&amp;#8217;ores et déjà des chemins de traverse. Celui des réseaux désobéisseurs, qui refusent les lois oppressives et agissent contre, sous forme d&amp;#8217;actions concrètes. Celui des engagements artistiques et culturels qui investissent la sphère publique par des installations, le théâtre, le livre, le cinéma, les revues, les conférences et mettent en &amp;#339;uvre une contre-idéologie face à celle qui nous agresse quotidiennement. Celui des formes d&amp;#8217;éducation populaire, universités populaires, écoles politiques au sens noble du terme, écoles de la pratique des textes, des discours et des prises de parole en public dont nous aurons besoin. Naissent de nouvelles manières d&amp;#8217;agencer sa vie intime. Subjectivités reconquises.&lt;br /&gt;
Il s&amp;#8217;agit aussi maintenant de poursuivre cette récolte de doléances contemporaines dans le cadre d&amp;#8217;autres ateliers disséminés. De faire rouler ainsi d&amp;#8217;autres tambours, comme des voix qui prendraient conscience de leur capacité à rendre audible, visible et sensible un accord en devenir, un ch&amp;#339;ur neuf capable de battre la campagne et de se faire entendre. Les doléances recueillies dans ce premier tambour ont été présentées ici avec un nom de lieu et une date. Elles ne sont pas signées. Elles sont paroles errantes d&amp;#8217;une chronique où l&amp;#8217;Histoire collective se dit au creux de ces histoires singulières. Le nom serait alors à inventer. Comme on inventa le prolétaire, il faut inventer le «&amp;nbsp;doléant&amp;nbsp;» de notre temps, celui qui fait expérience de son temps et aspire à en voir changer la couleur, la texture, le rythme. Il serait le porte-parole du désordre démocratique né du vide laissé par nos institutions politiques épuisées.&lt;br /&gt;
Ainsi s&amp;#8217;initie une entreprise d&amp;#8217;ouvroir de littérature potentielle et politique. Une opération poétique sur les conditions d&amp;#8217;une politique à venir. Dans l&amp;#8217;écart des manières de dire, la distance des corps, explorations de chemins multiples aux croisements imprévus, aux rémanences tenaces et aux désirs neufs. Un monde à venir.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Dans ce chapitre, un lamento&amp;nbsp;: dans le pays des droit de l&amp;#8217;homme, la dignité humaine n&amp;#8217;est plus respectée car des monstres nous dirigent.
On y apprendra que nos monstres sont ceux qui ont inventé des politiques publiques qui ne permettent plus de dire au revoir aux retraités, d&amp;#8217;accueillir dignement les agonisants, les fous, de soigner au mieux les malades sans leur faire courir des risques parfois mortels. Dans ce chapitre, les monstres sont ceux qui renvoient des réfugiés qui ont risqué mille morts pour tenter de rejoindre un espace où espérer rester en vie ne serait pas une chimère. Les monstres sont ceux qui stigmatisent tous les modes de vie autres au sein de notre commune humanité, fabriquant l&amp;#8217;indésirable, refusant de réfléchir dignement l&amp;#8217;hospitalité. Des politiques de grand renfermement sont aujourd&amp;#8217;hui à l&amp;#8217;&amp;#339;uvre dans des prisons surchagées et éloignées des centres-villes dans les hôpitaux psychiatriques. Mais ce ne sont pas nos monstres qui y sont renfermés, sans recevoir de visite.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;BRON, JUILLET 2010&lt;br /&gt;
Aujourd&amp;#8217;hui les psychopathes, on ne sait pas les soigner, ils sont le plus souvent en prison, plutôt qu&amp;#8217;en hôpital psychiatrique mais dans les deux cas, on ne sait pas quoi en faire. Il y a un véritable déficit de capacité à les soigner et à les accueillir. Ils n&amp;#8217;ont rien à faire en prison, mais les psychiatres ne savent pas les gérer non plus. Il faudrait penser une nouvelle modalité pour des gens qui sont aujourd&amp;#8217;hui traités comme des monstres, mais quand même ce sont des hommes avant tout.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;LYON, JUILLET 2010&lt;br /&gt;
Ce qui me choque aujourd&amp;#8217;hui c&amp;#8217;est la condition de vie actuelle des détenus dans les prisons françaises, le mépris, le désintérêt total de ce qui s&amp;#8217;y passe, l&amp;#8217;absence de projet quelconque pour ceux qui entrent et qui en ressortiront. Des prisons qui ne produisent rien pour ceux qui la subissent. La construction des prisons modernes apparemment plus confortables s&amp;#8217;avère d&amp;#8217;un mode de vie encore plus déshumanisant. Si on voit l&amp;#8217;état d&amp;#8217;une société à l&amp;#8217;état de ses prisons comme le dit Badinter, on peut s&amp;#8217;inquiéter de l&amp;#8217;état de la société française.
En fait on construit des prisons nouvelles et elles sont pleines avant d&amp;#8217;ouvrir. Cette multiplication des peines d&amp;#8217;emprisonnement quand on sait que ce mode pénal est contre-productif, c&amp;#8217;est quand même étrange. Ce qui est terrible c&amp;#8217;est aussi de voir que ces prisons nouvelles sont toutes en périphérie et que pour les familles c&amp;#8217;est vraiment difficile de maintenir les liens. Or les enfants peuvent avoir un papa en prison, ils ont quand même besoin de le voir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;LYON, AOÛT 2010&lt;br /&gt;
Moi ce qui me fait mal, c&amp;#8217;est qu&amp;#8217;on se moque de la dignité humaine. Je trouve que des événements récents trahissent une absence de respect minimum de cette dignité humaine. L&amp;#8217;expulsion des Roms sans aucune finalité sécuritaire objective, car ça ne produit pas plus de sécurité, c&amp;#8217;est une pure instrumentalisation politique. C&amp;#8217;est révélateur, on jette des gens en pâture, on s&amp;#8217;assoit sur la présomption d&amp;#8217;innocence. Et puis créer une catégorie de citoyens qui ne sont pas des citoyens de plein droit mais des ex-étrangers conduit implicitement à ostraciser une partie de la population. Il n&amp;#8217;y a pas très loin du sous-citoyen au sous-homme.
Stigmatiser des populations entières Roms, Musulmans, Arabes et Noirs en affirmant que l&amp;#8217;appartenance à un groupe est synonyme de délinquance remet en question un des principes fondamentaux de la société française&amp;nbsp;: l&amp;#8217;égalité de chacun devant la loi indépendamment de sa race, de sa culture, de sa religion. En fait on fait disparaître l&amp;#8217;individu au profit d&amp;#8217;un supposé groupe d&amp;#8217;appartenance. Ce qui disparaît aussi, c&amp;#8217;est la possibilité de reconnaître d&amp;#8217;autres formes de liens qui eux sont politiques et fondés sur l&amp;#8217;usage du libre arbitre dans des parcours singuliers pour chacun. Assigner les gens à une catégorie, c&amp;#8217;est déjà leur dénier une partie de leur humanité, je veux dire de leur liberté.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
SAINT-DENIS, SEPTEMBRE 2010&lt;br /&gt;
Mon grand-oncle a 86 ans et est malade depuis longtemps. La semaine dernière, son état de santé s&amp;#8217;est dégradé et les médecins ont annoncé que la fin était proche. En six jours, il est passé par trois cliniques et deux services d&amp;#8217;urgence d&amp;#8217;hôpitaux publics, chaque établissement refuse de l&amp;#8217;hospitaliser faute de lits disponibles. Sa prise en charge en service de soins pallia- tifs serait trop coûteuse. Invariablement, il est ramené chez lui et retombe dans un état d&amp;#8217;inconscience au bout de quelques heures, ma grand-tante ne peut plus alors s&amp;#8217;occuper de lui et est contrainte d&amp;#8217;appeler les secours.
Le scandale n&amp;#8217;est pas sa mort prochaine mais les conditions de son agonie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;AUDUN-LE-TICHE, SEPTEMBRE 2010&lt;br /&gt;
Avant d&amp;#8217;arriver ici, j&amp;#8217;ai été pompier en région parisienne, puis boucher à Nancy. Maintenant, je suis man&amp;#339;uvre dans la construction. Et depuis près de vingt ans, je passe tous les matins la frontière avec le Luxembourg&amp;nbsp;: quand j&amp;#8217;ai commencé en 1991, on était 3 000 à le faire&amp;nbsp;; aujourd&amp;#8217;hui, il y a plus de 70 000 travailleurs frontaliers en Lorraine. Je ne te raconte pas la merde sur la route, c&amp;#8217;est comme à la capitale à l&amp;#8217;heure de pointe. Il est cinq heures, la frontière s&amp;#8217;éveille. Puis au Luxembourg, c&amp;#8217;est un vrai massacre pour le travail&amp;nbsp;: il te vire en trois secondes sans te donner d&amp;#8217;explications. C&amp;#8217;est un pays très riche et très libéral&amp;nbsp;: tu verrais comment ils construisent leurs routes, ils creusent six mètres sous la terre, ils te mettent des couches et des couches, puis sur les trottoirs, ils en sont presque à col- ler des feuilles d&amp;#8217;or tellement ils ont de blé... Ils sont riches, et ils nous écrabouillent, nous, les travailleurs frontaliers&amp;nbsp;: ils disent qu&amp;#8217;on est des «&amp;nbsp;profiteurs&amp;nbsp;», des parasites presque, alors que c&amp;#8217;est grâce à nous qu&amp;#8217;ils sont si bien chez eux. Je les entends parler des Roms en France, mais, là-bas, ils nous traitent comme des «&amp;nbsp;Portos&amp;nbsp;», des «&amp;nbsp;bougnoules&amp;nbsp;». Les «&amp;nbsp;Luxos&amp;nbsp;», je les soupçonne de ne rien avoir à branler des Roms en France quand je les vois faire avec nous chez eux, quoi&amp;nbsp;! Est-ce qu&amp;#8217;on peut nous reconnaître un poil de dignité, svp&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Rousseau, démocratie et participation populaire</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2012/01/06/466-rousseau-democratie-et-participation-populaire" />
  <issued>2012-01-06T12:46:01+01:00</issued>
  <modified>2012-01-06T12:46:01+01:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Annonces</dc:subject>
  <summary>Le colloque Démocratie et participation populaire, qui clôture le séminaire de philosophie politique "Penser la Transformation", aura lieu du 26 avril 2012 au 27 avril 2012, à l'Université de Montpellier III (salle Camproux, site "route de Mende", Tram St Eloi).
Ce colloque consacrera sa majeure partie au tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Cette partie, qui se déroulera jeudi 26 après-midi et vendredi 27 toute la journée, est intitulée "Rousseau et la voix du peuple".</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;Le colloque &lt;em&gt;Démocratie et participation populaire&lt;/em&gt;, qui clôture le séminaire de philosophie politique &quot;Penser la Transformation&quot;, aura lieu du 26 avril 2012 au 27 avril 2012, à l'Université de Montpellier III (salle Camproux, site &quot;route de Mende&quot;, Tram St Eloi).
Ce colloque consacrera sa majeure partie au tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Cette partie, qui se déroulera jeudi 26 après-midi et vendredi 27 toute la journée, est intitulée &quot;Rousseau et la voix du peuple&quot;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;/editions/democratie.jpg&quot;&gt;DÉMOCRATIE ET PARTICIPATION&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jeudi 26 avril (matin et début d&amp;#8217;après-midi)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hector MENDEZ (Montpellier)&amp;nbsp;: La théorie du pouvoir populaire en Amérique latine&lt;br /&gt;
Enrique DUSSEL (Mexico)&amp;nbsp;: Démocratie et participation&lt;br /&gt;
Stathis KOUVELAKIS (Londres)&amp;nbsp;: Peuple et politique en Grèce aujourd&amp;#8217;hui&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&quot;/editions/rousseau.jpg&quot;&gt;ROUSSEAU &amp;amp; LA VOIX DU PEUPLE&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Jeudi 26 avril (après-midi)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alberto BURGIO (Bologne)&amp;nbsp;: Démocratie, participation, rationalité&lt;br /&gt;
Yves VARGAS (Paris)&amp;nbsp;: De la cacophonie mutine a la voix de Dieu&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Vendredi 27 avril&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Norbert LENOIR (Marseille)&amp;nbsp;: Rousseau et la radicalité démocratique&lt;br /&gt;
Bruno BERNARDI (Marseille)&amp;nbsp;: Opinion publique et volonté générale&lt;br /&gt;
Thomas VAN DER HALLEN (Paris)&amp;nbsp;: Robespierre et le problème de la représentation&lt;br /&gt;
Reinhard BACH (Greifswald)&amp;nbsp;: Le peuple irréfléchi&lt;br /&gt;
Luc VINCENTI (Montpellier)&amp;nbsp;: L&amp;#8217;autoinstitution du pouvoir populaire&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contact&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Luc Vincenti, CRISES (EA 4424)-Université Montpellier III&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Université Montpellier III&lt;br /&gt;
Département de philosophie&lt;br /&gt;
Route de Mende&lt;br /&gt;
34199 Montpellier Cedex 5&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;luc.vincenti AT univ-montp3.fr&lt;/p&gt;</content>
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<entry xml:lang="fr">
  <title>La Révolution française en seconde : proposition de cours</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2011/12/28/465-la-revolution-francaise-en-seconde-proposition-de-cours" />
  <issued>2011-12-28T16:21:50+01:00</issued>
  <modified>2011-12-28T16:21:50+01:00</modified>
  <id>http://revolution-francaise.net/2011/12/28/465-la-revolution-francaise-en-seconde-proposition-de-cours</id>
  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Enseignement</dc:subject>
  <summary>Par Olivier Coq, Lycée Voillaume, Aulnay-sous-bois


Ce cours utilise une partie des archives Pons qui sont en ligne sur Révolution Française.net.


