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  <title>Révolution Française</title>
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  <modified>2010-09-03T23:29:56+02:00</modified>
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  <title>Valeurs républicaines : le retour ?</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/09/03/396-valeurs-republicaines-le-retour" />
  <issued>2010-09-03T23:29:56+02:00</issued>
  <modified>2010-09-03T23:29:56+02:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Actuel</dc:subject>
  <summary>Rue 89 a demandé à Patrick Weil et Dominique Borne de faire quelques rappels sur les valeurs républicaines à la veille de la manisfestation du 4 septembre :


"L'appel a été lancé en plein mois d'août, lorsque 40 associations, partis et syndicats ont répondu à l'appel de la Ligue des droits de...</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped"> &lt;p&gt;&lt;em&gt;Rue 89&lt;/em&gt; a demandé à Patrick Weil et Dominique Borne de faire quelques rappels sur les valeurs républicaines à la veille de la manisfestation du 4 septembre&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&quot;L'appel a été lancé en plein mois d'août, lorsque 40 associations, partis et syndicats ont répondu à l'appel de la Ligue des droits de l'homme afin de réagir au discours de Grenoble  de Nicolas Sarkozy et au virage sécuritaire du gouvernement. La date choisie pour manifester ne doit rien au hasard&amp;nbsp;: le 4 septembre, jour anniversaire de la proclamation de la IIIe République, une manière de réaffirmer l'attachement à des valeurs républicaines sérieusement mises à mal.
C'est donc place de la République, comme il se doit, que les Parisiens sont appelés à se rassembler à partir de 14 heures, alors qu'au même moment des rassemblements se tiendront dans toute la France&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.rue89.com/2010/09/03/manifestants-revisez-lhistoire-des-valeurs-republicaines-165215&quot;&gt;Lire la suite&lt;/a&gt; dans &lt;em&gt;Rue 89&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content>
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  <title>"La liberté des nègres", par le citoyen Piis</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/09/01/395-la-liberte-des-negres-par-le-citoyen-piis" />
  <issued>2010-09-01T16:38:38+02:00</issued>
  <modified>2010-09-01T16:38:38+02:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Textes</dc:subject>
  <summary>Par Félix Mangano, Université Paris Diderot - Paris 7


Le texte de La liberté des nègres que l'on trouvera plus bas est tiré du recueil de Chansons patriotiques : chantées, tant à la section des Tuileries, que sur le théâtre du Vaudeville, par le citoyen Piis, an II (1794), p.32. Il est consultable sur Gallica. Cette chanson a également été imprimée sous le titre La liberté de nos colonies, vaudeville républicain chanté à la section des Tuileries le 20 pluviôse (voir sur Gallica). Antoine-Pierre-Augustin de Piis (1755-1832), l'auteur, est le fils de Pierre-Joseph Varennes, chevalier de Saint-Louis et baron de Piis, major au Cap et propriétaire au Dondon à Saint-Domingue, cité dans la Description Topographique, Physique, Civile, Politique Et Historique De La Partie Française De L'isle De Saint-Domingue, de Moreau de Saint-Mery (1796-1797). Descendant de colon, Antoine-Pierre-Augustin de Piis connaît bien les questions de la traite négrière et de l’esclavage dans les colonies.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;Par Félix Mangano, Université Paris Diderot - Paris 7&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le texte de &lt;em&gt;La liberté des nègres&lt;/em&gt; que l'on trouvera plus bas est tiré du recueil de &lt;em&gt;Chansons patriotiques&amp;nbsp;: chantées, tant à la section des Tuileries, que sur le théâtre du Vaudeville&lt;/em&gt;, par le citoyen Piis, an II (1794), p.32. Il est consultable sur &lt;a href=&quot;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k484015.r=.langFR&quot;&gt;Gallica&lt;/a&gt;. Cette chanson a également été imprimée sous le titre &lt;em&gt;La liberté de nos colonies, vaudeville républicain chanté à la section des Tuileries le 20 pluviôse&lt;/em&gt; (&lt;a href=&quot;http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5691683k.r=.langFR&quot;&gt;voir sur Gallica&lt;/a&gt;). Antoine-Pierre-Augustin de Piis (1755-1832), l'auteur, est le fils de Pierre-Joseph Varennes, chevalier de Saint-Louis et baron de Piis, major au Cap et propriétaire au Dondon à Saint-Domingue, cité dans la &lt;em&gt;Description Topographique, Physique, Civile, Politique Et Historique De La Partie Française De L'isle De Saint-Domingue&lt;/em&gt;, de Moreau de Saint-Mery (1796-1797). Descendant de colon, Antoine-Pierre-Augustin de Piis connaît bien les questions de la traite négrière et de l&amp;#8217;esclavage dans les colonies.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette chanson a été interprétée le 20 Pluviôse-8 février 1794, soit quatre jours après la réception de la délégation de Saint-Domingue à la Convention et la proclamation de l&amp;#8217;abolition -sans condition- de l&amp;#8217;esclavage dans toutes les colonies françaises. Il s&quot;agit du &quot;sage décret&quot; dont il est question dans le premier couplet. Quant au second couplet qui associe les deux révolutions, celle de Saint-Domingue et celle de France, on en trouve une belle représentation dans le &lt;a href=&quot;/bonnet-de-la-liberte&quot;&gt;bonnet de la liberté&lt;/a&gt; qui sert de logo à Révolution Française.net.&lt;br /&gt;
L'air choisi a été composé par François Devienne (1759-1803), surnommé le &quot;Mozart français&quot;. Il est tiré d&amp;#8217;un de ses opéras &lt;em&gt;Les Visitandines&lt;/em&gt; dont la première est donnée au Théâtre Feydeau le 7 août 1792. Le morceau est mieux connu sous le nom de &lt;em&gt;Dans cette maison à quinze ans ou Air des Visitandines&lt;/em&gt;. On notera que le texte de cette chanson figure dans le corpus de l&amp;#8217;épreuve optionnelle de musique du baccalauréat 2009. On peut &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=_alXU4ojIug&amp;amp;feature=related&quot;&gt;écouter en ligne une interprétation de Marc Ogeret&lt;/a&gt; (tirée de Marc Ogeret chante la Révolution, Socadisc Sc 370, 1989) dans laquelle les couplets 3, 4, 5 et 8 sont manquants. C&amp;#8217;est toutefois la version disponible la plus complète de cette chanson. Une autre qui est &lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=3dqyG2Hkrzo&quot;&gt;également accessible sur Internet&lt;/a&gt; est encore plus amputée. (Felix Mangano)&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA LIBERTE DES NEGRES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par le citoyen Antoine-Pierre-Augustin chevalier de Piis
Chanté à la section des Tuileries le Décadi 20 Pluviôse&lt;br /&gt;
Air : &lt;em&gt;Ah ! De quel souvenir affreux&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1.LE savez-vous, Républicains,&lt;br /&gt;
Quel sort était le sort du nègre&lt;br /&gt;
Qu'à son rang, parmi les humains,&lt;br /&gt;
Un sage décret réintègre ;&lt;br /&gt;
Il était esclave en naissant !&lt;br /&gt;
Puni de mort pour un seul geste&amp;#8230;.&lt;br /&gt;
On vendait jusqu&amp;#8217;à son enfant&amp;#8230;.&lt;br /&gt;
Le sucre était teint de son sang&amp;#8230;.&lt;br /&gt;
Daignez m&amp;#8217;épargner tout le reste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;2.DE vrais bourreaux, altérés d&amp;#8217;or, &lt;br /&gt;
Promettant d&amp;#8217;alléger ses chaînes,&lt;br /&gt;
Faisaient, pour les serrer encor&lt;br /&gt;
Des tentatives inhumaines.&lt;br /&gt;
Mais contre leurs complots pervers,&lt;br /&gt;
C'est la Nature qui proteste ;&lt;br /&gt;
Et deux Peuples brisant leurs fers&lt;br /&gt;
Ont, malgré la distance des mers,&lt;br /&gt;
Fini par s &amp;#8216;entendre de reste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;3.QU&amp;#8217;ont dit les députés des noirs&lt;br /&gt;
A notre Sénat respectable,&lt;br /&gt;
Quand ils ont eû de leurs pouvoirs&lt;br /&gt;
Donné la preuve indubitable :&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Nous n&amp;#8217;avons plus de poudre, hélas !&lt;br /&gt;
Mais nous brûlons d&amp;#8217;un feu céleste,&lt;br /&gt;
Aidez nos trois cent mille bras&lt;br /&gt;
A conserver dans nos climats&lt;br /&gt;
Un bien plus cher que tout le reste. »&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;4.SOUDAIN, à l&amp;#8217;unanimité :&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Déclarez à nos colonies,&lt;br /&gt;
Qu&amp;#8217;au désir de l&amp;#8217;humanité&lt;br /&gt;
Elles sont par vous affranchies.&lt;br /&gt;
Et si des peuples oppresseurs,&lt;br /&gt;
Contre un tel v&amp;#339;u se manifestent ;&lt;br /&gt;
Pour amis et pour défenseurs,&lt;br /&gt;
Enfin, pour colons de nos c&amp;#339;urs,&lt;br /&gt;
Songez que les Français vous restent.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;5.CES Romains, jadis si fameux,&lt;br /&gt;
Ont été bien puissans, bien braves ;&lt;br /&gt;
Mais ces Romains. libres chez eux,&lt;br /&gt;
Conservaient au loin des esclaves.&lt;br /&gt;
C&amp;#8216;est une affreuse vérité,&lt;br /&gt;
Que leur histoire nous atteste ;&lt;br /&gt;
Puisqu&amp;#8217;avec nous d&amp;#8217;humanité,&lt;br /&gt;
Déjà les Romains sont en reste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;6.TENDEZ vos arcs, négres marrons,&lt;br /&gt;
Nous portons la flamme à nos méches&lt;br /&gt;
Comme elle part de nos canons ;&lt;br /&gt;
Que la mort vole avec vos flèches.&lt;br /&gt;
Si des royalistes impurs&lt;br /&gt;
Chez nous, chez vous portent la peste,&lt;br /&gt;
Vous dans vos bois, nous dans nos murs,&lt;br /&gt;
Cernons ces ennemis obscurs,&lt;br /&gt;
Et nous en détruirons le reste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;7.QUAND dans votre sol échauffé,&lt;br /&gt;
Il leur a semblé bon de naître,&lt;br /&gt;
La canne à sucre et le café&lt;br /&gt;
N&amp;#8217;ont choisi ni gérant, ni maître.&lt;br /&gt;
Cette mine est dans votre champ,&lt;br /&gt;
Nul aujourd&amp;#8217;hui ne le conteste,&lt;br /&gt;
Plus vous peinez en l&amp;#8217;exploitant,&lt;br /&gt;
Plus il est juste, assurément,&lt;br /&gt;
Que le produit net vous en reste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;8.DOUX plaisir de maternité,&lt;br /&gt;
Devenir plus cher à négresse ;&lt;br /&gt;
Et sans nuire à fécondité,&lt;br /&gt;
Prendre une teinte de sagesse.&lt;br /&gt;
Zizi toi n&amp;#8217;étais, sur ma foi,&lt;br /&gt;
Trop fidèle, ni trop modeste ;&lt;br /&gt;
Mais toi t&amp;#8217;en feras double loi,&lt;br /&gt;
Si petite famille à toi&lt;br /&gt;
Dans caze à toi, près de toi reste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;9.AMERICAINS, l&amp;#8217;Egalité&lt;br /&gt;
Vous proclame aujourd&amp;#8217;hui nos frères,&lt;br /&gt;
Vous aviez à la Liberté&lt;br /&gt;
Les mêmes droits héréditaires.&lt;br /&gt;
Vous êtes noirs, mais le bon sens&lt;br /&gt;
Repousse un préjugé funeste&amp;#8230;&lt;br /&gt;
Seriez-vous moins intéressans,&lt;br /&gt;
Aux yeux des Républicains blancs&lt;br /&gt;
La couleur tombe, et l&amp;#8217;homme reste.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Réflexion sur les formes historiques et sociodiscursives de l'engagement en Révolution</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/08/27/391-reflexions-historiques-engagement" />
  <issued>2010-08-27T18:49:31+02:00</issued>
  <modified>2010-08-27T18:49:31+02:00</modified>
  <id>http://revolution-francaise.net/2010/08/27/391-reflexions-historiques-engagement</id>
  <author><name>Jacques Guilhaumou</name></author>
  <dc:subject>Recensions</dc:subject>
  <summary>par Jacques Guilhaumou, UMR "Triangle", ENS-Lyon/Université de Lyon


A propos de l'ouvrage de Guillaume Mazeau, Le bain de l’histoire. Charlotte Corday et l’attentat contre Marat (1793-2009), Paris, Champvallon, 2009, 427 pages.