Dossiers à télécharger en .pdf :
Cours
Méthodologie
Documents 1ère partie
Documents 2ème partie
Documents 3ème partie
Documents 4ème partie</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;Par Olivier Coq, Lycée Voillaume, Aulnay-sous-bois&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce cours utilise une partie des &lt;a href=&quot;/2011/07/14/441-pons-de-l-herault-archives-en-ligne&quot;&gt;archives Pons&lt;/a&gt; qui sont en ligne sur &lt;em&gt;Révolution Française.net&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dossiers à télécharger en .pdf :&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;/editions/Cours O. Coq RF.net.pdf&quot;&gt;Cours&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;/editions/Methodologie O.Coq RF.net.pdf&quot;&gt;Méthodologie&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;/editions/Doc1 O.Coq RF.net.pdf&quot;&gt;Documents 1ère partie&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;/editions/Doc2 O.Coq RFnet.pdf&quot;&gt;Documents 2ème partie&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;/editions/Doc3 O.Coq RF.net.pdf&quot;&gt;Documents 3ème partie&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
&lt;a href=&quot;/editions/Doc 4 O.Coq RF.net.pdf&quot;&gt;Documents 4ème partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette proposition de cours concerne le nouveau programme de Seconde sur la Révolution. Ce chapitre représente la moitié du thème 5&amp;nbsp;: la Révolution française/Libertés et nations en France et en Europe. Temps consacré&amp;nbsp;: 8 heures&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le cours est accompagné d&amp;#8217;une rapide présentation méthodologique, et des documents (images et textes) nécessaires.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Objectif&amp;nbsp;: comprendre la logique politique de la Révolution française en considérant le rôle des acteurs, grâce à la réalisation progressive d&amp;#8217;un organigramme.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Déroulement la séquence :&lt;br /&gt;
- On consacre une heure aux causes de la Révolution et la montée des idées de liberté.&lt;br /&gt;
- On consacre trois heures à la période 1789-1792. L&amp;#8217;explosion de l&amp;#8217;été 1789, et la diffusion de la Révolution sur l&amp;#8217;ensemble du territoire. Journée fondatrice&amp;nbsp;: le 14 juillet.&lt;br /&gt;
- On consacre à nouveau trois heures à la période 1792-1794&amp;nbsp;: la naissance de la République française. Journée fondatrice&amp;nbsp;: le 10 août.&lt;br /&gt;
- Une heure enfin est consacrée à sur la période 1794-1804&amp;nbsp;: l&amp;#8217;appel au sabre. Journée fondatrice&amp;nbsp;: le 9-Thermidor.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La salle de classe doit être équipée d&amp;#8217;un vidéoprojecteur.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;I. Les causes de la Révolution française	&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. La «&amp;nbsp;rébellion française&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
B. La Révolution américaine&amp;nbsp;: la liberté réalisée ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;II. L&amp;#8217;explosion de l&amp;#8217;été 1789 et la diffusion de la Révolution sur l&amp;#8217;ensemble du territoire&lt;/strong&gt;	&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. La monarchie ébranlée&lt;br /&gt;
1. &lt;em&gt;Les cahiers de doléances&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
2. &lt;em&gt;L&amp;#8217;Assemblée Nationale Constituante et le Serment du Jeu de paume&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. Le 14 juillet et ses conséquences	&lt;br /&gt;
1.&lt;em&gt; La prise de la Bastille&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
2. &lt;em&gt;La diffusion des révoltes sur l&amp;#8217;ensemble du territoire&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
3. &lt;em&gt;L&amp;#8217;abolition des privilèges&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
4. &lt;em&gt;Le roi à Paris&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. La «&amp;nbsp;France régénérée&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;
1. &lt;em&gt;La Déclaration des droits de l&amp;#8217;homme et du citoyen&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
2. &lt;em&gt;La réorganisation du territoire&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
3. &lt;em&gt;La monarchie constitutionnelle&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
4. &lt;em&gt;Un pays qui entre en politique&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;III. La naissance de la République, 1792-1794&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A. La question du roi - autour du 10 août&lt;br /&gt;
1. &lt;em&gt;La fuite du roi&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
2. &lt;em&gt;La France en guerre&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
3. &lt;em&gt;Le 10 août&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
B. La République naissante et assiégée&lt;br /&gt;
1. &lt;em&gt;Les périls&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
2. &lt;em&gt;Le mouvement sans-culotte&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
C. Les politiques de la Terreur&lt;br /&gt;
1. &lt;em&gt;La Terreur&amp;nbsp;: exclure les ennemis, réels ou supposés&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
2. &lt;em&gt;Encourager la «&amp;nbsp;vertu&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;IV.	Vers l&amp;#8217;appel au sabre&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
A.	Pons en prison !&lt;br /&gt;
B.	Le 9-Thermidor et ses conséquences&lt;br /&gt;
C.	La vaine recherche d&amp;#8217;un régime légitime&lt;br /&gt;
D.	Des succès militaires&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</content>
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  <title>La guerre contre les valeurs des Lumières</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2011/12/25/464-la-guerre-contre-les-valeurs-des-lumieres" />
  <issued>2011-12-25T19:43:38+01:00</issued>
  <modified>2011-12-25T19:43:38+01:00</modified>
  <id>http://revolution-francaise.net/2011/12/25/464-la-guerre-contre-les-valeurs-des-lumieres</id>
  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Actuel</dc:subject>
  <summary>Ce texte de Zeev Sternhell, publié en décembre 2010 dans Le Monde diplomatique, est une bonne introduction à son ouvrage sur Les Anti-Lumières (Fayard, 2006, réédition Folio histoire, 2010).


La guerre menée contre les valeurs des Lumières se poursuit avec autant de détermination qu’au cours...</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped"> &lt;p&gt;Ce texte de Zeev Sternhell, publié en décembre 2010 dans &lt;em&gt;Le Monde diplomatique&lt;/em&gt;, est une bonne introduction à son ouvrage sur &lt;em&gt;Les Anti-Lumières&lt;/em&gt; (Fayard, 2006, réédition Folio histoire, 2010).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La guerre menée contre les valeurs des Lumières se poursuit avec autant de détermination qu&amp;#8217;au cours des deux siècles précédents, car les grandes questions affrontées par les philosophes du XVIIIe siècle demeurent centrales&amp;nbsp;: une société représente-t-elle un corps, un organisme vivant, ou seulement un ensemble de citoyens&amp;nbsp;? En quoi réside l&amp;#8217;identité nationale&amp;nbsp;? Une communauté nationale se définit-elle en termes politiques et juridiques ou bien en fonction d&amp;#8217;une histoire et d&amp;#8217;une culture&amp;nbsp;? Et quel est alors le poids de la religion dans la culture&amp;nbsp;? Qu&amp;#8217;est-ce qui a le plus d&amp;#8217;importance dans la vie des hommes&amp;nbsp;: ce qui leur est commun à tous ou ce qui les sépare&amp;nbsp;? Par ailleurs, le monde tel qu&amp;#8217;il existe est-il le seul envisageable&amp;nbsp;? Un changement de l&amp;#8217;ordre social en place constitue-t-il un objectif légitime ou l&amp;#8217;assurance d&amp;#8217;un désastre ?&lt;br /&gt;
Les réponses à ces questions clés mettent évidemment en jeu une conception de l&amp;#8217;homme. Pour la pensée politique représentée par le puissant et tenace courant anti-Lumières, l&amp;#8217;individu n&amp;#8217;a de sens que dans et par la communauté, il n&amp;#8217;existe que dans le particulier concret et non dans l&amp;#8217;universel abstrait. Il faut donc privilégier ce qui distingue, divise, sépare les hommes&amp;nbsp;: ce qui fait leur identité, irréductible à la seule raison, et bien plus vigoureuse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.monde-diplomatique.fr/2010/12/STERNHELL/19952&quot;&gt;Lire la suite&lt;/a&gt; dans &lt;em&gt;Le Monde diplomatique&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Le sens commun, un concept généralisé. Le revival de la tradition des Lumières et des Révolutions</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2011/12/13/463-le-sens-commun-un-concept-generalise-le-revival-de-la-tradition-des-lumieres-et-des-revolutions" />
  <issued>2011-12-13T13:57:08+01:00</issued>
  <modified>2011-12-13T13:57:08+01:00</modified>
  <id>http://revolution-francaise.net/2011/12/13/463-le-sens-commun-un-concept-generalise-le-revival-de-la-tradition-des-lumieres-et-des-revolutions</id>
  <author><name>Jacques Guilhaumou</name></author>
  <dc:subject>Recensions</dc:subject>
  <summary>par Jacques Guilhaumou, UMR Triangle, ENS/Université de Lyon


Autour de l'ouvrage de Sophia Rosenfeld, Common Sense. A Political History, Harvard University Press, 2011.


La question très ancienne du sens commun est devenu un objet propre de recherche au sein des sciences humaines et sociales. Cependant il apparaît d'abord que les anthropologues et les sociologues, à l'exemple du dossier de la revue Société (N°89, 2005) sur le sens commun, évitent de reprendre la tradition des Lumières en matière de sens commun, dans la mesure où ils y voient un espace de promotion d'une logique universelle peu compatible avec le principe d'un savoir local présent dans les diverses formes du sens commun au sein de sociétés déterminées. Il s'agit alors de considérer un savoir qui conditionne l'action sociale, qui est organiquement lié à la vie, donc nous renvoie à la compréhension du sujet par lui-même. C'est bien ainsi que toute une tradition de la sociologie compréhensive, située au plus proche d'une phénoménologie de la connaissance sociale, de Dilthey à Simmel, de Weber à Schütz, et de bien d'autres auteurs importants, s'intéresse aux modes de connaissance à la fois théoriques et pratiques de l'action, en partant du principe que l'acteur se doit de comprendre son action. L'acteur en vient ainsi, au-delà du fait même de l'empathie, à construire la propre interprétation de son action au titre de l'esprit objectivé. Dans la lignée de Max Weber, il peut s'agir alors de constituer des idéaux-types, sens commun inclus, au plus près de la manière dont l'acteur comprend l'ensemble des actions pensées par lui-même.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;par Jacques Guilhaumou, UMR Triangle, ENS/Université de Lyon&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Autour de l'ouvrage de Sophia Rosenfeld, &lt;em&gt;Common Sense. A Political History&lt;/em&gt;, Harvard University Press, 2011.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La question très ancienne du sens commun est devenu un objet propre de recherche au sein des sciences humaines et sociales. Cependant il apparaît d'abord que les anthropologues et les sociologues, à l'exemple du dossier de la revue &lt;em&gt;Société&lt;/em&gt; (N°89, 2005) sur le sens commun, évitent de reprendre la tradition des Lumières en matière de sens commun, dans la mesure où ils y voient un espace de promotion d'une logique universelle peu compatible avec le principe d'un savoir local présent dans les diverses formes du sens commun au sein de sociétés déterminées. Il s'agit alors de considérer un savoir qui conditionne l'action sociale, qui est organiquement lié à la vie, donc nous renvoie à la compréhension du sujet par lui-même. C'est bien ainsi que toute une tradition de la sociologie compréhensive, située au plus proche d'une phénoménologie de la connaissance sociale, de Dilthey à Simmel, de Weber à Schütz, et de bien d'autres auteurs importants, s'intéresse aux modes de connaissance à la fois théoriques et pratiques de l'action, en partant du principe que l'acteur se doit de comprendre son action. L'acteur en vient ainsi, au-delà du fait même de l'empathie, à construire la propre interprétation de son action au titre de l'esprit objectivé. Dans la lignée de Max Weber, il peut s'agir alors de constituer des idéaux-types, sens commun inclus, au plus près de la manière dont l'acteur comprend l'ensemble des actions pensées par lui-même.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cependant, l'approche du linguiste et du sémioticien, à l'exemple de l'étude récente de Georges-Elias Sarfati sur le sens commun, s'avère bien différente. Sarfati propose ainsi une synthèse de ses réflexions sur le sens commun dans l'ouvrage collectif &lt;em&gt;Matériaux philosophiques pour l'analyse du discours&lt;/em&gt; (Presses Universitaires de Besançon), qui a été publiée par Philippe Schepens et moi-même en 2011. La tradition interprétative des Lumières, et plus largement de la modernité se trouve ici revivifiée non pas dans les termes d'une logique universelle, mais d'abord en appui sur une tradition philosophique qui a multiplié les réflexions des philosophes sur le sens commun depuis Aristote Ainsi que l'a montré Danielle Lories, (&lt;em&gt;Le Sens commun et le jugement du phronimos&lt;/em&gt;. Aristote et les stoïciens, 1998), la question du sens commun est, dès le départ, étroitement associée à celle du jugement pratique, et introduit ainsi au problème du sens de soi, de l'appropriation et de la reconnaissance de soi.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;L'accent est donc mis présentement certes sur la dimension cognitive du sens commun, en la doublant d'une fonction critique en matière de monde commun, donc d'une dimension interprétative de premier plan. Mais il s'agit aussi d'opérer le passage au mental, donc au travail subjectif de l'esprit, c'est-à-dire de considérer les pensées qui renvoient les acteurs aux événements du monde comme autant d'occurrences concrètes, de concepts singuliers et non typifiés. Nous pouvons ainsi parler d'un concept de sens commun fondé sur une relation contextuelle à un référent commun ayant forme de dossier dans lequel chacun puisse puiser, - une sorte de concept généralisé -, sans qu'il s'agisse d'une logique universelle. A ce titre, les modalités du sens commun couvrent des domaines fort divers. Appelons les, avec Georges Sarfati, des &quot;communautés de sens&quot; possédant leurs propres dynamiques de structuration et leurs topiques spécifiques, et par là même ouvrant à des sujets cognitifs une vaste latitude expressive permettant de négocier le savoir commun.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Une telle approche, de nature foncièrement herméneutique, si elle reste attachée à la connaissance d'un savoir local, prend également en compte l'élément généalogique propre aux croyances communes. La matérialité du langage et le jeu des narrations y occupent conjointement une place fondamentale: quelque chose existe dans la visée d'un sens sous la forme d'un signe au sein d'états cognitifs déterminés et quelqu'un parle selon des procédures pragmatiques et énonciatives précises. Ainsi, il s'agit de dégager des trajets interprétatifs en déployant l'histoire jusque dans l'actuel, tout en se donnant la tâche de se procurer le concept ce qui est, peut et doit être. Le concept de sens commun occupe, dans ce dispositif savant, une place centrale. En effet, nous pouvons nous situer, avec ce concept, à la croisée d'une analyse des discours, des récits, des mises en mots de nature foncièrement interprétative et d'une histoire des concepts pensée à l'horizon de la temporalité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il devient alors légitime et nécessaire de se demander ce qu'il en est du sens commun sur le terrain proprement historique, et en particulier au cours des moments forts des Temps Modernes. Sans prétendre à l'exhaustivité, Sophia Rosenfeld, dans son dernier ouvrage, répond ici avec succès au problème du poids historique de la réflexion sur le sens commun, par le fait même d'en démontrer la centralité dans l'histoire de la démocratie moderne. Elle s'efforce donc de décrire des expériences historiques successives,  - au titre de la pensée du sens commun et de ses effets pratiques -, situées à l'horizon des formes de croyance, ce qu'elle formule dans les termes suivants: &quot;The history of common sense is deeply intertwined with the history of experiments in the modification and lifting of formal regulations on thought, speech, and print that is so central to the liberal narrative of the eighteenth century on both sides of the Atlantic. &quot; (page 12). Construire une narration de l'histoire du libéralisme autour de la catégorie de sens commun revient alors à situer, dans des contextes historiques précis, des espaces de croyance, qui nous mènent d'une éthique de la vie quotidienne à des modalités essentielles de la politique libérale.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il convient certes de retourner à l'univers des gens de lettres, avec une part notable des femmes, mais en croisant les formes de la liberté d'expression et les modalités de l'action populaire collective. Une telle interrogation historique sur le sens commun consiste donc d'abord à mettre l'accent sur la construction discursive du social&amp;nbsp;: le sens commun apparaît alors comme un imaginaire commun issu des interactions de la vie quotidienne avec les mots communs selon une orientation déterminée de la vie sociale. La phrase commune des gens de lettres qui se situent sur un tel socle sociologique est bien sûr &quot;Thomas Paine est l'auteur de Common Sense (1776)&quot; associée au contexte de la mise en place de la Constitution de Pennsylvanie en 1776.  Cet énoncé définitoire est historiquement central: il a par là même valeur d'affirmation de constituants historiques d'un sens commun indexé à des moments historiques précis de l'histoire conjointe du libéralisme et du républicanisme. Il faut donc conserver en mémoire, et donc en arrière-plan de ce travail, les études sur Paine, à l'égal de celles de Carine Lounissi, Marc Belissa et Yannick Bosc en lecture sur le présent site. Quand on sait l'énorme influence que cet ouvrage a eu, ainsi que le souligne Christopher Hamel, dans sa présentation d'une nouvelle traduction à paraître bientôt chez l'éditeur, &quot;Aux forges de Vulcain&quot;, on ne peut que s'interroger sur les intuitions fondamentales de Paine qui justifient sa place centrale dans la réflexion de Sophia Rosenfeld: en premier lieu, le lien normatif entre sens commun et liberté, et son corollaire le pouvoir d'une l'évidence de sens commun; en second lieu,  le souci d'indépendance, et son effet immédiat, l'appel à l'autogouvernement de l'individu.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De part et d'autre de ce moment central, présenté dans le chapitre 4 (&quot;Building a Common Sense Republic. Philadelphia, 1776&quot;), Sophia Rosenfeld individualise historiquement des styles de politique et des états idéaux indexés sur le sens commun du peuple.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En premier lieu, c'est à Londres, entre 1688 et 1739, avec &quot;The Ghost of Common Sense&quot;, - titre du chapitre 1 qui nous renvoie à un nouvel horizon d'une communauté auto-régulée dans un champ d'expériences politiques marqué par la nécessité de produire un ordre après une révolution -, que nous trouvons du sens commun. La crise de légitimité qui secoue les Anglais touche autant au fondement du savoir qu'à la vie publique. Sur ces deux faces, la référence au sens commun, comme base de non-conflit, profite à un ordre social et moral où les opinions divergentes sont régulées soit  par le fait d'un agrément général, soit par la recherche d'un consensus. Des auteurs tels que Addison et Richard Steele, des journaux tels que the &lt;em&gt;Spectator, The Free Thinker&lt;/em&gt;, désignent l'esprit de sens commun à travers diverses formulations: un &quot;Stock of Sense&quot; présent dans chaque esprit individuel apte à juger; &quot;the plain Notions of Common Sense&quot;, comme réservoir des notions raisonnables aux yeux des élites; &quot;the Common Sense of Mankind&quot;, au titre bon sens (good sense). Désormais il peut être question, par le titre même d'un ouvrage anonyme, de &lt;em&gt;The Life and Adventures of Common Sense&lt;/em&gt;, voire d'un journal, &lt;em&gt;Common Sense&amp;nbsp;: or The Englishman's Journal&lt;/em&gt;, - ce dernier étant un journal d'opposition -, du &quot;Standard of Common Sense&quot;, une norme social élargie du fait des changements cognitifs et sociaux d'une Angleterre en pleine mutation libérale. La rhétorique du sens commun prend alors toute sa place dans la vie politique en délimitant les paramètres consensuels du débat. L'accord général sur la valeur du sens commun ainsi constitué équivaut à un véritable mécanisme, &quot;a mechanism for producing and even intensifying ideological strife within the context of a increasingly stable political order &quot; précise Sophia Rosenfeld (page 54). Le sens commun devient en quelque sorte un opérateur épistémique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le second chapitre intitulé &quot;Aberdeen, Everyman's Perception of the Word 1758-1770&quot; nous introduit aux Lumières écossaises, marquées par des auteurs tels que Beattie et Thomas Reid et la Philosophical Society (1758) d'Aberdeen. Avec Thomas Reid et son &lt;em&gt;An Inquiry into the Human Kind, on the Principles of Common Sense&lt;/em&gt; (1764), il s'agit d'une nouvelle philosophie de l'esprit qui considère le sens commun comme une capacité mentale. Le  lien à la psychologie humaine est ici fortement marqué avec l'insistance sur un pouvoir localisé dans l'esprit, source de convictions à la base de croyances, outil de régulation, de démarcation, d'inclusion/exclusion. Dans un tel cadre épistémologique, James Beattie, dans, son &lt;em&gt;Essay on the Nature and Immutability of Truth&lt;/em&gt;, définit le sens commun dans les termes d'un pouvoir de l'esprit plutôt instinctif, c'est-à-dire, dans ses termes à lui, &quot;a power of the mind which perceives truth, or commands belief, not by the progressive argumentation, but by an instantantaneous and instinctive impulse&quot; (cité page 74). Il met donc plutôt l'accent sur la capacité de jugement du peuple en recherchant les notions que les hommes tiennent en commun en tant que résultat de leur constitution commune. Notions qui permettent de mettre en place les pièces de l'infrastructure mentale nécessaire au développement de la politique vers le peuple, et de son adhésion au nouvel ordre social. Dans le cadre de la société philosophique d'Aberdeen se précise ainsi un point de vue plutôt communautariste avec l'insistance sur le bien commun dans le cadre du progrès humain promu par le seul fait de l'observation. Mais il s'agit toujours d'explorer l'anatomie de la pensée humaine, de promouvoir une philosophie de l'esprit avec en son centre la philosophie du sens commun. A la différence de Descartes d'une part, de Locke et Hume d'autre part, il est aussi question chez Thomas Reid de faire retour à Aristote et à sa conception du sens commun en considérant que le sens commun correspond à un degré de jugement commun aux hommes qui échangent mots et objets (plus précisément dans ces termes à lui, &quot; a that degree of judgment which is common to men with whom we can converse and transact business&quot;, cité page 72) jusque dans les aspects les plus divers de la vie quotidienne.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Nulle surprise donc si l'appel au bon sens fait désormais fortune, à l'exemple de la &lt;em&gt;Bibliothèque du bon sens portatif&lt;/em&gt; à plusieurs auteurs, écrivant en français et publiant à Londres en 1773. Dans une Europe francophone au sein des élites. Amsterdam occupe ici une place stratégique, comme le montre Sonia Rosenfeld dans le chapitre 4 (&quot;The radical Uses of Bon Sens. Amsterdam, 1760-1775&quot;). Ici une conception radicale de l'usage du bon sens s'impose. En effet, en poussant le raisonnement à l'extrême, à l'exemple de la &lt;em&gt;Philosophie du bon sens ou réflexions philosophiques sur l'incertitude des connaissances humaines&lt;/em&gt; du Comte d'Argens, tout un chacun, femmes incluses, peut philosopher, et donc exercer sa critique contre l'autorité par les pensées les plus ordinaires. Et bien sûr, le baron d'Holbach a toute sa place en ce domaine&amp;nbsp;: le bon sens est au centre de la promotion d'un matérialisme apte à rendre tout gouvernement à la fois commun et populaire. Nulle surprise donc si les antiphilosophes s'emparent du thème du bon sens contre l'individualisme des philosophes pour le redéfinir dans un sens plus social. Reste l'idée des uns et des autres d'une doxa collective où chacun pense de la même manière, ouvrant la porte à une vision populiste du monde. Cependant, deux surprises nous attendent en matière de sens commun.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La première surprise vient de l'autre côté de l'Atlantique, à Philadelphie en 1776 avec le succès d'un petit pamphlet &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt; de Thomas Paine, vendu à 75. 000 exemplaires pour la première édition&amp;nbsp;! Paine associe les horizons du bien commun des écossais et du bon sens des continentaux radicaux à la nouvelle constitution, et à son environnement public, d'une manière spécifique que Sophia Rosenfeld précise dans les termes suivants: &quot;The fixing of a paradoxical conception of common sens to a democratic vision of politics as authorative cause and effect must be counted as one of Paine's and his cohort's chief and most lasting legacies&quot; (page 139). Un tel appel à la célébration publique du sens commun introduit une alternative politique, sous la forme d'un nouveau style politique dans la manière même de raisonner, d'user de telle ou telle expression, du fait de la prééminence proclamée de la capacité d'auto-compréhension de chaque individu associée à sa volonté. Une nouvelle démocratie populaire prend naissance dans les termes même du sens commun.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La seconde surprise nous vient de la France en révolution, et tout particulièrement des années 1790-1792. La référence au sens commun prend de nouveau de l'ampleur, mais du côté des patriotes modérés. La figure de l'homme du bon sens concerne alors autant les femmes patriotes que les citoyens sous des titres qui parlent d'eux-mêmes: &lt;em&gt;La Femme patriote, ou le gros bon sens, Le Gros bon sens, adressé à l'Assemblée Nationale, Le bon sens français&lt;/em&gt;, etc. La trajectoire du sens commun n'emprunte pas le chemin des grandes notions comme la Raison, la Liberté, la Vérité, d'autant que les Jacobins y voient une simple figure de rhétorique, peu apte à rendre compte de ce qui est au c&amp;#339;ur de la politique révolutionnaire, l'invention par l'artifice par le fait même de l'existence de l'Assemblée Nationale. Les événements leur donnent raison avec la main mise progressive sur le terme de bon sens pas les monarchistes modérés au cours de l'hiver 1790-1791 en vue de promouvoir toute une littérature pseudo-populiste avec des titres de pamphlets anti-jacobins tels que &lt;em&gt;Le Crieur du bon sens et patriote, Le Stationnaire patriote aux frontières, ou l'appel au bon sens, Le Bon sens. Réflexions libres sur les affaires actuelles&lt;/em&gt;. Bien d'autres pamphlétaires royalistes pratiquent Le gros bon sens, titre de l'un des écrits concernés, et parmi les plus connus Adrien-Quentin Buée et Jean-Gabriel Peltier. Les personnages du Père Duchesne et de la Mère Duchesne occupent également une place dans la campagne monarchiste pour l'auto-régulation de la politique par les règles du bon sens, dans l'espoir d'un mécanisme populaire de réaction contre les Jacobins. De fait, rien de tel n'apparaît, et la raison révolutionnaire s'éloigne d'autant d'un appel au sens commun perçu comme du populisme.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est du côté de l'Allemagne, et de Kant avec sa &lt;em&gt;Critique du jugement&lt;/em&gt; (1790) que l'idée de sens commun va obtenir ses lettres de noblesse dans le débat intellectuel, - comme le montre Sophia Rosenfeld dans le chapitre 6 (&quot;Königsberg to New York. The fate of Common Sense in the Modern World&quot;), et devenir ainsi un enjeu actuel -, tout en restant inscrit dans la tradition des Lumières et de la Révolution française. A l'écoute de son époque, Kant s'intéresse à la manière dont se manifeste la capacité des hommes à juger d'un événement à portée universelle. Le sens commun se trouve alors au centre d'une telle faculté de jugement dans la mesure où il s'agit de trouver l'universel dans la manière proprement réflexive dont les hommes rendent compte de leur activité dans un espace intersubjectif. Ainsi Kant écrit que &quot;l'Idée du sens commun à tous&quot;, nous renvoie à &quot;une faculté (un pouvoir) de juger qui, dans sa réflexion, tient compte en pensée (a priori) du mode de représentation de tout autre, pour en quelque sorte comparer son jugement à la raison humaine toute entière&quot; (&lt;em&gt;Critique de la faculté de juger&lt;/em&gt;,  Paris, Aubier, 1995, p. 278). D'autres penseurs allemands, et Friedrich Schiller en particulier dans ses Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme, amplifient la perspective kantienne. Le point de vue de l'observation sociale, basé sur le sens commun, se retrouve ainsi en première ligne au sein d'une société en pleine mutation.