La mort de Marat, le 13 juillet 1793, est un événement régulièrement revisité, de génération en génération, par les journalistes, par les érudits locaux et plus irrégulièrement par les historiens « universitaires ». L’originalité de la démarche de Guillaume Mazeau est de prendre parti, dès l’introduction, pour une histoire universitaire engagée à propos de l’assassinat commis par Charlotte Corday contre Marat. Il s’agit alors, entre histoire, historiographie et mémoire, d’entrer dans « une fabrique du passé » où se dévoilent des pratiques sociales enracinées dans l’événement « assassinat de Marat ». Ainsi l’attention de l’historien se porte prioritairement sur les formes de l’engagement qui se manifestent dans la multiplicité des expériences de l’événement autour de la figure de Charlotte Corday.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;par Jacques Guilhaumou, UMR &quot;Triangle&quot;, ENS-Lyon/Université de Lyon&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;A propos de l'ouvrage de Guillaume Mazeau, &lt;em&gt;Le bain de l&amp;#8217;histoire. Charlotte Corday et l&amp;#8217;attentat contre Marat (1793-2009)&lt;/em&gt;, Paris, Champvallon, 2009, 427 pages.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La mort de Marat, le 13 juillet 1793, est un événement régulièrement revisité, de génération en génération, par les journalistes, par les érudits locaux et plus irrégulièrement par les historiens «&amp;nbsp;universitaires&amp;nbsp;». L&amp;#8217;originalité de la démarche de Guillaume Mazeau est de prendre parti, dès l&amp;#8217;introduction, pour une histoire universitaire engagée à propos de l&amp;#8217;assassinat commis par Charlotte Corday contre Marat. Il s&amp;#8217;agit alors, entre histoire, historiographie et mémoire, d&amp;#8217;entrer dans «&amp;nbsp;une fabrique du passé&amp;nbsp;» où se dévoilent des pratiques sociales enracinées dans l&amp;#8217;événement «&amp;nbsp;assassinat de Marat&amp;nbsp;». Ainsi l&amp;#8217;attention de l&amp;#8217;historien se porte prioritairement sur &lt;em&gt;les formes de l&amp;#8217;engagement&lt;/em&gt; qui se manifestent dans la multiplicité des expériences de l&amp;#8217;événement autour de la figure de Charlotte Corday.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le récit que nous avions déjà donné, heure par heure, de l&amp;#8217;événement (voir le dossier Marat sur &lt;a href=&quot;http://revolution-francaise.net/2007/07/13/138-marat&quot;&gt;Révolution Française.net&lt;/a&gt;) passait par l'analyse des mots, des énoncés, des arguments attestés autour de la figure de Marat mort (en particulier les énoncés récurrents &lt;em&gt;Marat est mort/Marat n&amp;#8217;est pas mort&lt;/em&gt;) et leur traduction philosophique sous la figure de la sublime abjection. La narration de l'événement s'inscrit ici dans une dimension archivistique plus vaste. Elle relève en effet d&amp;#8217;une collecte des sources qui, une fois revisitées avec minutie les sources de l'événement immédiat, dépasse largement ce cadre chronologique restreint, ajoutant ainsi à la description de l&amp;#8217;événement proprement dit la construction de sa mémoire au XIXème et XXème siècles. D&amp;#8217;une telle mosaïque de sources ressort une histoire de longue durée qui se déploie dans les trois derniers chapitres du livre en termes d&amp;#8217;histoire continue (1793-1815), de flux (1815-1852) et de reflux (de 1852 à nos jours). Mais encore plus novateur, nous semble-t-il, sur l&amp;#8217;événement &quot;assassinat de Marat&quot;, ce qu&amp;#8217;il nous dit sur l&amp;#8217;engagement d'une individue anonyme en révolution.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De ce parcours historique riche et complexe, situé bien au-delà de l'événement &quot;mort de Marat&quot;, nous retiendrons donc, au fil des pages, un portrait tout à fait nouveau, original de l&amp;#8217;engagement de Charlotte Corday, individue anonyme au départ, partie intégrante aujourd'hui du Panthéon des héroïnes. Cependant, au-delà de l'analyse du mécanisme immédiat de son heroïsation par la presse modérée que nous avions proposée avec Geneviève Dermenjian, dans l'ouvrage collectif sur  &lt;em&gt;Le Panthéon des femmes. Figures et représentations des héroïnes&lt;/em&gt; (co-dir. avec Geneviève Dermenjian et Martine Lapied,  Paris, Publisud, 2004), sous le titre «&amp;nbsp;Le crime &amp;#8216;héroïque de Charlotte Corday&amp;nbsp;» (p. 149-160), il s'agit ici «&amp;nbsp;répondre à des incertitudes actuelles sur l&amp;#8217;utilité de l&amp;#8217;engagement politique, de la légitimité de la violence et du sacrifice individuel&amp;nbsp;» (p. 16). L&amp;#8217;accent est  donc mis sur l'énoncé, «&amp;nbsp;l&amp;#8217;assassinat de Marat&amp;nbsp;», expression attestée dans l&amp;#8217;événement et dans la construction de sa mémoire, plutôt que sur l'énoncé, «&amp;nbsp;la mort de Marat&amp;nbsp;», argument de l&amp;#8217;événement dans son immanence même. Faut-il considérer que ce second énoncé «&amp;nbsp;prolonge la propagande montagnarde en dépolitisant l&amp;#8217;événement&amp;nbsp;», comme semble l&amp;#8217;affirmer l&amp;#8217;historien, et limite donc le point de vue sur l'événement&amp;nbsp;? L&amp;#8217;argument «&amp;nbsp;mort de Marat&amp;nbsp;», nous l&amp;#8217;avons montré, est source de réflexion pour un mouvement révolutionnaire recherchant son autonomie politique, au fil du trajet de cet énoncé, et de son contexte, jusqu&amp;#8217;à la formulation de la mise à l&amp;#8217;ordre du jour de la terreur au cours de l&amp;#8217;été 1793. Il nous renvoie donc aux modalités de l'engagement révolutionnaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le cas de Charlotte Corday relève plus d'un engagement individuel, avec, de façon corollaire, sa part de causalité sociale, et son intelligibilité propre, ce qui suscite une interrogation méthodologique spécifique.  Ainsi la démarche de l&amp;#8217;historien Guillaume Mazeau permet plus avant de démultiplier les effets de l&amp;#8217;engagement politique, donc sa compréhension, à travers la figure de Charlotte Corday impliquée dans un événement où la propagande modérée, en particulier par le biais des journaux, trouve naturellement sa place. De l&amp;#8217;engagement, et  de l&amp;#8217;attention sociale qu&amp;#8217;il requiert presque naturellement, retenons de notre point de vue ce qui en ressort si l&amp;#8217;on prend en compte les apports méthodologiques du sociologue (Bernard Conein) et des linguistes cognitivistes (Louis de Saussure et Steve Oswald).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans son ouvrage sur &lt;em&gt;Les sens sociaux. Trois essais de sociologie cognitive&lt;/em&gt; (Paris, Economica, 2005). Bernard Conein développe un raisonnement sociologique relatif à la compréhension intuitive et commune à partir d&amp;#8217;une expérience directe des relations sociales&amp;nbsp;: il précise ce qu&amp;#8217;il en est de la co-orientation d'un locuteur en tant qu&amp;#8217;action conjointe basée sur la mutualité et la réciprocité. Ainsi se visibilise un continuum dans les activités cognitives, ce qui permet d&amp;#8217;ouvrir l&amp;#8217;investigation à la complexité des niveaux, des trajets qui nous mènent des propriétés proto-sociales où s&amp;#8217;observent les formes immédiates de la vie sociale aux états intentionnels chargés de représentations. Continuum donc entre attention mutuelle, engagement conjoint et action commune où les processus pré-verbaux, de nature visuelle et attentionnelle, précèdent donc les processus verbaux. Cela rejoint la manière dont l&amp;#8217;historien retrace l&amp;#8217;attention de citoyens qui ont participé à l&amp;#8217;événement face à Charlotte Corday par la description d'une multiplicité de formes d&amp;#8217;engagement mutuel, avec les sans-culottes au premier plan. De même  son choix de nous faire voir l&amp;#8217;environnement spatial et émotionnel de l&amp;#8217;assassinat en dit beaucoup sur l&amp;#8217;attention portée à l&amp;#8217;événement parmi ses destinataires.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C&amp;#8217;est alors le point de vue des linguistes, en l&amp;#8217;occurrence Louis de Saussure  et Steve Oswald (&quot;Argumentation et engagement du locuteur. Pour un point de vue subjectiviste&quot;. &lt;em&gt;Nouveaux Cahiers de Linguistique Française&lt;/em&gt; , 2010 et &quot;L'engagement comme notion cognitive associée au destinataire&quot;. &lt;em&gt;L'analisi linguistica e letteraria&lt;/em&gt; XVI, 2008) qui permet de considérer l&amp;#8217;engagement d&amp;#8217;un point de vue cognitiviste en analysant tout ce qu&amp;#8217;un locuteur donne à voir dans l&amp;#8217;événement de manière publique à travers des croyances, des expériences et des actions produites. A ce titre, il est possible d&amp;#8217;étudier ce que ce locuteur assume, ce sur quoi il s&amp;#8217;engage. Le point central consiste à montrer, dans l&amp;#8217;analyse des contenus propositionnels pris en compte, qu&amp;#8217;identifier un engagement d&amp;#8217;un locuteur revient à identifier ce qui compte comme engagement pour le destinataire, et du simple citoyen au dirigeant politique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L&amp;#8217;historien ne peut pas observer directement ce qui passe dans l&amp;#8217;esprit du locuteur, présentement Charlotte Corday. Il se doit alors de questionner  un matériau contextuel, pour une part langagier, qu&amp;#8217;il reconstruit à partir des témoignages des destinataires observateurs de l&amp;#8217;événement «&amp;nbsp;assassinat de Marat&amp;nbsp;». Ainsi l&amp;#8217;engagement de Charlotte Corday se précise à partir d&amp;#8217;une analyse des conditions dans lesquelles cette femme,  - appréhendée tout autant dans la réaction immédiate à son geste mortel que dans l&amp;#8217;image mémorielle qui se construit autour d&amp;#8217;elle -, peut être tenue pour responsable, donc engagée, par un ensemble de propositions produites par un énoncé, «&amp;nbsp;l&amp;#8217;assassinat de Marat&amp;nbsp;» et ses effets. C&amp;#8217;est là une femme singulière et son rôle actif qui est mis en valeur par une série de destinataires, des sans-culottes entourant la maison de Marat à ses juges. S&amp;#8217;il convient de reconstituer donc le système de croyances de Charlotte Corday &amp;#8211; et l&amp;#8217;historien le fait à merveille dans le quatrième chapitre sur la foi religieuse et le sens de l&amp;#8217;honneur qui anime Charlotte Corday &amp;#8211; il est tout aussi important, si ce n&amp;#8217;est plus, de décrire les faits sur lesquels elle s&amp;#8217;engage, donc pour lesquels elle engage la vérité de son personnage bientôt héroïque. Un acte d&amp;#8217;engagement où l&amp;#8217;étude contextuelle fine de l&amp;#8217;événement et de ses effets permet de préciser à propos de quoi Charlotte Corday prend une responsabilité historique, et ce sur quoi ses propos l&amp;#8217;engagent, font écho à ses croyances, en amont de son héroïsation.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Confronté à un bonheur de sources et à des choix méthodologiques pertinents, le lecteur peut, dès les deux premiers chapitres de l'ouvrage de Guillaume Mazeau, revisiter l&amp;#8217;événement.  Une fois située la figure de Marat, nous circulons alors dans les espaces de l&amp;#8217;attentat, du quartier à l&amp;#8217;immeuble en passant par la rue. La mécanique politique de l&amp;#8217;événement s&amp;#8217;avère elle plus complexe, puisque l&amp;#8217;été 1793 est sans doute à Paris le moment où la multiplicité des acteurs et des formes de la politique est la plus forte durant la Révolution française, ne serait-ce que dans la confrontation entre les sectionnaires modérés et radicaux, les citoyennes révolutionnaires très présentes pendant la pompe funèbre de Marat, les envoyés des départements pour la fédération du 10 août, les jacobins du Midi réfugiés à Paris à cause du fédéralisme, et les Jacobins bien sûr, sans parler de tous les dirigeants politiques qui occupent les postes de responsabilité dans les nombreuses institutions révolutionnaires du moment, de la Convention aux comités de surveillance.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;C&amp;#8217;est pourquoi la mécanique politique se rapproche ici prioritairement de Charlotte Corday&amp;nbsp;: ce qui la qualifie en premier, ce sont les cris proférés à la suite de son geste criminel. Ainsi s&amp;#8217;engage une politique des émotions, avec la conviction justifiée que «&amp;nbsp;les émotions deviennent un mode privilégié de communication «&amp;nbsp;(p. 76). L&amp;#8217;historien la traite avec d&amp;#8217;autant plus de bonheur qu&amp;#8217;il entame très tôt, dans la description de l&amp;#8217;événement, le recours aux sources iconographiques.Le tableau de Jean-Jacques Hauer sur la mort de Marat ouvre, en quelque sorte, l&amp;#8217;événement à l'émotion publique&amp;nbsp;: il est livré au public dès le 10 août 1793 alors que le célèbre tableau de David ne sera visible qu&amp;#8217;à l&amp;#8217;automne 1793. Mais c&amp;#8217;est au commissaire de police qu&amp;#8217;il revient d&amp;#8217;identifier physiquement Charlotte Corday et au député de la Convention de la transporter à l&amp;#8217;Abbaye sans dommage, ce qui revient à empêcher toute vengeance populaire immédiate, au nom d&amp;#8217;un report du désir de vengeance dans une forme politique à venir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Charlotte Corday affirme alors avoir agi seule et se trouve détentrice, après sa fouille, de deux papiers, un extrait d&amp;#8217;acte de naissance qui l&amp;#8217;identifie physiquement, et un pamphlet rédigé sous forme d&amp;#8217;adresse qui l&amp;#8217;identifie politiquement. Voilà donc, sur la base d&amp;#8217;objets identifiés, les premiers faits sur lesquels elle s&amp;#8217;engage, au-delà de l&amp;#8217;assassinat lui-même, et qui enclenche une série d&amp;#8217;énoncés relatifs à ce sur quoi elle engage la vérité de son personnage, dont le premier «&amp;nbsp;c&amp;#8217;est moi qui l&amp;#8217;ai tué&amp;nbsp;» court-circuite d&amp;#8217;emblée la tentative des autorités de fabriquer la preuve d&amp;#8217;un complot. Elle s&amp;#8217;y tiendra, sous des formes diverses, jusqu&amp;#8217;à son jugement et son exécution, le 17 juillet. La presse modérée, source décisive pour comprendre un tel engagement, amplifiera une telle intransigeance de Charlotte Corday, qui de coupable devient victime devant l&amp;#8217;opinion, soit dit en passant une presse qui prend ainsi le risque de sa propre «&amp;nbsp;exécution&amp;nbsp;», nombre des journaux modérés étant interdits de diffusion dans les semaines qui suivent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cependant la propagation de l&amp;#8217;annonce de l&amp;#8217;assassinat, de Paris vers la province, et de manière très inégale d&amp;#8217;une région à l&amp;#8217;autre, l&amp;#8217;engage tout autrement. Faut-il alors tant insister alors sur le caractère stéréotypé, voire le manque de spontanéité dans la réaction des sans-culottes et des jacobins de Province&amp;nbsp;? C&amp;#8217;est là où le débat méthodologique sur la nature pragmatique de l&amp;#8217;engagement rebondit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les réactions «&amp;nbsp;populaires&amp;nbsp;» et les attitudes des porte-parole du peuple parisien sont autant d&amp;#8217;indices publics, tout aussi vrais que les indices laissés dans un tout autre sens par Charlotte Corday &amp;#8211; voir l&amp;#8217;adresse conservée sur elle  &amp;#8211;,  de ce à propos de quoi sa responsabilité est engagée dans l&amp;#8217;événement, par l&amp;#8217;incarnation d&amp;#8217;une figure contre-révolutionnaire dans une opinion publique majoritairement sous le choc. Dire, à ce propos qu&amp;#8217; «&amp;nbsp;Hébert souffle le froid et le chaud&amp;nbsp;» en bon démagogue, de sa place la Commune de Paris à sa tribune dans le Père Duchesne, oublie son intervention aux Jacobins quelques jours plus tard, le 21 juillet. Intervention qui montre un engagement total du côté de la figure de Marat mort, en contrepoids de l&amp;#8217;engagement de Charlotte Corday dans l&amp;#8217;événement et ses effets toujours plus prononcés. Alors que la presse modérée continue à mener une propagande d&amp;#8217;héroïsation de l&amp;#8217;attitude de Charlotte Corday sous la forme d&amp;#8217;une fiction immédiate tout à fait remarquable, dans le même temps, comme le note bien l&amp;#8217;historien, «&amp;nbsp;la mort de Marat consacre l&amp;#8217;avènement d&amp;#8217;Hébert et des Hébertistes comme groupe d&amp;#8217;influence central&amp;nbsp;» (p. 139).