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Désormais, il devient possible , - et c'est la tâche du XIXème siècle -, de créer de nouvelles institutions dont la fonction principale est de transformer les observateurs légitimés par le sens commun en des participants politiques actifs, de part et d'autre de l'Atlantique. Ainsi en est-il des partis politiques, des organisations syndicales, des écoles publiques, et de bien d'autres institutions. L'appel au sens commun, ancré dans les Lumières, devient le moyen privilégié de promouvoir la capacité mentale du peuple. Ainsi, précise Sophia Rosenfeld, se posent désormais les questions suivantes: &quot;Can the individuals who make up the subset of &quot;the people&quot; being considered for admission to the political nation (peasants, the working poor, blacks, women, or any other subordinate identity group) judge properly themselves&amp;nbsp;? That is, do they have the ability to make the common sense determinations essential to meaningful participation in the political process and the production of good outcomes&amp;nbsp;?  &quot;(page 230). Le sens commun devient ainsi un instrument conceptuel pour la création de nouvelles communautés, en vue de leur intégration à la nation. Quant aux guerres du XXème siècle, elles font revivre à leur façon le sens commun, bien souvent dans un sens populiste. Peut-on alors, par contraste, parler d'un retour, dans la seconde moitié du XXème siècle, aux champs d'expérimentation et de novation initiés autour du sens commun dès les Lumières&amp;nbsp;? C'est ce qu'on appelle, depuis une trentaine d'années, &quot;le retour à Kant&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Des grands penseurs allemands, tels que Heidegger, Gadamer, Arendt, revivifient ainsi la tradition interprétative qui fait du sens commun la condition de possibilité du jugement rationnel dans ses effets proprement pratiques, ce qui permet de considérer le sens commun  du point de vue des vérités sociales au sein d'une communauté concrète. Le sens commun se retrouve aussi, par une telle interrogation, au centre de toute interrogation sur la généalogie des penseurs depuis les Temps Modernes&amp;nbsp;: il devient une catégorie majeure en matière de qualités politiques, voire même il définit le sens politique par excellence. Et Sophia Rosenfeld d'en conclure par une remarque essentielle sur le rôle du sens commun dans l'espace de la communication &quot; Common sense ultimately works to help us talk to each other but also to limit what we can hear and from whom&quot; (page 256).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le concept de sens commun tient ainsi à nos possibilités et à nos limites intérieures en matière d'esprit libéral et républicain. Appréhendé dans ses effets pratiques, il est bien devenu un des moyens privilégiés en politique de fonder la démocratie. L'histoire de ce concept permet donc de mieux comprendre la revification actuelle de la tradition critique des Lumières et des Révolutions et de son potentiel explicatif.&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Robespierre, Terreur et Déclaration des droits de l'homme et du citoyen</title>
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  <issued>2011-12-08T17:11:20+01:00</issued>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>En ligne</dc:subject>
  <summary>Par Yannick Bosc, GRHIS-Université de Rouen


Nous avons hérité d'une représentation de Robespierre essentiellement caractérisée par le sang et la violence de la Terreur, cette dernière étant considérée comme le prodrome du totalitarisme stalinien. Pour ses contemporains, Robespierre est au...</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped"> &lt;p&gt;Par Yannick Bosc, GRHIS-Université de Rouen&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous avons hérité d'une représentation de Robespierre essentiellement caractérisée par le sang et la violence de la Terreur, cette dernière étant considérée comme le prodrome du totalitarisme stalinien. Pour ses contemporains, Robespierre est au contraire associé aux principes de la Déclaration des droits dont il est «&amp;nbsp;le commentaire vivant&amp;nbsp;» selon Camille Desmoulins.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Qu'un homme puisse incarner à la fois la Terreur et la Déclaration n'a rien de paradoxal pendant la Révolution française. Ainsi, en 1795, une fois Robespierre éliminé et au moment où ses ennemis construisent la figure du «&amp;nbsp;tyran sanguinaire&amp;nbsp;»,  Jérémy Bentham résume l'opinion dominante en estimant que «&amp;nbsp;le langage de la Terreur&amp;nbsp;» est contenu dans l'article 2 de la Déclaration de 1789&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;le but de toute association politique est la conservation des droits naturels de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression&amp;nbsp;». C'est là, pour Bentham et les thermidoriens, le langage de l'anarchie avec lequel il convient de rompre si l'on veut fonder un ordre social sur l'intérêt des possédants sans lequel, estiment-ils, il ne peut exister de prospérité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://moderne.canalblog.com/archives/2011/11/28/22830697.html&quot;&gt;Lire la suite&lt;/a&gt; sur l&lt;em&gt;'Abécédaire des sociétés modernes&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Le républicanisme libéral de Thomas Paine</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2011/11/28/460-le-republicanisme-liberal-de-thomas-paine" />
  <issued>2011-11-28T19:55:52+01:00</issued>
  <modified>2011-11-28T19:55:52+01:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Etudes</dc:subject>
  <summary>Par Carine Lounissi, Université de Rouen - LARCA Université Paris-Diderot


Ce texte a été présenté lors de l'atelier Les héritages des républicanismes et la république comme utopie qui s'est tenu le 27 novembre 2010. 
Thomas Paine est souvent décrit comme un auteur – car il n’est pas toujours considéré comme un penseur à part entière – échappant aux catégorisations habituelles. Il n’est pas un père fondateur stricto sensu, car il n’a pas participé à la rédaction de la Constitution de 1787. Bien qu’il envisage très tôt l’Union des Etats américains issus des anciennes colonies britanniques, il n’est pas un « fédéraliste » au sens où ce terme désigne une allégeance politique opposé au camp des jeffersoniens, auquel Paine se rattache. Il n’est pas non plus véritablement un « radical » au sens anglais du terme, le « radicalisme » s’appliquant à un groupe de penseurs souhaitant avant tout démocratiser la monarchie britannique en réformant notamment le système électoral de la Grande-Bretagne, mais n’appelant pas à un renversement de la monarchie pour la plupart d’entre eux. Dans le cadre politique français, Paine n’a été ni un « girondin », bien qu’ayant fréquenté des figures considérées comme « girondines » telles que Condorcet ou Brissot, ni un thermidorien, car il a critiqué la Constitution de l’an III avant de s’y rallier par la suite. Comme le suggère le titre de cette présentation, Paine n’est pas non plus un « républicain » au sens pocockien du terme. Il redéfinit une forme de républicanisme autre fondée sur une conception libérale de l’Etat et c’est ce que je souhaite montrer ici. La pensée politique de Paine est en effet un anti-monarchisme qui rejette toute forme héréditaire de gouvernement. Le contrat politique qu’il propose comme fondement de l'Etat est à la fois libéral et républicain (I), ce qui conduit Paine à refonder le républicanisme tel qu’il existait au XVIIIe siècle (II), et ce qui nous amène à repenser les catégories de « républicanisme » et de « libéralisme » qui ne doivent pas se concevoir uniquement indépendamment l’une de l’autre (III).</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;Par Carine Lounissi, Université de Rouen - LARCA Université Paris-Diderot&lt;/p&gt;

&lt;img style=&quot;margin: 0  10px 10px 0; float: left;&quot; src=&quot;/images/republicanisme_utopie.jpg&quot; alt=&quot;héritages des républicanismes et république comme utopie&quot; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce texte a été présenté lors de l'atelier &lt;a href=&quot;/2010/11/20/408-les-heritages-des-republicanismes-et-la-republique-comme-utopie&quot;&gt;Les héritages des républicanismes et la république comme utopie&lt;/a&gt; qui s'est tenu le 27 novembre 2010. &lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas Paine est souvent décrit comme un auteur &amp;#8211; car il n&amp;#8217;est pas toujours considéré comme un penseur à part entière &amp;#8211; échappant aux catégorisations habituelles. Il n&amp;#8217;est pas un père fondateur &lt;em&gt;stricto sensu&lt;/em&gt;, car il n&amp;#8217;a pas participé à la rédaction de la Constitution de 1787. Bien qu&amp;#8217;il envisage très tôt l&amp;#8217;Union des Etats américains issus des anciennes colonies britanniques, il n&amp;#8217;est pas un «&amp;nbsp;fédéraliste&amp;nbsp;» au sens où ce terme désigne une allégeance politique opposé au camp des jeffersoniens, auquel Paine se rattache. Il n&amp;#8217;est pas non plus véritablement un «&amp;nbsp;radical&amp;nbsp;» au sens anglais du terme, le «&amp;nbsp;radicalisme&amp;nbsp;» s&amp;#8217;appliquant à un groupe de penseurs souhaitant avant tout démocratiser la monarchie britannique en réformant notamment le système électoral de la Grande-Bretagne, mais n&amp;#8217;appelant pas à un renversement de la monarchie pour la plupart d&amp;#8217;entre eux. Dans le cadre politique français, Paine n&amp;#8217;a été ni un «&amp;nbsp;girondin&amp;nbsp;», bien qu&amp;#8217;ayant fréquenté des figures considérées comme «&amp;nbsp;girondines&amp;nbsp;» telles que Condorcet ou Brissot, ni un thermidorien, car il a critiqué la Constitution de l&amp;#8217;an III avant de s&amp;#8217;y rallier par la suite. Comme le suggère le titre de cette présentation, Paine n&amp;#8217;est pas non plus un «&amp;nbsp;républicain&amp;nbsp;» au sens pocockien du terme. Il redéfinit une forme de républicanisme autre fondée sur une conception libérale de l&amp;#8217;Etat et c&amp;#8217;est ce que je souhaite montrer ici. La pensée politique de Paine est en effet un anti-monarchisme qui rejette toute forme héréditaire de gouvernement. Le contrat politique qu&amp;#8217;il propose comme fondement de l'Etat est à la fois libéral et républicain (I), ce qui conduit Paine à refonder le républicanisme tel qu&amp;#8217;il existait au XVIIIe siècle (II), et ce qui nous amène à repenser les catégories de «&amp;nbsp;républicanisme&amp;nbsp;» et de «&amp;nbsp;libéralisme&amp;nbsp;» qui ne doivent pas se concevoir uniquement indépendamment l&amp;#8217;une de l&amp;#8217;autre (III).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un contrat politique libéral et républicain&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Paine fonde sa théorie politique d&amp;#8217;emblée sur un contrat politique à la fois «&amp;nbsp;libéral&amp;nbsp;», au sens où il doit préserver les libertés fondamentales de l&amp;#8217;individu, et «&amp;nbsp;républicain&amp;nbsp;», au sens où le seul régime politique légitime est à ses yeux la démocratie représentative. Dès les premières pages de &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;, il montre l&amp;#8217;incompatibilité du régime politique anglais et d&amp;#8217;une théorie contractualiste immanente reposant sur un contrat que les gouvernés signent entre eux. Les institutions de son pays natal n&amp;#8217;étaient pas, en effet, à ses yeux, la combinaison entre la démocratie, l&amp;#8217;aristocratie et la monarchie, mais bien plutôt entre deux formes de tyrannies héréditaires et un élément républicain, largement corrompu par le monarque, même s&amp;#8217;il affirma ensuite que l&amp;#8217;autre partie républicaine du système britannique se trouvait dans la tradition judiciaire du jugement par jury (1).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En partant de l&amp;#8217;égalité originelle entre les hommes au sortir de la Création, il réfute la légitimité d&amp;#8217;un contrat entre le roi et ses sujets, car ce serait mettre l&amp;#8217;effet avant la cause. En vertu de ce principe, il estimait non seulement que l&amp;#8217;acte de fondation devait être démocratique, c&amp;#8217;est-à-dire reposer sur un contrat horizontal où chacun entrerait à part égale, mais encore que la forme de la procédure de fondation ne pouvait être dissociée de celle du régime qui naîtrait du contrat. Le régime consécutif à une fondation contractualiste ne pouvait être qu&amp;#8217;une république ou une démocratie représentative.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comme Spinoza, Paine voit un lien naturel et de nature entre contrat et démocratie&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Dans les républiques (&amp;#8230;) le pouvoir souverain (&amp;#8230;) demeure là où la nature l&amp;#8217;a placé&amp;nbsp;: dans le peuple&amp;nbsp;» (2), affirme-t-il en 1786 dans &lt;em&gt;Dissertations on Government&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;république&amp;nbsp;» désignant ici la démocratie représentative. Dans le &lt;em&gt;Traité théologico-politique&lt;/em&gt;, Spinoza indique sa préférence pour la démocratie qui lui apparaît être le régime «&amp;nbsp;le plus naturel&amp;nbsp;» ou, nuance-t-il, «&amp;nbsp;le moins éloigné de la liberté que la Nature reconnaît à chacun&amp;nbsp;» et ce en vertu du contrat à l&amp;#8217;origine de la démocratie par lequel «&amp;nbsp;nul ne transfère son droit naturel à un autre de telle sorte qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;ait plus ensuite à être consulté, il le transfère à la majorité de la société dont lui-même fait partie&amp;nbsp;; et dans ces conditions tous demeurent égaux comme ils l&amp;#8217;étaient auparavant dans l&amp;#8217;état de nature&amp;nbsp;» (3). La démocratie était, selon lui, le régime le plus proche théoriquement de l&amp;#8217;état de nature. En d&amp;#8217;autres termes, le contrat qui permettait d&amp;#8217;être en conformité avec le droit naturel était celui qui créait une démocratie (4). Paine n'exprime pas ce principe aussi explicitement que Spinoza, mais le contrat qu'il définit est sous-tendu par les mêmes exigences.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour Paine, le contrat immanent au fondement de la république est, de plus, un pacte mutuel de renonciation par tous au despotisme de chacun sur chacun. Tous, précise-t-il dans &lt;em&gt;Dissertations on Government&lt;/em&gt; se défont du «&amp;nbsp;droit qu&amp;#8217;ils s&amp;#8217;étaient arrogés de rompre et de violer leurs engagements (&amp;#8230;) ou d&amp;#8217;escroquer, de mentir ou de tyranniser leurs semblables&amp;nbsp;» (5), négatif de l&amp;#8217;idée que le contrat doit être un pacte d&amp;#8217;engagement à respecter l&amp;#8217;équité. C&amp;#8217;est une position qui tendrait à se rapprocher du concept de liberté comme non-domination tel que le définit Philip Pettit (6).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La république ou la démocratie représentative était donc, selon Paine, la forme de régime qui émergerait spontanément à partir de la société naturelle. C&amp;#8217;est ce qu&amp;#8217;il suggéra dès les premières pages de &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;. Paine y sépare les trois sources juridico-politiques de légitimité invoquées pendant le débat entre les colonies et la Grande-Bretagne depuis la fin de la Guerre de Sept Ans, à savoir la tradition constitutionnelle britannique, les chartes et contrats coloniaux, et enfin le droit naturel. Les colons britanniques interprétaient leurs droits en tant que sujets de la Couronne comme «&amp;nbsp;certains droits de nature réservés aux citoyens par la constitution anglaise&amp;nbsp;» (7) pour citer John Adams écrivant sous le pseudonyme de Novanglus en 1775. Il évoquait même une liberté fictive de total recommencement des premiers émigrants arrivés sur le sol américain&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;ils&quot;&gt;ils&lt;/a&gt; avaient clairement le droit d&amp;#8217;ériger dans cet espace vierge une constitution britannique, ou bien une démocratie parfaite, ou bien toute forme de gouvernement qu&amp;#8217;ils auraient jugée adéquate&amp;nbsp;» (8), dit-il. Il les envisageait donc comme des individus retournés à l&amp;#8217;état de nature et pouvant se faire les signataires de n&amp;#8217;importe quel contrat. En réalité, ils n&amp;#8217;établirent ni l&amp;#8217;une ni l&amp;#8217;autre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De ce point de vue, le pamphlet de Paine apparaît comme l&amp;#8217;aboutissement logique des dix années de débat entre les colonies et la métropole. La césure ainsi placée par Paine clôturait l&amp;#8217;histoire coloniale. L&amp;#8217;apport de Paine n&amp;#8217;est donc pas tant d&amp;#8217;avoir été «&amp;nbsp;le premier à exposer la théorie des droits naturels des colons sans se référer à ou s&amp;#8217;appuyer sur les lois et les usages du pays&amp;nbsp;»(9), mais d&amp;#8217;avoir montré que les deux registres étaient fondamentalement incompatibles et que l&amp;#8217;un pouvait exister sans l&amp;#8217;autre. C&amp;#8217;est donc un républicanisme fondé sur les droits naturels que défendait Paine.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une forme nouvelle de républicanisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Le républicanisme de Paine est doublement révolutionnaire. D'une part, la révolution ne peut être que républicaine d'après lui, et d'autre part, il rompt avec les critères du schéma républicain tel qu&amp;#8217;il était envisagé au XVIIIe siècle&amp;nbsp;: la limitation de l&amp;#8217;étendue du territoire, l&amp;#8217;égalité des conditions et le rejet du commerce et du luxe.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comme Madison dans &lt;em&gt;Le Fédéraliste&lt;/em&gt;, Paine établit que la forme représentative du régime républicain est préférable à la démocratie directe quelle que soit la taille du territoire (10), même si l&amp;#8217;analyse de Paine n&amp;#8217;est pas fondée sur les mêmes considérations que celles du &lt;em&gt;Fédéraliste&lt;/em&gt; n°10. En parallèle à son refus d&amp;#8217;accréditer l&amp;#8217;idée que la république ne pouvait exister que sur un territoire de faible étendue, Paine rejeta la thèse inverse qui établissait une corrélation entre monarchie et grand espace, en se fondant sur la relation entre «&amp;nbsp;savoir&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;pouvoir&amp;nbsp;» (11). Dans &lt;em&gt;Dissertations on Government&lt;/em&gt;, il montre qu&amp;#8217;il est impossible de dissocier «&amp;nbsp;pouvoir souverain&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;savoir souverain&amp;nbsp;» (12). Seule la représentation permet une telle continuité. En 1776, dans un écrit publié après &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;, il exprime déjà cette idée en affirmant que de fréquentes élections entraîneraient un élargissement du «&amp;nbsp;cercle du savoir&amp;nbsp;» (13). A l&amp;#8217;inverse, la monarchie interrompt cette chaîne. Sous un tel régime, d&amp;#8217;après lui, «&amp;nbsp;de l&amp;#8217;ignorance, le gouvernement sombre dans la tyrannie&amp;nbsp;» (14), notamment parce que les connaissances d&amp;#8217;un individu sont insuffisantes pour assurer la bonne gestion d&amp;#8217;un royaume trop étendu (15).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La république ne nécessite pas, en outre, la parfaite égalité des conditions. Si l&amp;#8217;égalité originelle des individus implique l&amp;#8217;égalité des droits dans le corps politique, de la même manière, l&amp;#8217;égalité première dans l&amp;#8217;accès au monde doit se traduire par l&amp;#8217;égalité des chances dans la société organisée. Malgré les injustices qu&amp;#8217;il savait être probablement à l&amp;#8217;origine de nombre de propriétés, et bien qu&amp;#8217;il eût approuvé la vente des biens du clergé en France, Paine ne souhaitait donc pas bouleverser l&amp;#8217;ensemble du système des propriétés. En cela, il respectait, sciemment ou non, le principe formulé par Rousseau dans son &lt;em&gt;Discours sur l&amp;#8217;économie politique&lt;/em&gt; où il avait affirmé que le rôle de l&amp;#8217;institution politique dans ce domaine était de «&amp;nbsp;prévenir l&amp;#8217;extrême inégalité des fortunes, non en enlevant les trésors à leurs possesseurs mais en ôtant à tous les moyens d&amp;#8217;en accumuler, ni en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres, mais en garantissant les citoyens de le devenir&amp;nbsp;»(16).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour Paine, l&amp;#8217;égalité républicaine n&amp;#8217;est pas celle des conditions, mais des droits civils et des chances. Au vu de ses positions sur l&amp;#8217;égalité, il put sans peine se défendre d&amp;#8217;être un «&amp;nbsp;niveleur&amp;nbsp;» dans le second volet de &lt;em&gt;Rights of Man&lt;/em&gt; (17). Dans la perspective utopiste qu&amp;#8217;était la sienne, William Godwin considérait pourtant que cette forme de «&amp;nbsp;républicanisme n&amp;#8217;est pas un remède qui s&amp;#8217;attaque à la racine du mal&amp;nbsp;», car «&amp;nbsp;l&amp;#8217;injustice, l&amp;#8217;oppression et la misère peuvent élire domicile dans ses heureux fiefs&amp;nbsp;» (18). A ses yeux, «&amp;nbsp;le véritable républicanisme&amp;nbsp;» (19) était l&amp;#8217;égalité, mais ce républicanisme authentique ne passait pas uniquement par l&amp;#8217;égalité des droits. Il fallait aller plus loin&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;il est inutile de démontrer une proposition aussi simple que celle selon laquelle tout républicanisme, toute égalisation de rangs et d&amp;#8217;immunités, tend fortement vers une égalisation des propriétés&amp;nbsp;» (20). Cette tendance était, donc, selon lui, inscrite dans l&amp;#8217;idée même de république. Ce faisant, Godwin se plaçait, lui, dans le prolongement de la tradition selon laquelle le régime républicain requérait l&amp;#8217;égalité économique des citoyens, avec laquelle Paine, au contraire, rompit&amp;nbsp;: la république devait, selon ce dernier, prendre pour base l&amp;#8217;homme en tant qu&amp;#8217;homme indépendamment de toute autre considération. Son républicanisme était donc, pourrait-on dire, avant tout un humanisme. Le danger ne résidait pas tant dans l&amp;#8217;existence du luxe et de l&amp;#8217;inégalité en eux-mêmes que dans le fait de prendre celle-ci pour fondement du contrat politique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le dernier critère de cette tradition de républicanisme frugal fut également abandonné par Paine. De fait, il ne reprit pas l&amp;#8217;idée platonicienne de la méfiance que le commerce suscite par la multiplication des désirs qu&amp;#8217;il provoque. Le commerce était l&amp;#8217;objet de deux interprétations au XVIIIe siècle&amp;nbsp;: l&amp;#8217;une, négative, que nous venons de rappeler, et l&amp;#8217;autre, plus positive, qui lui accordait une dimension civilisatrice, et que développa notamment Montesquieu dans &lt;em&gt;L&amp;#8217;esprit des lois&lt;/em&gt; (21), où la dimension négative n&amp;#8217;était, toutefois, pas totalement éliminée par ce dernier puisqu&amp;#8217;il affirmait que même s&amp;#8217;«&amp;nbsp;il polit et adoucit les m&amp;#339;urs barbares&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;le commerce corrompt les m&amp;#339;urs pures&amp;nbsp;» (22). De son côté, Paine retint la dimension civilisatrice du commerce. Dès &lt;em&gt;Letter to the Abbe Raynal&lt;/em&gt;, écrit publié en 1782, le commerce apparaît, sur le plan national et international, comme un facteur de civilisation (en tant que processus), un instrument ayant la faculté de «&amp;nbsp;cordialiser&amp;nbsp;» (23) par le biais de l&amp;#8217;intérêt. Dans la description sommaire des rapports entre les différents secteurs économiques qu&amp;#8217;il avait faite quatre ans plus tôt dans «&amp;nbsp;A Serious Address to the People of Pennsylvania&amp;nbsp;», ce n&amp;#8217;était pas la catégorie des marchands qui contenait en elle-même potentiellement le germe de la corruption de la société, mais celle des «&amp;nbsp;professions libérales&amp;nbsp;» (24), parmi lesquelles il classait logiquement les «&amp;nbsp;avocats&amp;nbsp;» mais également, de façon plus inattendue peut-être, les «&amp;nbsp;écrivains&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cependant, deux ans plus tôt encore, dans &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;, il avait affirmé que «&amp;nbsp;le négoce diminue à la fois le sens du patriotisme et celui de la défense militaire&amp;nbsp;» et même que «&amp;nbsp;l&amp;#8217;accroissement de son commerce a valu à l&amp;#8217;Angleterre de perdre sa force d&amp;#8217;âme&amp;nbsp;» (25). D&amp;#8217;après Christopher Lasch, il s&amp;#8217;agirait là de l&amp;#8217; «&amp;nbsp;une des rares manifestations, parfaitement exemplaire, de l&amp;#8217;idéologie républicaine décelable chez Paine&amp;nbsp;» (26). Cette remarque sur l&amp;#8217;impact négatif du commerce resta, de fait, isolée&amp;nbsp;: on n&amp;#8217;en trouve pas d&amp;#8217;écho dans ses autres textes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;idée selon laquelle une république devait être exempte de commerce était, en réalité, liée à celle de la nécessité de maintenir intacte la vertu citoyenne. Cet impératif reposait notamment sur une croyance en la fonction purificatrice de l&amp;#8217;agriculture, idée défendue par Jefferson dans les &lt;em&gt;Notes on the State of Virginia&lt;/em&gt;, même si lorsqu&amp;#8217;il sera président, il souhaitera encourager à la fois l&amp;#8217;agriculture et le commerce, ainsi que par James Madison qui, dans un article publié en mars 1792 dans la &lt;em&gt;National Gazette&lt;/em&gt;, intitulé «&amp;nbsp;Republican Distribution of Citizens&amp;nbsp;», considérait que «&amp;nbsp;la meilleure répartition est celle qui favoriserait le plus &lt;em&gt;la santé, la vertu, l&amp;#8217;intelligence et la compétence chez le plus grand nombre possible&lt;/em&gt; de citoyens&amp;nbsp;»(27) et concluait que l&amp;#8217;activité économique qui permettrait d&amp;#8217;atteindre cet idéal est l&amp;#8217;agriculture. Dans l&amp;#8217;introduction du volet de 1792 de sa réponse à Burke, Paine semblait adhérer à cette thèse en affirmant que «&amp;nbsp;les besoins qui accompagnent nécessairement la mise en culture d&amp;#8217;une terre sauvage&amp;nbsp;»(28) avaient été un facteur déterminant dans la formation d&amp;#8217;une société non corrompue sur le sol américain. Si cette idée n&amp;#8217;avait pas la même importance chez Paine que chez Jefferson, le premier n&amp;#8217;en considérait pas moins l&amp;#8217;agriculture comme le socle de toute l&amp;#8217;économie, comme il l&amp;#8217;expliqua dans «&amp;nbsp;A Serious Address to the People of Pennsylvania&amp;nbsp;» en 1778 (29), mais comme l&amp;#8217;a souligné Eric Foner, celui-ci «&amp;nbsp;ne partageait pas les inquiétudes des Américains dans la tradition du parti agrarien qui voyait le développement économique comme une décadence&amp;nbsp;» (30). De même, reprenant des conclusions déjà exposées notamment par J. Dorfman dans les années 1930 (31), Pocock confirme qu&amp;#8217; «&amp;nbsp;en termes anglais, on peut voir la deuxième partie de &lt;em&gt;Rights of Man&lt;/em&gt; comme marquant une prise de distance décisive par rapport à un quelconque rêve de démocratie rustique, républicaine ou anglo-saxonne&amp;nbsp;», notamment parce que Paine prend en compte le crédit (32).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En outre, la «&amp;nbsp;vertu&amp;nbsp;» en tant que telle n&amp;#8217;occupe pas une place centrale explicite dans la théorie painienne de la république. Il est vrai que, dans &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;, il mentionnait «&amp;nbsp;la vertu de la chambre des communes (la partie républicaine de la constitution)&amp;nbsp;»(33) et «&amp;nbsp;la vertu républicaine&amp;nbsp;»(34). Il y opposait la vertu à la corruption et l&amp;#8217;associait à la liberté puisqu&amp;#8217;il avança que «&amp;nbsp;lorsque les vertus républicaines défaillent, c&amp;#8217;est l&amp;#8217;esclavage qui s&amp;#8217;ensuit&amp;nbsp;»(35). Dans un article publié en 1782, il fit encore référence à «&amp;nbsp;la vertu sur laquelle les républiques sont fondées&amp;nbsp;» (36) et ce, dans un passage où Montesquieu est cité. Le terrain n&amp;#8217;aurait pu être mieux préparé pour faire parler ce dernier, qui, on le sait, avait associé la vertu (morale) à la démocratie (37), d&amp;#8217;une part, et avait établi, d'autre part, une forme de vertu (politique) républicaine qu&amp;#8217;il définissait comme «&amp;nbsp;l&amp;#8217;amour de la république&amp;nbsp;» (38). Par la suite, néanmoins, Paine n&amp;#8217;aura recours explicitement à la notion de vertu que très ponctuellement. Non seulement les occurrences du mot sont rares sous la plume de Paine, mais encore cette notion n&amp;#8217;est-elle pas définie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors même qu&amp;#8217;il avait élaboré un nouveau concept de république, les contradicteurs anglais de &lt;em&gt;Rights of Man&lt;/em&gt; n&amp;#8217;eurent de cesse de lui opposer les anciennes conditions d&amp;#8217;existence d&amp;#8217;un tel régime. D&amp;#8217;après ces critères, la république ne leur semblait adaptée qu&amp;#8217;à la condition innocente de l&amp;#8217;humanité. Elle ne pouvait exister que dans une société simple et primitive. Comme le lui objecta Thomas Hearn, dans &lt;em&gt;A Short View of the Rise and Progress of Freedom in Modern Europe&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;le système représentatif et égalitaire (&amp;#8230;) est (&amp;#8230;) prévu pour une société naissante, pour des bergers, des pêcheurs et des chasseurs, et où la richesse de l&amp;#8217;Etat n&amp;#8217;est guère encore devenue un objet de tentation ou une incitation au pillage&amp;nbsp;»(39). John Jones, dans &lt;em&gt;The Reason of Man&lt;/em&gt;, estimait que l&amp;#8217;instauration d&amp;#8217;un tel régime entraînait une régression et un retour à «&amp;nbsp;l&amp;#8217;état de nature&amp;nbsp;»(40).