Ainsi, évaluer ce qui est dit par un locuteur, donc la vérité engagée dans cet acte de langage, dans ce qu&amp;#8217;il fait, suppose une contextualisation des énoncés cités aussi vaste que possible. A l&amp;#8217;engagement de Charlotte Corday, que l&amp;#8217;on peut reconstituer en associant ce qui est fait à une manière efficace de communiquer ce qu&amp;#8217;elle dit (voir la série de ses propos), répond une nouvelle forme d&amp;#8217;engagement jacobin qui va enclencher une dynamique de mots d&amp;#8217;ordre - voir le discours d&amp;#8217;Hébert du 21 juillet aux Jacobins, le plus long de sa carrière &lt;a href=&quot;http://revolution-francaise.net/2006/01/01/17-le-discours-dhebert-au-club-des-jacobins-le-21-juillet-1793&quot;&gt;publié sur le présent site&lt;/a&gt; &amp;#8211; propice, au fil des semaines, à la mise à l&amp;#8217;ordre du jour de la terreur. Ce double engagement mérite une attention égale, une confrontation équitable par l&amp;#8217;historien, au titre de son engagement moral propre de chercheur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En jugeant Corday, en respectant les formes légales face au désir populaire de vengeance, les autorités ne contrarient pas sa postérité unique, d&amp;#8217;autant que son procès est un échec médiatique, Ayant pris sa place dans la bataille de l&amp;#8217;opinion dès son vivant, plus qu&amp;#8217;elle ne l&amp;#8217;a gagné, puisque les Jacobins vont mener une vaste contre-offensive, certes après sa mort, Charlotte Corday s&amp;#8217;engage, par ses actes transgressifs, dans une seconde vie, sa légende historique proprement dite.&lt;/p&gt;

&lt;pre&gt;&lt;/pre&gt;

&lt;p&gt;L&amp;#8217;historien nous plonge alors, dans la seconde partie de son livre, en plein bain de l&amp;#8217;histoire, pour reprendre le titre de son ouvrage. Partant d&amp;#8217;une description précise des croyances de Charlotte Corday, dans le contexte d&amp;#8217;un déclassement nobiliaire, il nous entraîne dans un long cheminement, de période en période,  déclinant les diverses manières dont sa figure est à la fois réprouvée, héroïsée, médiatisée, tout en conservant une attention régulière et efficace aux apports de l&amp;#8217;iconographie. Et de conclure sur le best de Charlotte Corday, c&amp;#8217;est-à-dire sur le fait que cette héroïne fabriquée par l&amp;#8217;histoire est de nos jours engagée dans une culture populaire qui se massifie, se mondialise et se commercialise.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;N.B. Ce compte-rendu constitue une version augmentée d'une texte paru dans la revue &lt;em&gt;Clio&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;</content>
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<entry xml:lang="fr">
  <title>L'exposition Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! (4)</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/08/23/394-l-exposition-perissent-les-colonies-plutot-qu-un-principe-4" />
  <issued>2010-08-23T14:41:05+02:00</issued>
  <modified>2010-08-23T14:41:05+02:00</modified>
  <id>http://revolution-francaise.net/2010/08/23/394-l-exposition-perissent-les-colonies-plutot-qu-un-principe-4</id>
  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Synthèses</dc:subject>
  <summary>Révolution Française.net publie en feuilleton les panneaux de l’exposition Périssent les colonies plutôt qu’un principe ! coordonnée par Florence Gauthier. Après les volets 1, 2 et 3, voici la quatrième et avant dernière livraison.


1846 : l'abolition de l'esclavage en Tunisie...</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped"> &lt;img style=&quot;margin: 0  10px 10px 0; float: left;&quot; src=&quot;/images/biard1848.jpg&quot; alt=&quot;Abolition de 1848 (détail) Biard&quot; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Révolution Française.net&lt;/em&gt; publie en feuilleton les panneaux de l&amp;#8217;exposition &lt;em&gt;Périssent les colonies plutôt qu&amp;#8217;un principe !&lt;/em&gt; coordonnée par Florence Gauthier. Après les volets &lt;a href=&quot;/2010/04/27/376-exposition-perissent-les-colonies-plutot-un-principe-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;/2010/05/24/382-exposition-perissent-les-colonies-plutot-un-principe-2&quot;&gt;2&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;/2010/06/24/387-l-exposition-perissent-les-colonies-plutot-qu-un-principe-3&quot;&gt;3&lt;/a&gt;, voici la quatrième et avant dernière livraison.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1846&amp;nbsp;: l'abolition de l'esclavage en Tunisie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Les esclaves dans la région de Tunis&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Le Bey de Tunis avait depuis longtemps sa garde d'élite et des forces militaires formées de captifs noirs que fournissait la traite transsaharienne. Au XIXe siècle, les esclaves étaient voués, dans les villes, à des tâches domestiques au service des couches aisées. L'esclavage à des fins économiques, s'il n'avait plus de place en ville, se maintenait dans les oasis du Sud.&lt;br /&gt;
En terre d'islam, l'affranchissement était traditionnel et pouvait prendre un caractère collectif à l'occasion de la naissance, du mariage ou du décès du maître.
Les confréries des affranchies, politiquement protégées, encadraient la vie des nouveaux libres, mais servaient aussi de refuge aux esclaves fugitifs, enfin de conservatoire des cultures africaines noires, s'abritant sous un vernis islamisé.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;/editions/exposition_colonies4.pdf&quot;&gt;Lire la suite&lt;/a&gt; du quatrième volet de l'exposition en .pdf&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Calomnie, dénonciation et politique</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/08/16/393-calomnie-denonciation-et-politique" />
  <issued>2010-08-16T23:44:17+02:00</issued>
  <modified>2010-08-16T23:44:17+02:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Actuel</dc:subject>
  <summary>Par Emilie Brémond-Poulle, ICT, Université Paris Diderot-Paris 7


Les révélations liées au scandale politico-financier Bettencourt/Woerth (*) ont entraîné une série de réactions vives de la part des députés, ministres et membres de l’UMP, accusant le journal en ligne Médiapart, à l’origine des révélations, de calomnie, pratiques fascistes et autres. Débutée, il y a plus d’un mois, la polémique s’est progressivement étendue, faisant feu de tout bois, pour finalement se recentrer sur les rapports entre le pouvoir et la presse.
En dépit de sa disparition des « unes » au profit de nouveaux sujets, il semble intéressant de faire part des réflexions inspirées par cette affaire : de part son contexte et les sujets abordés, elle a fait écho à des questions rencontrées dans mon travail de thèse sur la pratique de la dénonciation politique dans L’Ami du Peuple de Marat entre 1789 et 1793 (1).
Un parallèle avec la période révolutionnaire semble assez évident, puisque des événements ou des personnages ont été largement cités dans les débats et les discussions de ces derniers mois. Parfois utilisée comme exemple démocratique, en renfort d'un argument anti-gouvernemental, il est remarquable que la Révolution française ait principalement servi de contre-exemple dans les interventions des hommes politiques de la majorité.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;Par Emilie Brémond-Poulle, ICT, Université Paris Diderot-Paris 7&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les révélations liées au scandale politico-financier Bettencourt/Woerth (*) ont entraîné une série de réactions vives de la part des députés, ministres et membres de l&amp;#8217;UMP, accusant le journal en ligne &lt;em&gt;Médiapart&lt;/em&gt;, à l&amp;#8217;origine des révélations, de calomnie, pratiques fascistes et autres. Débutée, il y a plus d&amp;#8217;un mois, la polémique s&amp;#8217;est progressivement étendue, faisant feu de tout bois, pour finalement se recentrer sur les rapports entre le pouvoir et la presse.
En dépit de sa disparition des «&amp;nbsp;unes&amp;nbsp;» au profit de nouveaux sujets, il semble intéressant de faire part des réflexions inspirées par cette affaire&amp;nbsp;: de part son contexte et les sujets abordés, elle a fait écho à des questions rencontrées dans mon travail de thèse sur la pratique de la dénonciation politique dans &lt;em&gt;L&amp;#8217;Ami du Peuple&lt;/em&gt; de Marat entre 1789 et 1793 (1).