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Paine, de son côté, pensait, au contraire, que la révolution républicaine revenait à faire entrer l&amp;#8217;humanité dans «&amp;nbsp;l&amp;#8217;âge de raison&amp;nbsp;», dans l&amp;#8217;âge adulte, motif qui prolonge le registre employé pour la Révolution américaine qui avait mis fin à la minorité des colonies. A l&amp;#8217;inverse, ses opposants croyaient déceler dans la pensée des «&amp;nbsp;républicains&amp;nbsp;» une tentative de retour à l&amp;#8217;enfance, car impliquant une volonté d&amp;#8217;établir «&amp;nbsp;cette chimère puérile de l&amp;#8217;égalité naturelle des hommes&amp;nbsp;», pour citer à nouveau Thomas Hearn (41). Selon eux, le régime républicain reposait donc sur une conception naïve et infantile de l&amp;#8217;humain. Or, rappelaient-ils, la vertu était loin d&amp;#8217;être la chose la mieux partagée du monde. Une telle espérance équivalait à l&amp;#8217;attente pathologique d&amp;#8217;un retour du pré-lapsaire. Par conséquent, ils opposaient le caractère illusoire d&amp;#8217;une telle vision au réalisme politique ayant intégré les défaillances morales de l&amp;#8217;homme. Même lorsque la notion de vertu était interprétée dans le sens politique que lui donnait Montesquieu, elle ne pouvait être que le fruit d&amp;#8217;une éducation de type spartiate (42).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Paine s&amp;#8217;était donc affranchi des thèses reçues sur le «&amp;nbsp;républicanisme&amp;nbsp;», dont il ne subsistait dans sa pensée que quelques traces résiduelles, en particulier dans &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;. Pour lui, le régime républicain était avant tout fondé sur la raison et la volonté. Le gouvernement en général devait pallier les défaillances de la vertu, comme il le suggéra dès &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;, mais la forme républicaine n&amp;#8217;était pas plus apte qu&amp;#8217;une autre à restituer à l&amp;#8217;homme son «&amp;nbsp;innocence perdue&amp;nbsp;»(43). L&amp;#8217;Etat n&amp;#8217;était pas une fin en soi pour Paine. La démocratie représentative était le régime qui permettait d&amp;#8217;assurer le mieux la liberté. On est donc fondé à se demander si le républicanisme de Paine n&amp;#8217;était pas d&amp;#8217;abord un libéralisme.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un républicanisme libéral ?&lt;/strong&gt; (44)&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;La distinction entre société et gouvernement, qu&amp;#8217;on peut considérer comme d&amp;#8217;inspiration lockéenne &amp;#8211; à condition d&amp;#8217;utiliser le mot «&amp;nbsp;société&amp;nbsp;», non dans le sens précis que lui donne Locke, mais en tant qu&amp;#8217;il désigne la relation sociale entre les individus (par opposition à la solitude de l&amp;#8217;homme naturel que décrit Rousseau) qui existe à l&amp;#8217;état de nature lockéen, ou plus précisément la relative indépendance de la seconde par rapport au premier &amp;#8211; ne constitue qu&amp;#8217;un seul des critères que l&amp;#8217;on peut retenir pour définir la doctrine libérale. Comme l&amp;#8217;explique Pierre Manent, dans son &lt;em&gt;Histoire intellectuelle du libéralisme&lt;/em&gt;, les libéraux tendent à considérer que «&amp;nbsp;les individus, (&amp;#8230;) nouent naturellement ou spontanément des relations pacifiques qui donnent naissance à une société, sinon autosuffisante, du moins suffisamment consistante pour n&amp;#8217;avoir pas besoin, afin de tenir ensemble, d&amp;#8217;un gouvernement absolu&amp;nbsp;»(45). Paine figure en bonne et due place, au même titre que Burke, dans l'anthologie d'extraits de textes fondateurs du libéralisme publiée par ce dernier et intitulée &lt;em&gt;Les libéraux&lt;/em&gt; (46).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Globalement, le libéralisme politique peut se définir comme une manière de mettre l&amp;#8217;accent sur la volonté individuelle qui implique une limitation ou un contrôle du pouvoir de l&amp;#8217;Etat par des principes tels que la séparation et l&amp;#8217;indépendance des trois pouvoirs, dont on sait que la fusion définissait la tyrannie depuis Montesquieu, et le respect des libertés individuelles dont les gouvernants doivent assurer l&amp;#8217;exercice par la définition d&amp;#8217;un cadre qui le rend possible. C&amp;#8217;est le résultat d'une combinaison de la conception de la «&amp;nbsp;république&amp;nbsp;», en tant que principe s&amp;#8217;opposant à la tyrannie, et de la théorie des droits naturels. En se fondant sur les critères utilisés par Pierre Manent, on peut retenir trois points principaux pour cerner plus précisément le libéralisme politique&amp;nbsp;: la séparation des trois pouvoirs, la représentation et la distinction entre la société et le gouvernement (47). Si Paine refusait le premier critère car ne reconnaissant que deux pouvoirs, les deux autres sont partie prenante dans sa pensée. Il est, en sus, un démocrate et le libéralisme politique n&amp;#8217;impliquait pas nécessairement la défense de la démocratie représentative ayant pour base le suffrage universel et l&amp;#8217;absence de toute forme d&amp;#8217;hérédité comme fondement de légitimité politique. Comme l&amp;#8217;affirme Isaac Kramnick, «&amp;nbsp;peu de libéraux montraient une telle ferveur dans l&amp;#8217;attachement à la démocratie et à l&amp;#8217;égalitarisme&amp;nbsp;» (48).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La question du positionnement de Paine par rapport au libéralisme et au républicanisme s&amp;#8217;inscrit, rappelons-le, dans le cadre de la querelle historiographique autour du sens de la Révolution américaine, qui, on le sait, oppose deux groupes d&amp;#8217;historiens, les uns, tels Bernard Bailyn et Gordon S. Wood, identifiant la pensée de Sidney, Harrington, Trenchard et Gordon comme le substrat philosophique de la Révolution, et les autres, Joyce Appleby notamment, étant plutôt d&amp;#8217;avis que la paternité philosophique en revient essentiellement à Locke (49). De son propre aveu, dans un article de 1807 dans lequel il élucide ses relations avec l'auteur du &lt;em&gt;Second Traité&lt;/em&gt;, Paine avait, semble-t-il, déjà tranché ce débat en affirmant que «&amp;nbsp;dans la conduite de sa révolution, le peuple d&amp;#8217;Amérique ne s&amp;#8217;inspira en rien de Locke&amp;nbsp;» (50).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De fait, certains analystes de Paine privilégient la piste «&amp;nbsp;républicaine&amp;nbsp;», et ce notamment en se fondant sur&lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;. D&amp;#8217;après David Wootton, ce pamphlet aurait fait entrer dans le domaine de l&amp;#8217;écrit une «&amp;nbsp;culture républicaine orale&amp;nbsp;» dont Sylas Neville en particulier était, selon lui, le représentant au XVIIIe siècle (51). C&amp;#8217;est aussi le point de vue que défend Mark Philp, qui se concentre également sur &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt; (52). Cependant, ceux qui ont pris en compte l&amp;#8217;ensemble de l&amp;#8217;&amp;#339;uvre de Paine tendent à s&amp;#8217;accorder sur l&amp;#8217;idée que celui-ci a opéré une synthèse entre le «&amp;nbsp;républicanisme&amp;nbsp;» et le «&amp;nbsp;libéralisme&amp;nbsp;» lockéen (53). Christopher Lasch, dans &lt;em&gt;The True and Only Heaven&lt;/em&gt;, publié en 1991, inclut ainsi un chapitre intitulé «&amp;nbsp;Tom Paine&amp;nbsp;: libéral ou républicain&amp;nbsp;?&amp;nbsp;», dont le contenu va dans le sens de cette interprétation, en soulignant que Paine n&amp;#8217;est ni opposé à la représentation, ni hostile au développement commercial, ce qui le coupe du courant «&amp;nbsp;républicain&amp;nbsp;», à l&amp;#8217;exception du passage de &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt; déjà commenté ci-dessus dans lequel il proposait une vision négative du commerce. Lasch, critiquant ainsi la position d&amp;#8217;Isaac Kramnick, considère que la pensée de Paine se situe à la fois en dehors du «&amp;nbsp;républicanisme&amp;nbsp;» et du libéralisme. Il préfère qualifier la troisième voie définie par Paine de «&amp;nbsp;populiste&amp;nbsp;» dans la mesure où, tout en empruntant des éléments à chacune de ces deux branches, celui-ci a opéré une fusion originale (54), sans pour autant préciser quels sont les éléments «&amp;nbsp;républicains&amp;nbsp;» qu&amp;#8217;on serait à même de déceler chez Paine. Or, dans la synthèse qu&amp;#8217;a opérée l&amp;#8217;auteur de &lt;em&gt;Rights of Man&lt;/em&gt;, c&amp;#8217;est bien la composante libérale qui domine, comme le souligne Lasch à juste titre (55). Cette combinaison est différente de celle réalisée par Jefferson qui se trouvait lui aussi à la croisée du libéralisme et du «&amp;nbsp;républicanisme&amp;nbsp;» (56). Le troisième président américain penchait, en effet, plus fortement, semble-t-il, du côté «&amp;nbsp;républicain&amp;nbsp;». Suivant également une ligne médiane, Karen Ford prend pour point de départ la distinction établie par Joyce Appleby entre une ancienne et une nouvelle forme de républicanisme pour conclure que la pensée de Paine rentre bien sous la seconde par une alliance inédite entre républicanisme et libéralisme, dans la mesure où le premier est centré sur la permanence constitutionnelle et sur le lien entre participation politique et liberté, et où le second met l&amp;#8217;accent sur la liberté individuelle face à l&amp;#8217;Etat (57).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il faut souligner que la thèse pocockienne de l&amp;#8217;existence d&amp;#8217;un courant «&amp;nbsp;républicain&amp;nbsp;» présente plusieurs failles pour ce qui concerne le XVIIIe siècle, sur Trenchard et Gordon, comme l&amp;#8217;a montré Christopher Hamel (58), et sur Montesquieu, considéré comme l&amp;#8217;un des fondateurs du libéralisme politique. Dans son texte consacré au coup d&amp;#8217;Etat du 18 Fructidor, Paine voyait, du reste, dans l&amp;#8217;adhésion de l&amp;#8217;auteur de &lt;em&gt;L&amp;#8217;esprit des lois&lt;/em&gt; à la thèse de la limitation de l&amp;#8217;étendue territoriale comme condition de viabilité de la république, une garantie contre l&amp;#8217;embastillement. Lorsqu&amp;#8217;il affirmait que ce dernier «&amp;nbsp;avait un penchant prononcé pour le gouvernement républicain&amp;nbsp;»(59), il semblerait donc que ce terme fût entendu par Paine dans un sens proche de sa propre conception.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En définitive, ce qui est en jeu dans le libéralisme comme dans le républicanisme, c&amp;#8217;est de parvenir à l&amp;#8217;articulation idéale entre la liberté et l&amp;#8217;égalité, ou entre leurs différentes formes, la position libérale tendant à privilégier la liberté par rapport à l&amp;#8217;égalité et le républicanisme mettant plus l&amp;#8217;accent sur la seconde, peut-on dire pour résumer. Or, comme le fait justement remarquer Karen Ford (60), Paine ne donne pas de définition de la notion de liberté, à l&amp;#8217;exception de celle qui se trouve dans l&amp;#8217;article 2 de son projet de Déclaration pour la Constitution de 1793&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui n&amp;#8217;est pas contraire aux droits d&amp;#8217;autrui&amp;nbsp;: ainsi, l&amp;#8217;exercice des droits naturels de chaque homme n&amp;#8217;a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits&amp;nbsp;» (61). Paine adoptait là la définition proposée à l&amp;#8217;article 4 de la Déclaration de 1789 (62). Ce n&amp;#8217;est donc pas une définition qu&amp;#8217;il a formulée lui-même. Elle tend à poser la liberté comme non-interférence, pour reprendre les termes de Pettit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Paine peut donc être inclus dans le groupe de ceux qu'Annie Léchenet qualifie de «&amp;nbsp;républicains libéraux&amp;nbsp;»(63) où elle classe Jefferson et Madison. Le peuple restait, à leurs yeux, le meilleur garant de la liberté. Selon les termes employés par Madison en janvier 1792, être républicain signifiait veiller à «&amp;nbsp;défendre la liberté contre le pouvoir&amp;nbsp;»(64), en particulier au moyen des Constitutions. Dans un article de décembre 1791, il souligna que «&amp;nbsp;la république implique la notion de droits du peuple&amp;nbsp;», et que «&amp;nbsp;pour s&amp;#8217;assurer des avantages d&amp;#8217;un tel système, chaque bon citoyen sera d&amp;#8217;emblée une sentinelle gardant les droits du peuple&amp;nbsp;»(65). Comme Paine, Madison, dans un article publié en février 1792, considérait le régime républicain comme celui mettant en place «&amp;nbsp;un gouvernement, puisant sa force dans la volonté de la société, et agissant (&amp;#8230;) selon l&amp;#8217;entendement et l&amp;#8217;intérêt de la société&amp;nbsp;»(66).