Un parallèle avec la période révolutionnaire semble assez évident, puisque des événements ou des personnages ont été largement cités dans les débats et les discussions de ces derniers mois. Parfois utilisée comme exemple démocratique, en renfort d'un argument anti-gouvernemental, il est remarquable que la Révolution française ait principalement servi de contre-exemple dans les interventions des hommes politiques de la majorité.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, par exemple, Jean-François Copé a suscité, fin juin, une vague de réactions après avoir déclaré au cours d&amp;#8217;un discours qu&amp;#8217;il régnait comme une atmosphère malsaine de nuit du 4 août. Invité dans la matinale de &lt;em&gt;France Inter&lt;/em&gt; le 20 juillet, il réitère son propos commençant par évoquer un «&amp;nbsp;enthousiasme révolutionnaire à l&amp;#8217;ancienne&amp;nbsp;», puis questionné par un auditeur sur le caractère malsain de la nuit du 4 août, il livre une vision très caricaturale de la Révolution française&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;(Une) époque où au nom de la pureté on a fait beaucoup de mal à beaucoup de compatriotes, et on a fracturé notre pays et ça c&amp;#8217;est terminé par une dictature. C&amp;#8217;est bien de parler d&amp;#8217;histoire, aujourd&amp;#8217;hui notre vrai sujet c&amp;#8217;est d&amp;#8217;essayer de proposer aux français un rendez-vous de rassemblement.&amp;nbsp;» (2)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La Révolution française est ici perçue comme un moment sombre de l&amp;#8217;histoire de France et surtout un événement clos. En dehors de toute polémique sur les approximations du propos, sans doute liées aux exigences du direct, ces soudaines attaques contre un événement révolu intriguent. Pourquoi avoir recours à de tels raccourcis historiques assimilant Révolution française et dictature, qui semblent si poussiéreux&amp;nbsp;? Très clairement, ces raccourcis offrent la commodité d&amp;#8217;éluder complètement la dimension démocratique de la Révolution. Ainsi, en plein scandale mettant en cause l&amp;#8217;éthique républicaine, l&amp;#8217;idéal de «&amp;nbsp;vertu républicaine&amp;nbsp;», défendu par les Révolutionnaires et hérité des textes des philosophes des Lumières, en particulier &lt;em&gt;L&amp;#8217;esprit des Lois&lt;/em&gt; de Montesquieu, n&amp;#8217;est plus que retranscris sous le terme de «&amp;nbsp;pureté&amp;nbsp;». Si ce terme est effectivement employé par des révolutionnaires tels Saint-Just ou Marat, le XXe siècle lui a donné une résonance particulière, il ne peut donc être employé à la légère.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Elire les représentants selon leurs vertus, et «&amp;nbsp;purger&amp;nbsp;» les assemblées des membres corrompus, c&amp;#8217;est précisément ce que Jean-Paul Marat, préconise à l&amp;#8217;époque quand il propose des règles pour la bonne marche des instances démocratiques. Il défend le principe de l&amp;#8217;élection des juges dans la réforme judiciaire, et propose pour cela que les tribunaux soient équipés avant l&amp;#8217;élection de grands tableaux contenant les noms des candidats et sur lesquels tous les citoyens pourront «&amp;nbsp;exposer leurs raisons de récusations&amp;nbsp;». Toute la pensée politique de Marat est organisée autour de cette tension entre d&amp;#8217;une part la vertu nécessaire pour exercer des charges politiques et le contrôle exercé par les citoyens sur les hommes publics. C&amp;#8217;est dans cette tension que, selon lui, se réalise la démocratie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La presse et en particulier son journal, &lt;em&gt;L&amp;#8217;Ami du Peuple&lt;/em&gt;, sont des éléments essentiels de cet équilibre car ils permettent de faire peser un regard constant sur les élus et leurs actions. Ainsi, la révélation des scandales et les dénonciations des hommes politiques corrompus s&amp;#8217;inscrivent parmi les devoirs du journaliste, et ne peuvent être assimilées à de la calomnie, comme l&amp;#8217;exprime déjà Marat dans sa lettre à M. Joly (3)&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Une calomnie est une fausseté inventée dans le dessin de nuire, or, il n&amp;#8217;y a rien de tout cela dans ma dénonciation. D&amp;#8217;abord je n&amp;#8217;ai point l&amp;#8217;honneur de vous connaître personnellement et jusque là je n&amp;#8217;avais rien eu à démêler avec vous. Ainsi point de malveillance dans mon fait, l&amp;#8217;odieuse calomnie dont vos Messieurs m&amp;#8217;accusent se réduit donc tout au plus à une offense involontaire&amp;nbsp;» (4)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Marat s&amp;#8217;est effectivement lourdement trompé en accusant M. Joly mais il met à profit cette erreur pour définir des règles plus claires sur ce qu&amp;#8217;est une dénonciation&amp;nbsp;: la mise en cause d&amp;#8217;une institution ou d&amp;#8217;une personne publique, appuyée par des preuves qui sont le résultat d&amp;#8217;une enquête. Marat fixe ainsi les bases de son action journalistique, qui se confond aussi dans son action citoyenne. Son journal est l&amp;#8217;&amp;#339;uvre d&amp;#8217;un homme aux dimensions multiples (médecin, physicien, philosophe, écrivain, journaliste, député) ce qui rend parfois son interprétation difficile. Toujours est-il que le mot «&amp;nbsp;dénonciation&amp;nbsp;» et les efforts qu&amp;#8217;il met en &amp;#339;uvre, s&amp;#8217;apparentent sur certains aspects à ce qu&amp;#8217;on nomme aujourd&amp;#8217;hui «&amp;nbsp;le journalisme d&amp;#8217;investigation&amp;nbsp;» qui confronte le pouvoir politique à ses erreurs, manquements, mensonges.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On en veut pour preuve le fait que les réponses scandalisées des hommes politiques semblent atemporelles. Il est ainsi amusant de constater les similitudes entre la lettre indignée que Sir William Draper fait publier le 26 janvier 1769 dans le &lt;em&gt;London Public Advertiser&lt;/em&gt; en réponse à une lettre de Junius (5), et les propos tenus sur les différents médias au début du mois de juillet 2010&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Junius et les écrivains de sa trempe occasionnent tout le mal dont on se plaint, en calomniant méchamment les hommes les plus recommandables du royaume. En effet, quand nos concitoyens et les étrangers, également abusés, lisent les libelles empoisonnés et incendiaires qu&amp;#8217;on publie chaque jour impunément, pour avilir les personnages qui se distinguent par de grandes qualités et d&amp;#8217;éminentes vertus&amp;nbsp;; quand ils voient qu&amp;#8217;on ne fait aucune attention et qu&amp;#8217;on ne répond point à ces langues et à ces plumes calomnieuses, ils en concluent que les ministres de la nation ont été parfaitement dépeints, et ils agissent en conséquence. Je pense donc qu&amp;#8217;il est du devoir de tout bon citoyen de se montrer et de tâcher de désabuser le public, quand on emploie chez nous les plus vils artifices pour diffamer et noircir les plus brillantes réputations.&amp;nbsp;»(6)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hier, comme aujourd&amp;#8217;hui c&amp;#8217;est la légitimité de la presse à critiquer le pouvoir qui est en débat. On interroge ainsi les motivations des journalistes, invoquant parfois des intérêts privés cachés, comme la thèse jamais démontrée qui fait de Marat un espion anglais. Dans une interview (7) donnée à &lt;em&gt;Médiapart&lt;/em&gt;, Alain Finkelkraut, exprimant son refus d&amp;#8217;«&amp;nbsp;une société dans laquelle n&amp;#8217;importe qui sonorisera n&amp;#8217;importe quoi en guise de preuve&amp;nbsp;», attribue le vrai malaise que lui cause cette affaire à la surveillance. Ainsi, l&amp;#8217;entretien se conclut sur cette phrase&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;On n&amp;#8217;est pas sorti de la surveillance d&amp;#8217;Etat pour entrer dans une société de la surveillance.&amp;nbsp;» Certes, ni l&amp;#8217;un ni l&amp;#8217;autre de ces deux modes de surveillances ne semblent rassurant et encourageant pour l&amp;#8217;avenir. Cependant, si le travail des journalistes ici s&amp;#8217;est bien basé sur des écoutes issues d&amp;#8217;un drame familial, son propos et son ambition ne semblent pas être de généraliser la surveillance de tous contre tous, mais bien de celle du fonctionnement des instances étatiques et des hommes politiques. Une veille démocratique, en quelque sorte, dans laquelle les journalistes occupent une place de médiation essentielle, qu&amp;#8217;il serait dangereux de dénigrer.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(*) NDLR&amp;nbsp;: Voir également &lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/21/les-revoltes-de-l-abus-de-pouvoir-secrets-prives-affaires-d-etat_1390411_3232.html&quot;&gt;le texte de Sophie Wahnich&lt;/a&gt;, &quot;Les révoltes de l'abus de pouvoir, secrets privés, affaires d'Etat&quot;, publié dans &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; du 21 juillet 2010.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(1) Étude réalisée d&amp;#8217;abord dans le cadre d&amp;#8217;un travail de maîtrise, &lt;a href=&quot;/2006/12/30/91-la-denonciation-chez-marat&quot;&gt;publié sur Revolution Francaise.net&lt;/a&gt;, puis poursuivi dans un travail de thèse en cours, élargi sur le monde anglo-saxon.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) Retranscription des propos tenus sur &lt;em&gt;France Inter&lt;/em&gt; le 20 juillet 2010, à partir du podcast de l&amp;#8217;émission&amp;nbsp;: URL du flux&amp;nbsp;: http://radiofrance-podcast.net/podcast09/rss_10241.xml&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) Jean-Paul Marat a accusé M. Joly, secrétaire de l&amp;#8217;assemblée générale de la Commune, dans son numéro du 4 octobre 1789, d&amp;#8217;avoir commis un faux, en se basant sur les révélations du Comte de Pernet. Ce dernier, se rétracte dans les jours qui suivent et une plainte pour calomnie contre Marat est déposée. &lt;em&gt;Cf&lt;/em&gt;, Jean-Paul Marat, &lt;em&gt;&amp;#338;uvres Politiques&lt;/em&gt;, édité par Jacques de Cock et Charlotte Goëtz, Bruxelles, Pôle Nord, 1989, t.1, guide de lecture «&amp;nbsp;l&amp;#8217;affaire Joly&amp;nbsp;», p. 47.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(4) Cf. «&amp;nbsp;Lettre de M. Marat, l&amp;#8217;Ami du Peuple, à M.Joly, avocat aux conseils, membre et secrétaire de l&amp;#8217;assemblée générale des représentants de la Commune et l&amp;#8217;un des soixante administrateurs de la municipalité&amp;nbsp;», Marat, &amp;#338;uvres Politiques, Ibid., t.1, p. 257.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(5) Entre le mois de janvier 1769 et le mois de janvier 1774, sont parus dans le &lt;em&gt;London Public Advertiser&lt;/em&gt;, une série de lettres signées sous le pseudonyme de Junius, en référence au héros romain Lucius Junius Brutus. Ces lettres attaquaient vigoureusement et nominativement les membres gouvernement anglais. Junius y dénonçait leur gestion catastrophique des finances de l&amp;#8217;État et leur progressif désintérêt des intérêts du peuple au profit de leur enrichissement personnel. L&amp;#8217;identité de Junius n&amp;#8217;a jamais été découverte à l&amp;#8217;époque, ce qui n&amp;#8217;a fait qu&amp;#8217;accroître leur impact de ses écrits sur l&amp;#8217;opinion publique et la classe politique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(6) &lt;em&gt;Lettres de Junius&lt;/em&gt;, édition Champ-Libre, Paris 1977,p. 59-60. Pour le texte anglais&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Junius, and such writers as himself, occasion all the mischief complained of, by falsely and maliciously traducing the best characters in the kingdom. For when our deluded people at home, and foreigners abroad, read the poisonous and inflammatory libels that are daily published with impunity, to vilify those, who are any ways distinguuished by their good qualities and éminent virtues&amp;nbsp;: when they find no notice taken of, or reply given to, thèse slanderous tongues and pens, their conclusion is that both the ministers and the nation have been fairly described&amp;nbsp;; and they act accordingly. I thaink that therefore the duty of every good Citizen to stand forth, and endeavour to undeceive the public, when the vilest arts are made use of to defame and blacken the brightest characters amongst us.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(7) Interview publiée par Antoine Perraud, le 25 juillet 2010 sur &lt;em&gt;Médiapart.fr&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Cahiers de l’histoire et des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions en Normandie</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/07/15/390-cahiers-histoire-memoires-traite-esclage-abolition" />
  <issued>2010-07-15T23:13:54+02:00</issued>
  <modified>2010-07-15T23:13:54+02:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Annonces</dc:subject>
  <summary>Nous publions l'introduction du deuxième numéro des Cahiers de l’histoire et des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions en Normandie,
« Les Abolitions, de la Normandie aux Amériques», (2009, 240 pages) sous la direction d'Eric Saunier, ainsi que l'éditorial du premier numéro qui présentait le projet.


Introduction du n°2
Par Eric Saunier, Université du Havre, CIRTAI


La publication du premier numéro des Cahiers de l’histoire et des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions en Normandie, en choisissant pour thème la traite et ses implications dans les villes portuaires négrières (1), avait pour objectif d’impulser une réflexion générale dont le but est de restituer la spécificité de l’histoire et de la mémoire de la traite des noirs, de l’esclavage et de leurs abolitions en Basse-Seine dans le cadre des questionnements contemporains concernant ce sujet. C’est également dans cette perspective qu’est placé ce second volume qui prolonge la journée d’études organisée le 7 mai 2009 à la Maison de l’Armateur. Il propose en effet de regarder, en partant du cadre régional, les conditions dans lesquelles se déroula le lent et complexe processus qui, du vote de la Convention le 4 février 1794 à la décision d’abolir l’esclavage au Brésil en 1888, aboutit à proclamer l’émancipation des esclaves. Le thème de l’abolition de l’esclavage est en effet un objet d’études privilégié pour réfléchir à l’existence de comportements régionaux originaux. Il permet aussi de valoriser un patrimoine mémoriel largement méconnu. Sur le premier plan, dans le contexte du retard historiographique affectant la connaissance du fait esclavagiste en Basse-Seine (2), l’étude de l’opinion face à l’esclavage fait en effet exception et, sur le plan mémoriel, la Normandie présente l’avantage de compter, avec le pasteur Guillaume de Félice (1803-1871), qui desservit l’Église de Bolbec entre 1828 à 1838, et le philosophe et député de la Manche Alexis de Tocqueville (1805-1859), deux figures majeures du combat pour l’abolition entre la Restauration et la Seconde république. Cet intérêt est accru par le fait que, comme le montrent les publications récentes (3), l’abolition est l’objet d’un renouvellement des études universitaires qui permet d’intégrer depuis peu son histoire (4) dans le cadre de l’histoire de l’évolution des idées et des mutations sociales qui touchèrent l’Europe au XIXe siècle.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;p&gt;Nous publions l'introduction du deuxième numéro des &lt;em&gt;Cahiers de l&amp;#8217;histoire et des mémoires de la traite, de l&amp;#8217;esclavage et de leurs abolitions en Normandie&lt;/em&gt;,