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est également en s'appuyant sur Madison et sur Paine que, dans un article récent, Andreas Kalyvas et Ira Katznelson tentent de dépasser le clivage républicanisme / libéralisme. Ils les tiennent tous deux pour des tenants d'une forme moderne de républicanisme et d'un nouveau libéralisme. Ils concluent que «&amp;nbsp;le résultat&amp;nbsp;» de la réflexion de ces deux auteurs «&amp;nbsp;ne peut être décrit avec exactitude comme une simple synthèse qui serait un terrain commun réunissant deux traditions antagonistes&amp;nbsp;»(67). De fait, le libéralisme a d'abord été une «&amp;nbsp;critique d'une certaine organisation des pouvoirs politiques et religieux&amp;nbsp;» notamment absolutiste, selon l'expression de Pierre Manent (68). C'est aussi une composante du républicanisme pocockien. Ce qu'a fait Paine c'est combiner le libéralisme et le contractualisme en les intégrant dans un schéma démocratique de la représentation pour définir une nouvelle forme de républicanisme. Sa critique anti-monarchique n'est pas simplement une nouvelle expression d'adhésion à la «&amp;nbsp;vertu civique&amp;nbsp;», comme l'indiquent A. Kalyvas et I. Katznelson (69), car elle s'inscrit dans une démarche républicaine ou anti-monarchique qui rejette toutes les formes de monarchie, et ne s'apparente à la charge menée contre la corruption par les &lt;em&gt;Country Whigs&lt;/em&gt; que de loin, ou du moins Paine lui donne-t-il un sens différent. La vertu civique, au sens de participation nécessaire à la vie de la démocratie représentative, est pourtant bien l&amp;#8217;un des fondements de ce régime selon Paine, mais la participation est définie comme un droit fondamental et non comme une vertu&amp;nbsp;: le droit de vote est pour lui le «&amp;nbsp;droit premier par lequel tous les autres droits sont garantis&amp;nbsp;» (70) comme il le rappelle en 1795 dans &lt;em&gt;Dissertation on First Principles of Government&lt;/em&gt;. En revanche, ce n&amp;#8217;est pas pour Paine la communauté politique qui réalise l&amp;#8217;humanité de l&amp;#8217;homme, car la notion de communauté politique est atrophiée dans sa pensée, mais cela ne signifie pas pour autant que seuls la sociabilité et l'engagement dans la société constitueraient le socle de la vertu selon Paine comme le pense Gordon S. Wood, commentant la distinction établie par Paine entre société et gouvernement dans &lt;em&gt;Common Sense&lt;/em&gt;, et qui identifie même à cet égard l&amp;#8217;émergence de ce qu&amp;#8217;il appelle «&amp;nbsp;la nouvelle vertu sociale&amp;nbsp;» qui s&amp;#8217;opposerait à la vertu classique qui se fonde sur la participation au politique (71).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Nous aurions pu parler ici également du «&amp;nbsp;libéralisme républicain de Thomas Paine&amp;nbsp;», tant ses écrits tendent à montrer comment les deux paradigmes que sont le «&amp;nbsp;républicanisme&amp;nbsp;» et le «&amp;nbsp;libéralisme&amp;nbsp;» sont indissociables dans sa pensée. Les traces résiduelles de républicanisme pocokien qui sont encore visibles surtout dans ses premiers textes tendent à s&amp;#8217;effacer progressivement pour faire advenir une forme moderne d'un républicanisme fondé sur un contrat libéral garantissant les droits naturels où la participation et la vigilance du citoyen sont une vertu importante, mais elle n&amp;#8217;a plus, semble-t-il, le même sens que celui que lui donnaient les «&amp;nbsp;républicains&amp;nbsp;» identifiés par Pocock. La thèse de Philip Pettit, enfin, selon laquelle Paine serait un «&amp;nbsp;républicain&amp;nbsp;» parce qu&amp;#8217;il adhère à la liberté comme non-domination (72) est assez convaincante&amp;nbsp;: le contrat politique est bien pour Paine une renonciation au despotisme de chacun sur chacun. Ce qui pose problème en revanche, c&amp;#8217;est que les implications proprement philosophiques des notions de «&amp;nbsp;droit&amp;nbsp;» et de «&amp;nbsp;liberté&amp;nbsp;» sont relativement absentes d&amp;#8217;une pensée dont la visée pédagogique est parfois un obstacle. Si la pensée de Paine permet donc de remettre sur le métier des catégories intellectuelles, c&amp;#8217;est un processus qui a ses limites compte tenu de ces manques.
&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(1) Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;. Edition de Mark Philp. Oxford&amp;nbsp;: Oxford University Press, 1995, pp. 176-177.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) «&amp;nbsp;In republics &amp;#8230; the sovereign power &amp;#8230; remains where nature placed it &amp;#8211; in the people&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;The Complete Writings of Thomas Paine&lt;/em&gt;. Edition de Philip S. Foner. New York&amp;nbsp;: The Citadel Press, 1945, vol. 2, p. 373.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) Baruch de Spinoza. &lt;em&gt;Traité théologico-politique&lt;/em&gt;. Paris&amp;nbsp;: Garnier-Flammarion, 1965, chap. 16, p. 268.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(4) &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;., p. 266.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(5) «&amp;nbsp;the assuming right of breaking and violating their engagements &amp;#8230; or defrauding, imposing or tyrannizing upon each other&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;The Complete Writings of Thomas Paine&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., vol. 2, p. 375.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(6) Philip Pettit. &lt;em&gt;Republicanism&amp;nbsp;: A Theory of Freedom and Government&lt;/em&gt;. Oxford&amp;nbsp;: Oxford University Press, 1997, p. 22.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(7) «&amp;nbsp;certain rights of nature reserved to the citizens by the English constitution&amp;nbsp;», John Adams. &lt;em&gt;The Political Writings of John Adams&lt;/em&gt;. Edition de George A. Peek, Jr. New York&amp;nbsp;: Liberal Arts Press, 1954, p. 62.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(8) «&amp;nbsp;(they) had a clear right to have erected in this wilderness a British constitution, or a perfect democracy or any other form of government they saw fit&amp;nbsp;», &lt;em&gt;ibid&lt;/em&gt;., pp. 60-61.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(9) «&amp;nbsp;the first to state the theory of natural rights of the colonists without reference or reliance upon the laws or customs of the land&amp;nbsp;», Benjamin Wright. &lt;em&gt;American Interpretations of Natural Law&lt;/em&gt;. Cambridge (Massachusetts)&amp;nbsp;: Harvard University Press, 1931, p. 92.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(10) Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 233.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(11) &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(12) Thomas Paine. &lt;em&gt;The Complete Writings of Thomas Paine&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., vol. 2, p. 371.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(13) Thomas Paine. &lt;em&gt;Common Sense and Other Writings&lt;/em&gt;. Edition de Gordon S. Wood. New York&amp;nbsp;: The Modern Library, 2003, p. 79.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(14) «&amp;nbsp;the government inevitably falls from ignorance into tyranny&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;Collected Writings&lt;/em&gt;. Edition de Eric Foner. New York&amp;nbsp;: Literary Classics of the United States, collection «&amp;nbsp;The Library of America&amp;nbsp;», 1995, p. 377.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(15) Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., pp. 231-232. C&amp;#8217;était déjà l&amp;#8217;argument de Rousseau dans le Contrat social&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;s&amp;#8217;il est difficile qu&amp;#8217;un grand Etat soit bien gouverné, il l&amp;#8217;est beaucoup plus qu&amp;#8217;il soit bien gouverné par un seul homme&amp;nbsp;», Jean-Jacques Rousseau. &lt;em&gt;Du contrat social&lt;/em&gt;. Paris&amp;nbsp;: Garnier Flammarion, 1992, liv. III, chap. 6, p. 101.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(16) Jean-Jacques Rousseau. &lt;em&gt;Discours sur l&amp;#8217;économie politique&lt;/em&gt;. Paris: Garnier-Flammarion, 1990, p. 77.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(17) Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 224.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(18) «&amp;nbsp;republicanism is not a remedy that strikes at the root of evil. Injustice, oppression and misery can find an abode in those happy seats&amp;nbsp;», William Godwin. &lt;em&gt;An Enquiry Concerning Political Justice&lt;/em&gt;. (1793) dans&amp;nbsp;: Mark Philp (sous la direction de). &lt;em&gt;The Political and Philosophical Writings of William Godwin&lt;/em&gt;. Londres&amp;nbsp;: Pickering, 1993, vol. 3, liv. VIII, chap. 4, p. 438.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(19) &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(20) «&amp;nbsp;it is not necessary to prove so simple a proposition, as that all republicanism, all equalisation of ranks and immunities, strongly tends towards an equalization of property&amp;nbsp;», &lt;em&gt;ibid.&lt;/em&gt;, p. 473.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(21) Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu. &lt;em&gt;De l&amp;#8217;esprit des lois&lt;/em&gt;. Paris&amp;nbsp;: Garnier Flammarion, 1979, vol. 2, liv. XX, chap. 1 et 2, pp. 9-10.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(22) &lt;em&gt;Ibid.&lt;/em&gt;, p. 9.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(23) Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 265.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(24) Thomas Paine. &lt;em&gt;The Complete Writings of Thomas Paine&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit.&lt;/em&gt;, vol. 2, p. 283.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(25) Thomas Paine. &lt;em&gt;Le sens commun&lt;/em&gt;. Traduction de Bernard Vincent. Paris&amp;nbsp;: Aubier, collection «&amp;nbsp;Bilingue&amp;nbsp;», 1983, p. 139. Citations originales&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;commerce diminishes the spirit both of patriotism and military defence&amp;nbsp;»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;with the increase of commerce, England hath lost its spirit&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 42.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(26) Christopher Lasch. &lt;em&gt;Le seul et vrai paradis, une histoire de l&amp;#8217;idéologie du progrès et de ses critiques&lt;/em&gt;. Traduction de Frédéric Joly. Editions Climats, 2002, p. 163, «&amp;nbsp;one of the few unadulterated expressions of republican ideology in Paine&amp;#8217;s writings&amp;nbsp;», Christopher Lasch. &lt;em&gt;The True and Only Heaven, Progress and its Critics&lt;/em&gt;. New York&amp;nbsp;: W. W. Norton, 1991, p. 178.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(27) «&amp;nbsp;the best distribution is that which would most favor, health, virtue, intelligence, and competency in the greatest number of citizens&amp;nbsp;», James Madison. &lt;em&gt;The Papers of James Madison&lt;/em&gt;. Chicago&amp;nbsp;: University Press of Chicago. Charlottesville&amp;nbsp;: University Press of Virginia, 1962, vol. 14, p. 245 (c'est Madison qui souligne)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(28) Thomas Paine. &lt;em&gt;Les droits de l&amp;#8217;homme&lt;/em&gt;. Traduction de Bernard Vincent. Nancy&amp;nbsp;: Presses Universitaires de Nancy, 1991, p. 152. «&amp;nbsp;the wants which necessarily accompany the cultivation of a wilderness&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 211.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(29) Thomas Paine. &lt;em&gt;The Complete Writings of Thomas Paine&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., vol. 2, p. 283.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(30) «&amp;nbsp;Paine did not share the fears of Americans in the agrarian party tradition who viewed economic growth as decay, Eric Foner, «&amp;nbsp;Thomas Paine&amp;#8217;s Republic&amp;nbsp;: Radical Ideology and Social Change&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;: Alfred Young (sous la direction de). &lt;em&gt;Explorations in the History of American Radicalism. The American Revolution&lt;/em&gt;. DeKalb&amp;nbsp;: Northern Illinois University Press, 1976, p. 227.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(31) John Dorfman, «&amp;nbsp;The Economic Philosophy of Thomas Paine&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Political Science Quarterly&lt;/em&gt;, 1938, vol. 53, p. 372.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(32) John G. A. Pocock. &lt;em&gt;Vertu, commerce et histoire&lt;/em&gt;. Traduction d&amp;#8217;Hélène Aji. Paris&amp;nbsp;: Presses Universitaires de France, 1998, p. 359. Citation originale&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;in English terms, we may read part two of the Rights of Man as marking a decisive move away from any dream of a merely rustic, republican, or Anglo-saxon democracy&amp;nbsp;», John G. A Pocock. &lt;em&gt;Virtue, Commerce and History&lt;/em&gt;. Cambridge&amp;nbsp;: Cambridge University Press, 1985, p. 288.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(33) «&amp;nbsp;the virtue of the house of commons (the republican part in the constitution)&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit.&lt;/em&gt;, p. 19.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(34) &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(35) Thomas Paine. &lt;em&gt;Le sens commun&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 89, «&amp;nbsp;when the republican virtue fails, slavery ensues&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 19.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(36) «&amp;nbsp;the virtue on which republics are founded&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Thomas Paine. The Complete Writings of Thomas Paine&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., vol. 2, p. 344.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(37) Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu. &lt;em&gt;De l&amp;#8217;esprit des lois&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., liv. III, chap. 3, vol. 1, p. 144.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(38) &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;., liv. V, chap. 2, p. 167.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(39) «&amp;nbsp;the representative and equalizing system &amp;#8230; is &amp;#8230; calculated for infant society, for shepherds, fishermen and huntsmen, where the riches of the state is scarce yet become an object of temptation, or an excitement to plunder&amp;nbsp;», Gregory Claeys (sous la direction de). &lt;em&gt;Political Writings of the 1790s&lt;/em&gt;. Londres&amp;nbsp;: Pickering, 1995, vol. 6, p. 341.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(40) &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;., vol 5, p. 401.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(41) «&amp;nbsp;this childish chimera of the natural equality of man», &lt;em&gt;ibid&lt;/em&gt;., vol. 6, p. 346.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(42) &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;., vol. 6, p. 337.