«&amp;nbsp;Les Abolitions, de la Normandie aux Amériques», (2009, 240 pages) sous la direction d'Eric Saunier, ainsi que l'éditorial du premier numéro qui présentait le projet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction du n°2&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Par Eric Saunier, Université du Havre, CIRTAI&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La publication du premier numéro des &lt;em&gt;Cahiers de l&amp;#8217;histoire et des mémoires de la traite négrière, de l&amp;#8217;esclavage et de leurs abolitions en Normandie&lt;/em&gt;, en choisissant pour thème la traite et ses implications dans les villes portuaires négrières (1), avait pour objectif d&amp;#8217;impulser une réflexion générale dont le but est de restituer la spécificité de l&amp;#8217;histoire et de la mémoire de la traite des noirs, de l&amp;#8217;esclavage et de leurs abolitions en Basse-Seine dans le cadre des questionnements contemporains concernant ce sujet. C&amp;#8217;est également dans cette perspective qu&amp;#8217;est placé ce second volume qui prolonge la journée d&amp;#8217;études organisée le 7 mai 2009 à la Maison de l&amp;#8217;Armateur. Il propose en effet de regarder, en partant du cadre régional, les conditions dans lesquelles se déroula le lent et complexe processus qui, du vote de la Convention le 4 février 1794 à la décision d&amp;#8217;abolir l&amp;#8217;esclavage au Brésil en 1888, aboutit à proclamer l&amp;#8217;émancipation des esclaves. Le thème de l&amp;#8217;abolition de l&amp;#8217;esclavage est en effet un objet d&amp;#8217;études privilégié pour réfléchir à l&amp;#8217;existence de comportements régionaux originaux. Il permet aussi de valoriser un patrimoine mémoriel largement méconnu. Sur le premier plan, dans le contexte du retard historiographique affectant la connaissance du fait esclavagiste en Basse-Seine (2), l&amp;#8217;étude de l&amp;#8217;opinion face à l&amp;#8217;esclavage fait en effet exception et, sur le plan mémoriel, la Normandie présente l&amp;#8217;avantage de compter, avec le pasteur Guillaume de Félice (1803-1871), qui desservit l&amp;#8217;Église de Bolbec entre 1828 à 1838, et le philosophe et député de la Manche Alexis de Tocqueville (1805-1859), deux figures majeures du combat pour l&amp;#8217;abolition entre la Restauration et la Seconde république. Cet intérêt est accru par le fait que, comme le montrent les publications récentes (3), l&amp;#8217;abolition est l&amp;#8217;objet d&amp;#8217;un renouvellement des études universitaires qui permet d&amp;#8217;intégrer depuis peu son histoire (4) dans le cadre de l&amp;#8217;histoire de l&amp;#8217;évolution des idées et des mutations sociales qui touchèrent l&amp;#8217;Europe au XIXe siècle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Centrée autour des comportements adoptés par les Havrais, la première partie de l&amp;#8217;ouvrage, entièrement construite autour de la contribution de Lucie Maquerlot, auteure d&amp;#8217;une étude d&amp;#8217;un intérêt de premier plan sur l&amp;#8217;opinion des Havrais durant ce moment décisif que furent les années séparant l&amp;#8217;adoption de la Déclaration des Droits de l&amp;#8217;Homme et du Citoyen (26 août 1789) du début de la révolte de Saint-Domingue (juin 1791), permet de mesurer les résistances au projet abolitionniste dans une ville qui était devenue le second port de traite du royaume à la veille de la Révolution.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;À partir du dépouillement de nombreux dépôts d&amp;#8217;archives normands, elle met en évidence la force avec laquelle le spectre de l&amp;#8217;abolition intéressa le débat politique havrais et, à travers la description des comportements des acteurs et de l&amp;#8217;intensité des luttes que suscita l&amp;#8217;esclavage, l&amp;#8217;existence d&amp;#8217;une véritable stratégie d&amp;#8217;endiguement témoignant d&amp;#8217;un attachement particulièrement fort des Havrais à la traite qu&amp;#8217;explique son développement tardif dans une région qui fut durement touchée par la crise qui affecta le textile rouennais à la fin du XVIIIe siècle. La force des résistances havraises, confirmée depuis l&amp;#8217;étude pionnière de Lucie Maquerlot par de nombreux travaux sur la sociabilité et sur la traite illégale (5) (1814-1848), invite à explorer avec plus d&amp;#8217;ampleur la relation qui lia la société havraise à ce commerce que quelques esprits rebelles, à l&amp;#8217;instar du naturaliste Dicquemare, eurent cependant le courage de dénoncer.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;Malgré ces résistances, la montée des idées abolitionnistes marque en effet en Normandie la période qui sépare les années 1780 de l&amp;#8217;Abolition de 1848. Cette avancée, regardée dans les cénacles savants puis à travers l&amp;#8217;activité que déployèrent Guillaume de Félice et Alexis de Tocqueville, constitue le sujet de la seconde partie de l&amp;#8217;ouvrage. Réceptacle naturel du mouvement de l&amp;#8217;opinion des élites éclairées, l&amp;#8217;Académie de Rouen fut, comme le montre Madeleine Pinault-Sorensen, un lieu où, en dépit des préjugés raciaux nés de l&amp;#8217;anthropologie des Lumières, une sensibilité négrophile s&amp;#8217;affirma dans les années 1780. Observant ce mouvement à travers le prisme de la production intellectuelle et artistique de trois académiciens de renom, l&amp;#8217;auteure met principalement en lumière, entre le respect dû aux noirs prôné par le docteur Le Cat, la dénonciation franche du naturaliste havrais Dicquemare et la critique dans l&amp;#8217;ombre du peintre Lemonnier, une variété de voies qui fait écho à celle du discours esclavagiste qu&amp;#8217;exprimaient les Havrais qui défendirent la traite et annonce celle des abolitionnistes normands au XIXe siècle. C&amp;#8217;est en effet cette attitude qui ressort de la comparaison des actions engagées par Alexis de Tocqueville et par le pasteur de Félice présentées par Albert Nicollet et Yves Hivert Messeca car, en dépit d&amp;#8217;une commune confiance dans la propagande écrite et dans «&amp;nbsp;l&amp;#8217;abolition immédiate&amp;nbsp;», ce sont bien deux orientations différentes que préconisèrent ces abolitionnistes. La première, défendue par Tocqueville dans les pages qu&amp;#8217;il consacre à l&amp;#8217;esclavage aux Etats-Unis (&lt;em&gt;De la démocratie en Amérique&lt;/em&gt;) puis à la Chambre des députés se caractérise par la défiance envers la mobilisation des masses et par la primauté accordée à la nécessité d&amp;#8217;abolir l&amp;#8217;esclavage afin de garantir la stabilité démocratique des États. La seconde, imprégnée des méthodes et des fondements moraux sur lesquels repose le modèle britannique, fait au contraire de l&amp;#8217;émancipation des esclaves une nécessité au nom de l&amp;#8217;Evangile imposant de mobiliser tous les échelons de la société. Le constat de ces différences constitue, au même titre que l&amp;#8217;attitude des Havrais, une incitation à approfondir la recherche en cernant l&amp;#8217;ensemble du milieu abolitionniste normand, lequel reste encore largement méconnu. C&amp;#8217;est dans cette perspective que se situe l&amp;#8217;étude d&amp;#8217;Hélène Frébourg, présentée à l&amp;#8217;occasion de cette journée d&amp;#8217;études, sur la troisième grande figure de la mémoire de l&amp;#8217;esclavage, le proclamateur de l&amp;#8217;Abolition à la Réunion Joseph-Napoléon Sarda-Garriga qui, en se retirant en 1863 dans la commune de Mesnil-sur-l&amp;#8217;Estrée (Eure) où il vécut jusqu&amp;#8217;à sa mort en 1877, appartient à la Normandie . Alors que la politique qu&amp;#8217;il mena dans l&amp;#8217;île a été l&amp;#8217;objet d&amp;#8217;une historiographie importante (6), l&amp;#8217;auteure montre, à partir d&amp;#8217;une étude critique de l&amp;#8217;&lt;em&gt;Histoire de l&amp;#8217;abolition de l&amp;#8217;esclavage dans les colonies françaises&lt;/em&gt;, un texte peu connu écrit par le journaliste anglophile Benjamin Laroche aux fins de justifier l&amp;#8217;action du commissaire de la République envoyé à la Réunion par Schoelcher, en soulignant la conscience des enjeux politiques et économiques inhérents à l&amp;#8217;abolition de «&amp;nbsp;Sarda&amp;nbsp;», la nécessité d&amp;#8217;explorer le chantier de sa culture politique pour comprendre les motifs d&amp;#8217;une nomination qui dépassent à l&amp;#8217;évidence les prétendus liens qu&amp;#8217;il aurait tissé avec son compatriote François Arago (7).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Variété des stratégies de résistance et des voies abolitionnistes, tel est, avec le constat de la capacité de la question de l&amp;#8217;esclavage à investir le débat public, le bilan de cette incursion dans la Normandie des abolitions. Ce tableau devait toutefois être resitué dans le cadre national et international d&amp;#8217;une histoire qui intéressa trois continents et toutes les grandes puissances européennes. C&amp;#8217;est à cette nécessité que répond la troisième partie de ce volume. Organisée autour de quatre contributions centrées autour du processus abolitionniste en France, au Royaume-Uni, dans les colonies espagnoles et aux Etats-Unis, elle rappelle, à travers les apports de recherches nouvelles comme l&amp;#8217;action d&amp;#8217;Étienne Polvérel à Saint-Domingue (M. Jacquemin), l&amp;#8217;analyse de documents peu connus comme le dossier rédigé en 1844 par l&amp;#8217;administration espagnole de Cuba inquiète pour la pérennité de l&amp;#8217;esclavage dans l&amp;#8217;île où s&amp;#8217;était repliée la traite antillaise (A. Renault) et de précieuses mises au point historiographiques autour de questions fondamentales comme les motivations des abolitionnistes anglais (C. Révauger) ou la question en plein renouveau (8) de l&amp;#8217;indemnisation du travail servile (J. Barzman), que la variété du processus abolitionniste est due au triomphe de voies nationales, un triomphe lié à la lenteur de ce processus et à une défiance envers l&amp;#8217;Angleterre qui était soupçonnée en exportant un modèle (9), fut-il au service d&amp;#8217;une cause des plus honorables, de vouloir servir ses ambitions d&amp;#8217;hégémonie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(1) &lt;em&gt;Cf&lt;/em&gt;. E. Saunier, &lt;em&gt;Villes portuaires du commerce triangulaire à l&amp;#8217;abolition de l&amp;#8217;esclavage. Cahiers de l&amp;#8217;hisoire et des mémoires de la traite négrière, de l&amp;#8217;esclavage et de leurs abolitions en Normandie&lt;/em&gt;, Le Havre, 2009, 240 p.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) &lt;em&gt;Cf&lt;/em&gt;. E. Saunier, «&amp;nbsp;Le Havre, port négrier&amp;nbsp;: de la défense de l&amp;#8217;esclavage à l&amp;#8217;oubli&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Cahiers des Anneaux de la Mémoire&lt;/em&gt;, n°11, Nantes, p. 23-39.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) On citera parmi les études parues depuis 2007&amp;nbsp;: Catherine Reinhardt, &lt;em&gt;Claims to memory beyond slavery and Emancipation in the French caribbean&lt;/em&gt;, 2007, 216 p.&amp;nbsp;; Florence Gauthier, &lt;em&gt;L&amp;#8217;aristocratie de l&amp;#8217;épiderme. Le combat de la société des citoyens de couleur, 1789-1791&lt;/em&gt;, Paris, 2007&amp;nbsp;; N. Schmidt, &lt;em&gt;La France a-t-elle aboli l&amp;#8217;esclavage ?&lt;/em&gt;, Paris, Fayard, 2009&amp;nbsp;; M. Dorigny, &lt;em&gt;Les traites négrières coloniales. Histoire d&amp;#8217;un crime&lt;/em&gt;, Paris, 2009, 263 p.&amp;nbsp;; Ph. Hrodej, &lt;em&gt;L&amp;#8217;esclave et les plantations de l&amp;#8217;établissement à la servitude à son abolition&lt;/em&gt;, Paris, 2009.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(4) &lt;em&gt;Cf&lt;/em&gt;. (dir. O. Pétré-Grenouilleau), &lt;em&gt;Abolir l&amp;#8217;esclavage. Un réformisme à l&amp;#8217;épreuve (France, Portugal, Suisse, XVIIIe-XIXe siècles)&lt;/em&gt;, Rennes, P. U. R., 315 p.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(5) La liste des études consacrées à l&amp;#8217;opinion et aux pratiques culturelles havraises depuis l&amp;#8217;étude de Lucie Maquerlot est indiquée aux pages 80-81. Par ailleurs, les enquêtes menées dans d&amp;#8217;autres ports négriers ont confirmé la spécificité de la force des résistances havraises. Cf. notamment&amp;nbsp;: Elodie Le Garrec, «&amp;nbsp;L&amp;#8217;opinion sur la traite des Noirs dans un port négrier&amp;nbsp;: l&amp;#8217;exemple de Nantes (1814-1831), &lt;em&gt;Cahiers des Anneaux de la Mémoire&lt;/em&gt;, n°10, p. 229-245.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(6) Sur l&amp;#8217;action de Sarda-Garriga à La Réunion cf. notamment&amp;nbsp;: P. Eve, «&amp;nbsp;Maurice, le modèle d&amp;#8217;une abolition pour Bourbon&amp;nbsp;?&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Esclavage et abolitions dans l&amp;#8217;océan Indien (1723-1860)&lt;/em&gt;, 2002, p. 239-253 et S. Fuma, &lt;em&gt;Le grand blocage 1830-1848&amp;nbsp;: abolition de l&amp;#8217;esclavage à la Réunion ou «&amp;nbsp;les illusions perdues de la monarchie de Juillet&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, 1830-1848, Saint-Leu, P. du Développement, 1983, 36 p.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(7) L&amp;#8217;explication de l&amp;#8217;amitié entre deux hommes originaires des Pyrénées-Orientales dans le désignation de ce républicain méconnu est notamment avancée dans la seule biographie sur Sarda-Garriga. &lt;em&gt;Cf&lt;/em&gt;. J. Denizet, &lt;em&gt;Sarda-Garriga. L&amp;#8217;homme qui avait foi en l&amp;#8217;homme&lt;/em&gt;, Saint-Denis, Cahiers de notre histoire, 1990, 192 p.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(8) À ce sujet, &lt;em&gt;cf&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;: Frédérique Beauvois, «&amp;nbsp;La liberté pour solde de tout compte&amp;nbsp;: indemnités et abolition française de l&amp;#8217;esclavage&amp;nbsp;» &lt;em&gt;in&lt;/em&gt; - (dir. O. Petre-Grenouilleau), &lt;em&gt;op. cit&lt;/em&gt;. p. 277-293.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(9) &lt;em&gt;Cf&lt;/em&gt;. O. Pétré-Grenouilleau, &lt;em&gt;Les traites négrières. Essai d&amp;#8217;histoire globale&lt;/em&gt;, p. 270-279.&lt;/p&gt;





&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sommaire du n°2&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Introduction&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Éric SAUNIER &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Première Partie&amp;nbsp;: Villes portuaires face à l&amp;#8217;abolition&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
Lucie MAQUERLOT &lt;br /&gt;
Les résistances au Havre de la Constituante à la Convention&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Deuxième Partie&amp;nbsp;: Histoire et mémoire de l&amp;#8217;abolition en Normandie des Lumières aux monarchies censitaires&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Madeleine PINAULT SORENSEN&lt;br /&gt;
Le regard de quelques membres de l&amp;#8217;Académie de Rouen sur les noirs au temps des Lumières &lt;br /&gt;
Albert NICOLLET&lt;br /&gt;
Alexis de Tocqueville, un intellectuel engagé&lt;br /&gt;
Yves HIVERT MESSECA&lt;br /&gt;
Au nom de l&amp;#8217;Évangile et de la justice humaine&amp;nbsp;: le combat abolitionniste de Guillaume de Félice&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Troisième Partie&amp;nbsp;: Les Abolitions de Saint-Domingue&lt;/em&gt; à Cuba (1793-1886) &lt;br /&gt;
Magali JACQUEMIN&lt;br /&gt;
Étienne Polvérel et l&amp;#8217;abolition de l&amp;#8217;esclavage (1792-1794), ou le lien entre la liberté et l&amp;#8217;égalité&lt;br /&gt;
Cécile RÉVAUGER&lt;br /&gt;
Abolir l&amp;#8217;esclavage&amp;nbsp;: l&amp;#8217;exemple britannique&lt;br /&gt;
Agnès RENAULT&lt;br /&gt;
L&amp;#8217;Abolition de l&amp;#8217;esclavage à Cuba&amp;nbsp;: un lent processus&lt;br /&gt;
John BARZMAN&lt;br /&gt;