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(43) Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 5.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(44) Je m&amp;#8217;en tiendrai ici à la notion de libéralisme politique. Pour les vues potentiellement libérales de Paine sur le plan économique, voir Carine Lounissi. &lt;em&gt;La pensée politique de Thomas Paine en contexte&amp;nbsp;: théorie et pratique&lt;/em&gt;. (à paraître).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(45) Pierre Manent. &lt;em&gt;Histoire intellectuelle du libéralisme&lt;/em&gt;. Paris&amp;nbsp;: Hachette, collection «&amp;nbsp;Puriel&amp;nbsp;», 1988, p. 153.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(46) Pierre Manent. &lt;em&gt;Les libéraux&lt;/em&gt;. Paris&amp;nbsp;: Gallimard, 2001, pp. 375-433.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(47) Pierre Manent. &lt;em&gt;Histoire intellectuelle du libéralisme&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 139, p. 145 et p. 153.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(48) «&amp;nbsp;few liberals were so fervently committed to democracy and egalitarianism&amp;nbsp;», Isaac Kramnick, «&amp;nbsp;Tom Paine: Radical Liberal&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;: Isaac Kramnick. &lt;em&gt;Republicanism and Bourgeois Radicalism&amp;nbsp;: Political Ideology in Late Eighteenth-century England and America&lt;/em&gt;. Ithaca&amp;nbsp;: Cornell University Press, 1990, p. 160.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(49) Sur cette querelle historiographique, voir notamment&amp;nbsp;: Gwenda Morgan. &lt;em&gt;The Debate on the American Revolution&lt;/em&gt;. Manchester&amp;nbsp;: Manchester University Press, 2007, pp. 132-145 et Lucia Bergamasco, «&amp;nbsp;Le républicanisme: thème historique, paradigme historiographique&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Cahiers Charles V&lt;/em&gt; (L'Amérique: des colonies aux républiques) n°39, décembre 2005, pp. 15-43.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(50) «&amp;nbsp;the people of America, in conducting their revolution, learned nothing from Locke&amp;nbsp;», Alfred Owen Aldridge, «&amp;nbsp;Thomas Paine and the New York Public Advertiser&amp;nbsp;», &lt;em&gt;New York Historical Society Quarterly&lt;/em&gt;, 1953, vol. 88, p. 381.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(51) David Wootton, «&amp;nbsp;The Republican Tradition&amp;nbsp;: from Commonwealth to Common Sense&amp;nbsp;», dans&amp;nbsp;: David Wootton. &lt;em&gt;Republicanism and Commercial Society&amp;nbsp;: from the English Civil War to American Revolution&lt;/em&gt;. Stanford&amp;nbsp;: Stanford University Press, 1994, pp. 3-4.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(52) Mark Philp. &lt;em&gt;Paine&lt;/em&gt;. Oxford&amp;nbsp;: Oxford University Press, 1989, p. 30.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(53) John Keane. &lt;em&gt;Tom Paine&amp;nbsp;: a Political Life&lt;/em&gt;. Londres&amp;nbsp;: Bloomsbury, 1995, p. xx. Gregory Claeys. &lt;em&gt;Thomas Paine&amp;nbsp;: Social and Political Thought&lt;/em&gt;. Boston&amp;nbsp;: Unwin Hyman, 1989, p. 5. Jack Fruchtman. &lt;em&gt;Thomas Paine&amp;nbsp;: Apostle of Freedom&lt;/em&gt;. New York&amp;nbsp;: Four Walls Eight Windows, 1994, pp. 6-8.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(54) Christopher Lasch.&lt;em&gt;The True and Only Heaven&lt;/em&gt;, Progress and its Critics, op. cit., p. 180.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(55) &lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(56) Voir notamment&amp;nbsp;: Garret Ward Sheldon. &lt;em&gt;The Political Philosophy of Thomas Jefferson&lt;/em&gt;. Baltimore et Londres&amp;nbsp;: The John Hopkins University Press, 1991, p. 17.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(57) Thomas Paine. &lt;em&gt;Property, Welfare and Freedom in the Thought of Thomas Paine&amp;nbsp;: A Critical Edition&lt;/em&gt;. Edition de Karen M. Ford. Lewiston&amp;nbsp;: Edwin Mellen Press, 2001, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 32.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(58) Christopher Hamel, «&amp;nbsp;Prendre la vertu et les droits au sérieux&amp;nbsp;: l'hypothèse d'un républicanisme des droits&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Les Études philosophiques&lt;/em&gt;, 2007, n°4, p. 499-517.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(59) «&amp;nbsp;was strongly inclined to republican government&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;The Complete Writings of Thomas Paine&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., vol. 2, p. 598.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(60) Karen M. Ford. &lt;em&gt;The Political Theory of Thomas Paine (1737-1809)&amp;nbsp;: Is There a Conflict Between Liberty and Democracy&lt;/em&gt;. Thèse d&amp;#8217;études économiques et sociales soutenue en 1995 à l&amp;#8217;Université de Manchester, p. 229.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(61) Marie Jean Antoine Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet. &lt;em&gt;&amp;#338;uvres&lt;/em&gt;. Stuttgart-Bad Cannstatt&amp;nbsp;: Friedrich Frommann Verlag, 1968, vol. 12, p. 416. «&amp;nbsp;Liberty is the power to do everything that does not interfere with the rights of others&amp;nbsp;: thus, the exercise of the natural rights of every individual has no limits save those that assure to other members of society the enjoyment of the same rights&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;The Complete Writings of Thomas Paine&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit.&lt;/em&gt;, vol. 2, p. 558.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(62) Il l&amp;#8217;avait citée dans le premier volet de Rights of Man, où il avait ajouté l&amp;#8217;adjectif «&amp;nbsp;politique&amp;nbsp;» pour qualifier «&amp;nbsp;la liberté&amp;nbsp;» dans sa traduction, alors que le terme ne figure pas dans l&amp;#8217;original Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man&lt;/em&gt;, Common Sense and Other Political Writings, op. cit., p. 162.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(63) Annie Léchenet. &lt;em&gt;Jefferson et Madison, un débat sur la république&lt;/em&gt;. Paris&amp;nbsp;: Presses Universitaires de France, 2003, p. 69.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(64) «&amp;nbsp;defending liberty against power&amp;nbsp;», James Madison. &lt;em&gt;The Papers of James Madison&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., vol. 14, p. 192.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(65) «&amp;nbsp;a republic involves the idea of popular rights»&amp;nbsp;; «&amp;nbsp;To secure the advantages of such a system, every good citizen will at once be a sentinel over the rights of the people&amp;nbsp;», &lt;em&gt;ibid&lt;/em&gt;., p. 179.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(66) «&amp;nbsp;a government, deriving its energy from the will of the society, and operating &amp;#8230; on the understanding and interest of society&amp;nbsp;»,&lt;em&gt;ibid.&lt;/em&gt;, p. 234.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(67) «&amp;nbsp;The result cannot be accurately described as a simple synthesis on a middle ground between two contending traditions&amp;nbsp;», Andreas Kalyvas, Ira Katznelson, «&amp;nbsp;The Republic of the Moderns&amp;nbsp;: Paine's and Madison's Novel Liberalism&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Polity&lt;/em&gt;, n° 38, 2006, p. 476.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(68) Pierre Manent. &lt;em&gt;Les libéraux&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 11.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(69) Andreas Kalyvas, Ira Katznelson, «&amp;nbsp;The Republic of the Moderns&amp;nbsp;: Paine's and Madison's Novel Liberalism&amp;nbsp;», article cité, p. 466.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(70) «&amp;nbsp;the primary right by which other rights are protected&amp;nbsp;», Thomas Paine. &lt;em&gt;Rights of Man, Common Sense and Other Political Writings&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 398.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(71) Gordon S. Wood. &lt;em&gt;The Radicalism of the American Revolution&lt;/em&gt;. New York&amp;nbsp;: Vintage, 1991, p. 217.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(72) Philip Pettit. &lt;em&gt;Republicanism&amp;nbsp;: A Theory of Freedom and Government&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;., p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;
Carine Lounissi, &quot;Le républicanisme libéral de Thomas Paine&quot;, &lt;em&gt;Révolution Française.net&lt;/em&gt;, Novembre 2011.
http://revolution-francaise.net/2011/11/28/460-le-republicanisme-liberal-de-thomas-paine&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Révolutions, révolution, 1789-2011</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2011/11/20/459-revolutions-revolution-1789-2011" />
  <issued>2011-11-20T19:23:38+01:00</issued>
  <modified>2011-11-20T19:23:38+01:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Actuel</dc:subject>
  <summary>Le séminaire de Sophie Wahnich à l'EHESS se tiendra le mardi de 11 h à 13 h (salle 3, RdC, bât. Le France, 190-198 avenue de France 75013 Paris), du 10 janvier 2012 au 29 mai 2012. La séance du 31 janvier se déroulera en salle 1 (même heure, même adresse).


Les révolutions de l'hiver  et du printemps 2011 ont remis à l'honneur l'idée comme la pratique révolutionnaires. En prenant appui sur l'analyse précise du moment révolutionnaire français, il s'agira d'interroger dans un rapport passé présent l'actualité comme l'inactualité de cet événement fondateur.
L'objectif est de revisiter à la fois les manières d'agir révolutionnaires et la question du statut des analogies en histoire.
La plupart des séances tenteront d’aborder la comparaison Révolution française, monde arabe.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;Le séminaire de Sophie Wahnich à l'EHESS se tiendra le mardi de 11 h à 13 h (salle 3, RdC, bât. Le France, 190-198 avenue de France 75013 Paris), du 10 janvier 2012 au 29 mai 2012. La séance du 31 janvier se déroulera en salle 1 (même heure, même adresse).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les révolutions de l'hiver  et du printemps 2011 ont remis à l'honneur l'idée comme la pratique révolutionnaires. En prenant appui sur l'analyse précise du moment révolutionnaire français, il s'agira d'interroger dans un rapport passé présent l'actualité comme l'inactualité de cet événement fondateur.
L'objectif est de revisiter à la fois les manières d'agir révolutionnaires et la question du statut des analogies en histoire.
La plupart des séances tenteront d&amp;#8217;aborder la comparaison Révolution française, monde arabe.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;17 janvier&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Présentation,  l&amp;#8217;enjeu comparatif, passé présent sur les phénomènes révolutionnaires&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;24 janvier&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: les conditions socio démographiques de possibilité des révolutions françaises et arabes&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;31 janvier&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L&amp;#8217;irréductibilité de l&amp;#8217;événement à ses conditions de possibilité 1&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hamit Bozarslan&amp;nbsp;: &quot;Conditions subjectives&amp;nbsp;: lieu du politique et  foule.  Faire face à la violence, retenir la violence, fraterniser avec ceux qui disposent des armes. Tunisie / Egypte/ RF&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 février&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L&amp;#8217;irréductibilité de l&amp;#8217;événement à ses conditions de possibilité 2&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Fethi Benslama&amp;nbsp;: &quot;Conditions subjectives&amp;nbsp;: une autre sacralité du politique, le héros calciné en Tunisie/ l&amp;#8217;héroïsme révolutionnaire RF&quot; (sous réserve)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14 février&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: &lt;em&gt;L&amp;#8217;irréductibilité de l&amp;#8217;événement à ses conditions de possibilité 3&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Youssef Seddik&amp;nbsp;: &quot;Conditions subjectives&amp;nbsp;: les oscillations subjectives, amour de la patrie, amour de la justice, amour de la vie , amour de dieu&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6 mars&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Amin Allal&amp;nbsp;: &quot;Le processus constituant&amp;nbsp;: de l&amp;#8217;incertitude et de l&amp;#8217;invention de la souveraineté en actes, Révolution française/ Tunisie&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13 mars&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Paul Alliès&amp;nbsp;: &quot;Le processus constituant&amp;nbsp;: de l&amp;#8217;incertitude , le cas de la Tunisie&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;20 mars&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Marc Belissa, &quot;Des révolutions contagieuses&amp;nbsp;? La Révolution française dans la constellation des révolutions du XVIIIe siècle&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;27 mars&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Joseph Confavreux, &quot;L&amp;#8217;Egypte après la Tunisie, la peur et son retournement, du courage en Révolution&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 avril&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Mahmoud Hussein, &quot;L&amp;#8217;Egypte après la Tunisie, les enjeux du pouvoir militaire au regard de la découverte de la souveraineté populaire&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10 avril&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: Leila Dakhli, &quot;La Syrie, tenir face à la répression, les manières dont la société civile s&amp;#8217;organise&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15 mai&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: La Syrie l&amp;#8217;expérience des prisons Khaled Sid Mohand/ Les prisons révolutionnaires&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;22 mai&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: La Révolution française dans l&amp;#8217;imaginaire des Révolutions arabes&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;29 mai&lt;/strong&gt;&amp;nbsp;: conclusions&lt;/p&gt;</content>
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