Autour de l&amp;#8217;abolition aux Etats-Unis&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Unrequited labor&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: justice historique et compensation des esclaves émancipés (1864-1870)	&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction du premier numéro&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par Éric Saunier, Université du Havre, CIRTAI&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La réflexion sur le passé négrier est aujourd&amp;#8217;hui l&amp;#8217;un des champs majeurs de la recherche historique. La croissance du nombre d&amp;#8217;ouvrages consacrés à l&amp;#8217;histoire de la traite transatlantique et de l&amp;#8217;esclavage,  l&amp;#8217;intérêt que manifeste le grand public envers elle, l&amp;#8217;introduction de ces sombres pages de l&amp;#8217;histoire dans les programmes de l&amp;#8217;enseignement secondaire sont les signes les plus forts de ce regain d&amp;#8217;intérêt dont les prémices remontent à la commémoration des 150 ans de l&amp;#8217;abolition de 1848. Depuis 1998, l&amp;#8217;adoption de la loi dite «&amp;nbsp;Loi Taubira&amp;nbsp;» en 2001, en faisant de la France le premier État à placer la traite transatlantique et l&amp;#8217;esclavage au rang de crimes contre l&amp;#8217;humanité, puis la constitution du Comité pour l&amp;#8217;esclavage en février 2004 ont amplifié son expression. À l&amp;#8217;origine du choix du 10 mai comme jour de commémoration annuelle en France métropolitaine des mémoires de la traite de l&amp;#8217;esclavage et de leurs abolitions, ledit comité s&amp;#8217;était vu assigner comme mission de réfléchir aux formes que pourraient revêtir l&amp;#8217;édification de lieux de mémoire et la mise en place d&amp;#8217;actions de sensibilisation au public. Par ce rôle, il a tout particulièrement contribué à engager une dynamique qui, &lt;em&gt;nolens volens&lt;/em&gt;, place la vingtaine de ports impliqués dans le commerce triangulaire sur le devant de la scène. Parmi eux, Le Havre, second port de traite du royaume de France à la veille de la Révolution en nombre d&amp;#8217;expéditions, se devait d&amp;#8217;apporter une contribution importante mettant en exergue  la place de la traite havraise dans l&amp;#8217;histoire générale d&amp;#8217;une ville dont les principaux caractères sont sa naissance tardive, l&amp;#8217;industrialisation rapide de son port à partir des années 1820 puis le traumatisme du bombardement de septembre 1944. C&amp;#8217;est avec en filigrane cette idée de rendre compte de la personnalité de la Traite havraise resituée dans la spécificité du cadre urbain de son développement qu&amp;#8217;a été organisé, les 9 et 10 mai 2008, à l&amp;#8217;initiative du CIRTAI, laboratoire de l&amp;#8217;université du Havre, et de la Maison de l&amp;#8217;Armateur, ce premier temps important de la réflexion engagée dans la Cité océane sur ce sujet abrasif.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour mener à bien ce projet, le choix d&amp;#8217;un lieu emblématique s&amp;#8217;imposait. La Maison de l&amp;#8217;Armateur, dont de nombreux visiteurs apprécient la qualité muséographique, présente l&amp;#8217;intérêt d&amp;#8217;être l&amp;#8217;une des seules bâtisses du siècle des Lumières épargnées par les bombardements pouvant évoquer ce passé qui imprègne tant le bâti urbain de Nantes et de Bordeaux. On rappellera en effet que la magnifique demeure havraise construite par l&amp;#8217;architecte Paul-Michel Thibault fut achetée en 1800 par Martin-Pierre Foäche, l&amp;#8217;un des plus importants négociants de la Place du Havre engagés dans le commerce triangulaire. Elle est en outre située près du bassin du Roy, point de départ des armements destinés à traiter les esclaves achetés sur les côtes de Guinée ou d&amp;#8217;Angole avant un départ vers Saint-Domingue qui, le plus souvent, devait les conduire dans les sucrières et les caféières de Cap-François et de Léogane.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si le choix de la Maison de l&amp;#8217;Armateur comme lieu de la mémoire de la Traite havraise s&amp;#8217;imposait, la question de l&amp;#8217;axe choisi pour ce premier moment de réflexion s&amp;#8217;avérait plus difficile. Comment restituer le passé négrier sans tomber dans les pièges de l&amp;#8217;évocation furtive ou de la repentance, deux travers qui, in fine, empêchent la réappropriation d&amp;#8217;un moment historique oublié&amp;nbsp;? Question difficile à laquelle est confronté tout port de traite mais qui revêt une acuité particulière au Havre. Un ensemble de facteurs ont en effet convergé pour y enfouir ce moment d&amp;#8217;histoire. Le plus important est incontestablement la destruction de la ville ancienne. Elle prive les Havrais et les visiteurs du support matériel visuel dont on connaît l&amp;#8217;importance dans la possibilité donnée aux habitants d&amp;#8217;une ville de se souvenir d&amp;#8217;un moment de leur histoire. À ce lourd handicap se sont ajoutés les effets négatifs de l&amp;#8217;implantation tardive de l&amp;#8217;université, aiguillon naturel de la recherche, et le faible cosmopolitisme du milieu négrier havrais, un aspect dont le rôle est apprécié pour la diffusion de la connaissance des activités inhérentes à une ville.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Face à ces difficultés, nous avons fait le pari de la pertinence des apports de la connaissance scientifique, un pari facilité par la publication de nombreux travaux récents liés aux recherches engagées dans les trois universités normandes et par les apports d&amp;#8217;une historiographie française profondément renouvelée. Ces apports justifient la construction de cet ouvrage dont l&amp;#8217;objectif est, à plus long terme, d&amp;#8217;&amp;#339;uvrer à la restitution de l&amp;#8217;histoire d&amp;#8217;une traite havraise qu&amp;#8217;il conviendra d&amp;#8217;appréhender dans le cadre de développement économique régional qui permit son épanouissement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Introduit en donnant la parole à ceux qui furent des pionniers dans le travail de mémoire sur la Traite française par le biais de Jean-Marc Masseaut, rédacteur en chef de la revue publiée par l&amp;#8217;association les Anneaux de la Mémoire (à travers vingt années d&amp;#8217;expériences séparant l&amp;#8217;exposition organisée à Nantes en 1984 et l&amp;#8217;intégration de la mémoire de la Traite nantaise au Château des Ducs, on pourra réfléchir à la variété des actions et des écueils auxquels sont confrontés ceux qui travaillent sur le passé négrier), l&amp;#8217;ouvrage se présente sous la forme d&amp;#8217;un triptyque dont les parties successives permettent de resituer la place de la traite havraise dans l&amp;#8217;histoire générale du commerce triangulaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dans une approche comparative entre le port du Havre et les deux plus importants ports de traite français (Nantes) et anglais (Liverpool) du XVIIIe siècle, la première partie permet de saisir son originalité. Présentant son évolution au XVIIIe siècle, Edouard Delobette montre un port négrier ordinaire dans lequel elle fut le second pilier d&amp;#8217;un commerce colonial reposant pour l&amp;#8217;essentiel sur la Droiture(1). Modeste entre le temps des compagnies à monopole et le mitan des Lumières (1661-1756), la Traite havraise décolle véritablement après la guerre de Sept ans (1756-1763) avant d&amp;#8217;être dynamisée à partir des années 1780 par la conjonction des effets des politiques d&amp;#8217;encouragement de la monarchie et d&amp;#8217;une crise régionale qui en fit un moyen pour échapper au marasme économique. Malgré l&amp;#8217;engagement des Havrais dans la traite illégale après les rétablissements de la traite et de l&amp;#8217;esclavage par Napoléon Bonaparte (1802), la révolte de Saint-Domingue (1791-1804) mit fin à cet apogée d&amp;#8217;une courte décennie. Décollage confidentiel et engagement tardif mais brutal révèlent la fragilité originelle puis la solidité acquise du capitalisme commercial havrais lesquels construisent un paysage différent des situations observables à Liverpool et à Nantes. Étudiant le plus grand port de traite européen, Olivette Otele souligne la précocité de l&amp;#8217;engagement des négociants de Liverpool qui, dès 1730, s&amp;#8217;imposèrent dans le commerce négrier face à ceux de Bristol et de Londres. Servis par une stratégie de contrôle des comptoirs africains, ils purent donner naissance à un cercle vertueux industrialiste contrastant avec la faiblesse des activités de transformation entraînées par la Traite havraise. Cette dernière diffère également de la Traite nantaise. Regardant le mouvement et les hommes qui animèrent le commerce triangulaire dans le premier port négrier français, Bernard Michon met en évidence la diversité des profils des armateurs nantais, une diversité qui tranche avec l&amp;#8217;étroitesse du milieu négrier havrais composé, pour sa part principale, de négociants modestes convertis tardivement au commerce triangulaire. La Traite havraise émerge ainsi comme une pratique  commerciale qui, tout condamnable qu&amp;#8217;elle fut, occuperait somme toute une place secondaire. Voire. La diffusion par capillarité de la violence de l&amp;#8217;esclavage et son influence dans l&amp;#8217;opinion nous rappellent que l&amp;#8217;importance d&amp;#8217;une activité ne se mesure pas, loin s&amp;#8217;en faut, au seul regard des données quantitatives.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Proposant «&amp;nbsp;un voyage du comptoir au quai&amp;nbsp;», les contributions de Brigitte Kowalski, de Vincent Bugeaud, d&amp;#8217;Erick Noël et d&amp;#8217;Audrey Carotenuto, qui nourrissent la seconde partie de l&amp;#8217;ouvrage, ont pour point commun de montrer la propension du commerce triangulaire à participer à la désagrégation du tissu sociétal, au-delà du seul univers esclavagiste. Dans son panorama de l&amp;#8217;évolution des comptoirs africains, Brigitte Kowalski, ainsi que Jean-Michel Deveau à l&amp;#8217;occasion de sa conférence de clôture (2), en rappelant l&amp;#8217;importance du rôle joué par la constitution d&amp;#8217;États forts et par la professionnalisation du métier de négrier dans la mise en place et le prolongement de celle-ci, montrent nettement l&amp;#8217;affection qu&amp;#8217;imposèrent l&amp;#8217;esclavage et la Traite transatlantique aux sociétés africaines. Vincent Bugeaud en arrive à des conclusions identiques s&amp;#8217;agissant des sociétés européennes. Si elle toucha prioritairement les Noirs, la violence de l&amp;#8217;esclavage exacerba les tensions qui étaient propres à la vie des équipages maritimes. Dans les ports européens, la présence des Noirs destinés, le plus souvent, à devenir domestiques fut aussi source de tensions. Au-delà d&amp;#8217;une mise au point précieuse sur le comptage de ces migrants forcés, la contribution d&amp;#8217;Érick Noël montre à quel point leur présence après la guerre de Sept Ans motiva la mise en place d&amp;#8217;une police des Noirs par  le ministre Sartine (1777-1778) qui, parce qu&amp;#8217;il  fut un système destiné à expulser «&amp;nbsp;tous les noirs, mulatres et autres gens de couleur&amp;nbsp;», témoigne de l&amp;#8217;inquiétude suscitée par l&amp;#8217;arrivée en Europe de ces hommes  qui échappaient à l&amp;#8217;enfer du travail servile dans les plantations. Cette violence impliqua également des séditions dont les révoltes d&amp;#8217;esclaves et la révolution de Saint-Domingue (1791-1804) furent les formes abouties. Si la conférence sur la «&amp;nbsp;révolution noire&amp;nbsp;» proposée par Marcel Dorigny lors de la clôture du colloque a permis de souligner le rôle de l&amp;#8217;exacerbation des violences propres au système esclavagiste de la «&amp;nbsp;perle des Antilles (3)&amp;nbsp;» dans le déclenchement du processus qui mena à la naissance d&amp;#8217;Haïti (1804), l&amp;#8217;étude d&amp;#8217;Audrey Carotenuto des trois grandes révoltes qui éclatèrent à La Réunion entre 1799 et 1818 témoigne, parce qu&amp;#8217;elle révèle une véritable conscience politique servile, du caractère infondé de l&amp;#8217;idée  d&amp;#8217;un esclavage mieux accepté à l&amp;#8217;Île Bourbon qu&amp;#8217;aux Antilles.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Importante par leur impact sur l&amp;#8217;ensemble des relations sociétales, la traite négrière et l&amp;#8217;esclavage eurent une influence considérable sur l&amp;#8217;opinion des habitants des ports négriers. L&amp;#8217;étude de celle-ci, qui constitue la dernière partie de l&amp;#8217;ouvrage, impliquait, du point de vue d&amp;#8217;une démarche historique, de présenter les représentations anthropologiques qui furent celles des hommes du siècle des Lumières. C&amp;#8217;est dans cette perspective que doit être lue la contribution d&amp;#8217;Hélène Cussac. À partir d&amp;#8217;une étude sémantique et lexicologique, elle montre la façon dont l&amp;#8217;anthropologie africaine de Bernardin de Saint-Pierre, malgré un humanisme sincère fondé sur la haine de la violence et son intérêt pour les peuples africains, véhicula des préjugés qui, irriguant les mentalités des sociétés européennes du XVIIIe siècle, expliquent leur acceptation de la condition servile. Cette acceptation n&amp;#8217;impliqua cependant pas le silence. L&amp;#8217;attitude adoptée par les négociants de Marseille, Gilbert Buti rappelant au passage que la traite ne fut pas le monopole du Ponant, montre quant à elle une sensibilité autre que celle que nous avions pu observer au Havre (4) qu&amp;#8217;expliquent les places différentes occupées par le commerce circuiteux dans les économies locales et l&amp;#8217;influence des structures sociales. Elle confirme cependant la capacité de la question de l&amp;#8217;esclavage des Noirs à investir le débat public. C&amp;#8217;est là un constat qui conforte la pertinence et la nécessité de poser collectivement un regard sur ce moment d&amp;#8217;histoire qui fut, comme le suggérait le regretté Yves Benot, la face sombre du siècle des Lumières.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;




&lt;p&gt;(1) Le commerce en droiture désigne la partie du commerce antillais recouvrant l&amp;#8217;échange direct entre les produits commerciaux  européens et les productions coloniales. Il fut protégé jusqu&amp;#8217;en 1763 par le système de l&amp;#8217;Exclusif intégral qui obligeait les coloniaux à vendre aux seuls négociants de la métropole.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) Le colloque des 9 et 10 mai a été achevé par deux conférences prononcées par Marcel Dorigny (voir note 3) et par Jean-Michel Deveau. Celle-ci, «&amp;nbsp;La Traite vue par les Africains&amp;nbsp;», a présenté les apports récents de la recherche concernant la première colonisation de l&amp;#8217;Afrique qu&amp;#8217;entraîna l&amp;#8217;édification d&amp;#8217;un ensemble de forts à l&amp;#8217;époque moderne (cf. Jean-Michel DEVEAU, &lt;em&gt;L&amp;#8217;or et les esclaves. Histoire des forts du Ghana du XVIe au XVIIIe siècle&lt;/em&gt;, Paris, Karthala, 2005).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) On pourra retrouver l&amp;#8217;essentiel des propos tenus par Marcel Dorigny lors de la conférence de clôture sur les conditions de la révolte de Saint-Domingue puis de la naissance d&amp;#8217;Haïti dans&amp;nbsp;: Marcel DORIGNY, &lt;em&gt;Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques (1773-1802)&lt;/em&gt;, p. 134-152.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(4) Cf. Éric SAUNIER, «&amp;nbsp;Le Havre, port négrier&amp;nbsp;: de la défense de l&amp;#8217;esclavage à l&amp;#8217;oubli&amp;nbsp;», &lt;em&gt;Cahiers des Anneaux de la Mémoire&lt;/em&gt;, n° 11, p. 23-41, article dont nous avons prolongé les perspectives dans la communication présentée le 10 mai 2008.&lt;/p&gt;</content>
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  <title>L'éloquence en France et en Angleterre</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/07/08/389-eloquence-france-angleterre" />
  <issued>2010-07-08T13:36:12+02:00</issued>
  <modified>2010-07-08T13:36:12+02:00</modified>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Textes</dc:subject>
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Fragment (117-124) tiré de : Paris et Londres en miroir. Lettres de voyage extraites du Babillard de Jean-Jacques Rutlidge, présentation et notes de Raymonde Monnier, Presses Universitaires de Saint-étienne, collection Lire le Dix-huitième siècle, 2010, 152 p.


Huitième Lettre du Voyageur Anglais (1778)(1)


Je vous suis obligé, mon cher Babillard, de m’avoir mis en liaison avec M. D**. Cet agréable et judicieux Français témoigne autant d’avidité de bien connaître mon pays, que j’en ai de m’instruire, par la pratique, et de me rendre familier tout ce qui concerne le sien. Jusqu'à présent des obstacles multipliés l’on empêché de franchir la mer, qui les séparent : en attendant le moment favorable, il donne régulièrement chaque jour, quelques heures à l’étude de la Langue anglaise. En général cependant, vos Français dédaignent assez tout autre langage que le leur : il y a trente ans, qu’un homme un peu familiarisé avec deux ou trois idiomes étrangers, aurait été un phénomène parmi vous. Le nôtre y acquiert tous les jours : M. D** ne s’est point contenté de l’étudier, assez pour entendre nos Livres ; il travaille encore à surmonter la difficulté, que ses Compatriotes trouvent presque tous à le prononcer : alternativement il vient s’entretenir avec moi un matin, et le lendemain je vais causer une heure ou deux avec lui : ainsi nous nous efforçons de nous rompre et de nous habituer mutuellement aux articulations et à l’accent des Langues française et anglaise, dont nous échangeons entre nous des leçons théoriques et pratiques.</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped">&lt;img style=&quot;margin: 0  10px 10px 0; float: left;&quot; src=&quot;/images/rutlidge.jpg&quot; alt=&quot;Paris et Londres en miroir&quot; /&gt;
&lt;p&gt;Fragment (117-124) tiré de&amp;nbsp;: &lt;em&gt;Paris et Londres en miroir. Lettres de voyage extraites du&lt;/em&gt; Babillard &lt;em&gt;de Jean-Jacques Rutlidge&lt;/em&gt;, présentation et notes de Raymonde Monnier, Presses Universitaires de Saint-étienne, collection Lire le Dix-huitième siècle, 2010, 152 p.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Huitième Lettre du Voyageur Anglais (1778)&lt;/strong&gt;(1)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je vous suis obligé, mon cher Babillard, de m&amp;#8217;avoir mis en liaison avec M. D**. Cet agréable et judicieux Français témoigne autant d&amp;#8217;avidité de bien connaître mon pays, que j&amp;#8217;en ai de m&amp;#8217;instruire, par la pratique, et de me rendre familier tout ce qui concerne le sien. Jusqu'à présent des obstacles multipliés l&amp;#8217;on empêché de franchir la mer, qui les séparent&amp;nbsp;: en attendant le moment favorable, il donne régulièrement chaque jour, quelques heures à l&amp;#8217;étude de la Langue anglaise. En général cependant, vos Français dédaignent assez tout autre langage que le leur&amp;nbsp;: il y a trente ans, qu&amp;#8217;un homme un peu familiarisé avec deux ou trois idiomes étrangers, aurait été un phénomène parmi vous. Le nôtre y acquiert tous les jours&amp;nbsp;: M. D** ne s&amp;#8217;est point contenté de l&amp;#8217;étudier, assez pour entendre nos Livres&amp;nbsp;; il travaille encore à surmonter la difficulté, que ses Compatriotes trouvent presque tous à le prononcer&amp;nbsp;: alternativement il vient s&amp;#8217;entretenir avec moi un matin, et le lendemain je vais causer une heure ou deux avec lui&amp;nbsp;: ainsi nous nous efforçons de nous rompre et de nous habituer mutuellement aux articulations et à l&amp;#8217;accent des Langues française et anglaise, dont nous échangeons entre nous des leçons théoriques et pratiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Lorsque M. D** trouve chez moi nos papiers publics, il veut en être le lecteur. Jamais il ne témoigne plus de satisfaction, que quand je ne lui épargne point les réprimandes, sur le petit nombre de défauts qui lui échappent. Il est devenu l&amp;#8217;admirateur passionné de l&amp;#8217;éloquence simple et vigoureuse de quelque Membre de notre Sénat. La force, la clarté, la majesté des discours du &lt;em&gt;Lord Chatam&lt;/em&gt; (2), l&amp;#8217;adresse et la facilité de ceux &lt;em&gt;du Colonel Barrey&lt;/em&gt; (3) et de &lt;em&gt;M. Burke&lt;/em&gt; (4)&amp;nbsp;; la noblesse et la fermeté des réponses que &lt;em&gt;Milord North&lt;/em&gt; (5) fait aux attaques du parti qui lui est opposé par système, lui plaisent également.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous n&amp;#8217;avons point d&amp;#8217;éloquence en France, me disait l&amp;#8217;autre jour M. D**, nous ne connaissons qu&amp;#8217;une rhétorique vaine et artificielle, que nous avons bien raison de définir, l&amp;#8217;&lt;em&gt;art de parler&lt;/em&gt;. Vous, Monsieur, vous seuls possédez celui de persuader et de convaincre&amp;nbsp;: il semble que nos âmes soient trop faibles pour admettre ces impressions fortes et impérieuses qui les subjugueraient&amp;nbsp;: par les habitudes que leur ont fait contracter notre ordre politique et nos usages moraux, il faut s&amp;#8217;insinuer, plaire ou éblouir. Ainsi nos Orateurs en sont réduits ou aux adresses, ou au clinquant. Je crois, lui répliquai-je, pouvoir, sans une partialité bien grande, recevoir cet éloge pour quelques-uns de mes éloquents Compatriotes&amp;nbsp;; mais cette disette d&amp;#8217;Orateurs véritables que vous trouvez chez vous, est assurément le fruit des circonstances, bien plus que l&amp;#8217;ouvrage de la nature. Ceux que vous admirez avec raison, unissent à des talents naturels, très rares et très grands, l&amp;#8217;avantage de pouvoir traiter, avec toute liberté, des sujets d&amp;#8217;une importance majeure et générale. Leur position leur donne la plus riche et la plus intéressante des matières, puisqu&amp;#8217;ils sont les défenseurs de l&amp;#8217;intérêt de tous et de celui de chacun, et qu&amp;#8217;aucune entrave ne s&amp;#8217;oppose au développement de leurs vastes et graves sujets. Tous ces moyens là, et l&amp;#8217;occasion de les employer, sont ravis parmi vous, à ceux que leur état met dans le cas de parler en public&amp;nbsp;: vous n&amp;#8217;avez pas notre genre d&amp;#8217;éloquence, parce que vous ne pouvez pas l&amp;#8217;avoir&amp;nbsp;; mais votre capacité et cette belle et claire unité, ce coulant, cette marche naturelle de votre Langue, vous donneraient des Orateurs au moins égaux aux nôtres dans des circonstances égales. &amp;#8211; Je vois, Monsieur, que nous allons en revenir à une question qui fut agitée il y a long-tems pour la première fois. Comment donc&amp;nbsp;? &amp;#8211; nous allons entamer un problème littéraire&amp;nbsp;; savoir si l&amp;#8217;éloquence peut fleurir dans les États monarchiques, autant que dans les Républiques. &amp;#8211; Cette question-là, répondis-je, me paraît insoluble dans un sens absolu, comme presque toutes les questions du monde. On fut très éloquent à Athènes et à Rome&amp;nbsp;; on l&amp;#8217;est très peu à Venise et à Amsterdam. Tout ici bas dépend de bien des circonstances&amp;nbsp;: je ne vois pas pourquoi une Monarchie n&amp;#8217;aurait point d&amp;#8217;excellents Orateurs, quand surtout les Princes y sont amis de la vérité&amp;nbsp;; et j&amp;#8217;ai lu plusieurs fois, avec admiration les Remontrances de vos Parlements de France, elles m&amp;#8217;ont paru des chefs-d&amp;#8217;&amp;#339;uvre comparables en dignité et en énergie, à tout ce que l&amp;#8217;amour de la liberté et de la Patrie inspira jamais dans notre Chambre des Pairs et dans nos Communes. &amp;#8211; Voilà certainement un cas qui prouve ce que vous disiez tout à l&amp;#8217;heure&amp;nbsp;: l&amp;#8217;éloquence s&amp;#8217;agrandit par le sujet et par les circonstances&amp;nbsp;; mais comme il n&amp;#8217;est point journalier parmi nous, et qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;échet qu&amp;#8217;à un Corps, cette source est fermée pour tous les Particuliers. Chez vous, au contraire, un nombre considérable d&amp;#8217;individus peut en faire son étude et son objet. La grande éloquence y doit être plus commune et plus répandue. J&amp;#8217;ajouterai encore une remarque, c&amp;#8217;est qu&amp;#8217;elle doit y avoir plus de vigueur, parce qu&amp;#8217;elle a l&amp;#8217;occasion journalière de s&amp;#8217;y exercer, et qu&amp;#8217;elle est plus prompte et moins symmétrisée. Je n&amp;#8217;appelle point un homme éloquent, parce qu&amp;#8217;il pense fortement, et parce qu&amp;#8217;au fond de son cabinet, il écrit avec chaleur, avec énergie, quoiqu&amp;#8217;il y joigne même les grâces et la pureté&amp;nbsp;: je veux qu&amp;#8217;il ait encore l&amp;#8217;éloquence de l&amp;#8217;extérieur et celle du moment. Or je soutiendrai que ces deux dernières s&amp;#8217;acquièrent par la pratique, et fuient devant la gêne&amp;nbsp;: il faut donc écarter les entraves et multiplier les occasions&amp;nbsp;: voilà les moyens que vous avez continuellement dans votre Parlement, et qui sont bien circonscrits dans la Cour de Justice, à qui nous donnons le même nom à Paris. Je suis persuadé que si les deux Nations voulaient mettre de côté leur amour-propre et leurs sentiments exclusifs de préférence, et s&amp;#8217;en rapporter aux étrangers, ces derniers prononceraient en général en votre faveur. Un Membre des Communes, qui a profité dans la discussion des affaires publiques, de tous les moments qui pouvaient donner du développement à sa sagacité et à sa façon de ramener à son sentiment ou à ses fins par l&amp;#8217;adresse et le pathétique de l&amp;#8217;expression, doit paraître, dans les voyages et dans les négociations, un homme bien supérieur à celui dont le langage s&amp;#8217;est toujours traîné entre les lieux communs du discours familier, ou qui n&amp;#8217;en est sorti que pour s&amp;#8217;enluminer du fard académique. &amp;#8211; Je ne sais, répartis-je, si cette audace, fille de la liberté et de &lt;em&gt;l&amp;#8217;esprit public&lt;/em&gt;, qui règne dans nos discours, ne fait point plutôt un mauvais effet dans la carrière épineuse où vous venez d&amp;#8217;embarquer notre Sénateur britannique. Dans les Cours, toutes les impressions sont prévenues&amp;nbsp;; il ne s&amp;#8217;agit point là de persuader, il faut s&amp;#8217;insinuer, au contraire&amp;nbsp;; c&amp;#8217;est le seul chemin à la réussite des affaires. &lt;em&gt;Le talent d&amp;#8217;insinuer&lt;/em&gt;, disait un homme (*) qui eut au suprême degré le talent des Cours, qui le plus souvent est celui des intrigues, &lt;em&gt;le talent d&amp;#8217;insinuer est plus en usage que celui de persuader, parce l&amp;#8217;on peut insinuer à tout le monde, et qu&amp;#8217;on ne persuade presque jamais personne&lt;/em&gt;. En effet, tout éloquents qu&amp;#8217;ils sont, nos Orateurs échauffent plus qu&amp;#8217;ils ne persuadent&amp;nbsp;; et pour faire cet effet hors de chez eux, il faudrait qu&amp;#8217;ils emportassent l&amp;#8217;esprit inflammable de la multitude qui les croit Apôtres de ses intérêts, et qu&amp;#8217;ils le communiquassent à ceux auprès de qui ils ont à traiter. Et quelle différence de la glace qu&amp;#8217;ils ont à fondre dans les Cours étrangères, et de la circonspection, de la défiance qu&amp;#8217;ils ont à décevoir, aux matières combustibles, qu&amp;#8217;il ne s&amp;#8217;agit souvent que d&amp;#8217;allumer&amp;nbsp;? Monsieur, cette espèce d&amp;#8217;éloquence publique est très bonne où elle est&amp;nbsp;: il ne faut point la promener&amp;nbsp;; et si j&amp;#8217;étais à la tête du cabinet de quelque Souverain, je me mettrais plus en garde contre la manière polie de serpenter d&amp;#8217;un Français, que contre l&amp;#8217;élocution d&amp;#8217;un Anglais qui aurait brillé en Parlement. &amp;#8211; Monsieur, j&amp;#8217;admets en partie cette réponse&amp;nbsp;: je sens que vous avez parmi vous des Tribuns du Peuple qui ne sont bons qu&amp;#8217;à cela&amp;nbsp;; mais ce n&amp;#8217;est point là l&amp;#8217;espèce que j&amp;#8217;ai en vue&amp;nbsp;: je suppose, et avec raison sans doute, qu&amp;#8217;il se trouve dans la Chambre Basse des Membres honnêtes et désintéressés, ou même des hommes qui, sans avoir l&amp;#8217;intention de faire triompher la vérité et le bien public, sont capables de les démêler à travers les sophismes et les suppositions des partis qui veulent faire dominer leurs opinions et leurs vues. Or combien ne doivent-ils pas s&amp;#8217;y former par l&amp;#8217;habitude d&amp;#8217;entendre, d&amp;#8217;analyser et de répliquer&amp;nbsp;! Que de lumières ne doivent-ils pas recueillir&amp;nbsp;! Et quelles habitudes de souplesse et de force ne doivent-ils point emporter de ces rixes, où tout est mis en usage, la véhémence, la ruse, l&amp;#8217;adresse&amp;nbsp;! Quel homme doit être, à plus forte raison, un Ministre toujours combattu par système, contredit sans cesse par principe, et le plus souvent victorieux&amp;nbsp;! En effet, pour y parvenir, il est dans la nécessité d&amp;#8217;éblouir les faibles, de réfuter les forts, et de ne déconcerter de rien. Je sens combien rapidement il doit s&amp;#8217;élever au-dessus d&amp;#8217;un Administrateur que la flatterie assaillit, que le mensonge assiège, et autour duquel l&amp;#8217;intérêt de quelques Particuliers peut tirer une ligne éternelle, entre sa vue et les objets, entre ses pensées et les faits qu&amp;#8217;il est si important, si indispensable de connaître. Aussi toutes les fois que cette place est remplie chez vous, par un homme d&amp;#8217;un génie borné, dont l&amp;#8217;affection du Maître a mal mesuré la portée, son règne est bien court et bien passager. Bientôt il s&amp;#8217;embarrasse, il chancelle, il succombe. De quoi une semblable école ne doit-elle pas rendre un mortel capable, si le Ciel l&amp;#8217;a favorisé de quelques-uns de ses dons&amp;nbsp;! &amp;#8211; Monsieur, nous nous écartons un peu&amp;nbsp;; mais pour répondre à votre dernière observation, je crois votre Cour, un lieu où l&amp;#8217;on fait un bien meilleur et plus prompt apprentissage d&amp;#8217;adresse et d&amp;#8217;habileté pratique dans les affaires. Sans contredit la Chambre des Pairs et celle des Communes ont formé de très grands hommes&amp;nbsp;; mais si vous parlez des talents pour les affaires du cabinet, Versailles est, à mon sens, une école bien plus raffinée que les salles de Westminster. Encore un coup on échauffe un Public, et l&amp;#8217;on chemine par des obliquités dans les Cours. &amp;#8211; Eh bien, Monsieur, si vous vous obstinez à nous laisser ce mérite là, ne m&amp;#8217;empêchez pas au moins d&amp;#8217;admirer ceux que vous avez d&amp;#8217;ailleurs, les moyens journaliers d&amp;#8217;y acquérir. être l&amp;#8217;homme d&amp;#8217;un grand Peuple&amp;nbsp;! &amp;#8211; Oh&amp;nbsp;! ce grand personnage est un masque, ou n&amp;#8217;est les trois quarts du temps que celui d&amp;#8217;une faction. De loin, l&amp;#8217;on nous voit par les beaux côtés&amp;nbsp;; on a de nous une opinion aussi fausse que celle que nous concevons quelque fois de votre existence politique et morale, quand nous vous voyons légèrement et à une distance égale. L&amp;#8217;émulation que répand en France le désir de la confiance et de la faveur du Maître, développe autant d&amp;#8217;aptitude et de talents dans ceux qui sont à portée d&amp;#8217;y parvenir, que les occasions de signaler son patriotisme en font éclore en Angleterre. Le gros de la Nation est peut-être un peu mieux instruit parmi nous, parce qu&amp;#8217;il a une liberté de parler, qui lui inspire la démangeaison de l&amp;#8217;examen&amp;nbsp;; mais pour la classe supérieure, je ne sens pas nos avantages comme vous. &amp;#8211; Vous m&amp;#8217;inspirez, me dit alors poliment M. D.**, le désir d&amp;#8217;aller voir moi-même si je me trompe dans l&amp;#8217;idée que je m&amp;#8217;en fais, et personnellement vous êtes fait pour fortifier mes préjugés à cet égard. Voilà, répliquai-je, un tour oratoire, dont aucun de nos éloquents Sénateurs ne se serait jamais avisé&amp;nbsp;! Il n&amp;#8217;est pas un homme en Angleterre qui sache dire une chose flatteuse avec autant de grâce.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il me semble, dit M. D**, que notre conversation prend la même route que toutes celles où l&amp;#8217;affluence des idées amène rapidement, l&amp;#8217;un après l&amp;#8217;autre, des objets bien divers, par une liaison imperceptible pour ceux qui parlent. Nous voilà loin de l&amp;#8217;éloquence nationale et des talents très disparates de nos Orateurs Parlementaires, et de nos Aigles du Barreau, comparés les uns aux autres. Pour que vous puissiez jouir du plaisir de connaître et d&amp;#8217;observer par vous-mêmes l&amp;#8217;état de l&amp;#8217;éloquence parmi nous, il faut que vous alliez dans nos Temples, et que vous fréquentiez le Palais. Nous n&amp;#8217;avons pas d&amp;#8217;éloquence publique ni politique, comme en Angleterre&amp;nbsp;: c&amp;#8217;est donc un point de comparaison, dont il serait inutile et injuste de partir. On ne parle ici en public que dans la Chaire et au Barreau&amp;nbsp;: dans l&amp;#8217;une l&amp;#8217;éloquence est souvent travestie&amp;nbsp;; dans l&amp;#8217;autre elle est presque toujours sèche et stérile&amp;nbsp;: des causes presque inévitables communiquent ces caractères aux discours qu&amp;#8217;on y entend. Allons entendre plaider, nous analyserons ensuite les raisons de la médiocrité et de l&amp;#8217;enfance perpétuelle où se traîne l&amp;#8217;art de parler, dans des lieux où l&amp;#8217;on ne fait que discuter continuellement des intérêts obscurs, et traiter des matières arides.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Dès le lendemain, mon cher Babillard, nous suivîmes quelques Plaidoyers relatifs à des affaires qui faisaient beaucoup de bruit&amp;nbsp;: ils étaient faits et prononcés par les Avocats les plus célèbres&amp;nbsp;: la vérité me force à dire qu&amp;#8217;ils ne m&amp;#8217;inspirèrent qu&amp;#8217;une assez faible opinion de leurs talents.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le premier que j&amp;#8217;entendis, attaquait la validité d&amp;#8217;un codicille, qui révoquait un testament antérieur&amp;nbsp;: le fond de la cause était mauvais, en ce que la lettre de la Loi rendait vains tous les moyens dont l&amp;#8217;Orateur s&amp;#8217;avisa pour la soutenir&amp;nbsp;: il n&amp;#8217;en accumula que de faibles et de languissants, et les exposa avec une désolante prolixité. Sa diffusion me parut souverainement maladroite&amp;nbsp;: j&amp;#8217;eus la patience néanmoins de suivre ses redites pendant deux matinées&amp;nbsp;; on aurait imaginé qu&amp;#8217;il pensait remporter la victoire à force de longueur et d&amp;#8217;ennui&amp;nbsp;; déçu sans doute par l&amp;#8217;espoir d&amp;#8217;effrayer les Juges, à la vue d&amp;#8217;une multitude intarissable de motifs qui pouvaient changer le cas juridique, il substituait l&amp;#8217;enflure à l&amp;#8217;abondance&amp;nbsp;: trop occupé de ce soin perfide, il ne s&amp;#8217;apercevait pas qu&amp;#8217;il endormait au lieu de convaincre&amp;nbsp;: sa verbeuse éloquence me parut on ne peut plus propre à produire cet effet, accompagnée, comme elle l&amp;#8217;était, d&amp;#8217;une prononciation lourde et monotone. Sa chute uniforme et sourde avait, pour assoupir, la même aptitude que le bruit répété et mourant d&amp;#8217;une cascade qui tombe au loin, ou d&amp;#8217;une machine qui d&amp;#8217;abord écarte le sommeil par ses coups alternatifs, et puis le rend plus lourd et plus profond.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un jeune homme, antagoniste du premier, montra de plus heureuses dispositions&amp;nbsp;: clarté, netteté, correction, chaleur bien placée, bel organe. Le mouvement qu&amp;#8217;il excita dans l&amp;#8217;assemblée, me convainquit que la réunion de tant de talents divers y offrait une nouveauté&amp;nbsp;: il fut précis et lumineux, court, serré, plein de nerf. Le sujet n&amp;#8217;était point susceptible de véhémence, aussi n&amp;#8217;en fit-il point paraître mal à propos. Il discuta, parce qu&amp;#8217;il n&amp;#8217;y avait qu&amp;#8217;à discuter. L&amp;#8217;applaudissement fut général et son triomphe complet.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nous sortîmes, après avoir raisonné avec quelques personnes que nous rencontrâmes, sur cette cause qui faisait l&amp;#8217;événement du jour, M. D** me dit&amp;nbsp;: &lt;em&gt;voilà notre éloquence, quand il s&amp;#8217;agit de nos fortunes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;; vous n&amp;#8217;avez plus à connaître que celle qui regarde notre salut. Raisonnons un peu sur la première. A Rome, le noble et brillant emploi de défendre ses Concitoyens des traits de l&amp;#8217;oppression et des ruses de la fraude, était l&amp;#8217;épreuve et la première école par où passaient les hommes destinés à être un jour les Pères de la Patrie. Ici, c&amp;#8217;est le partage de tout pauvre diable qui a de quoi faire son Droit, et qui, faute de pouvoir financer pour une Charge, se voit réduit à vivre au Palais des sottises d&amp;#8217;autrui (6). Il est rare que ces Messieurs fassent des efforts de génie&amp;nbsp;: et comme l&amp;#8217;argent est bien plus leur récompense que la gloire, il arrive journellement que le mortel à qui sa &lt;em&gt;faconde&lt;/em&gt; a donné quelque vogue, n&amp;#8217;est pas fort scrupuleux sur le choix des causes qu&amp;#8217;il entreprend de défendre, et que la mieux payée paraît toujours la meilleure. La véritable éloquence que ces Messieurs prisent bien moins que leurs honoraires, est bien fille de l&amp;#8217;esprit&amp;nbsp;: mais elle tient aussi un de ses caractères du c&amp;#339;ur&amp;nbsp;: elle n&amp;#8217;a jamais toute sa force et son énergie, si elle ne part de conviction, et si elle n&amp;#8217;est soutenue par une vérité bien sentie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Deux ou trois noms respectables, parce qu&amp;#8217;ils retracent à la fois la capacité et la vertu, sont encore des signaux d&amp;#8217;émulation au Barreau. Néanmoins ils ne servent qu&amp;#8217;à remplir la bouche et à fournir un terme de comparaison à la plupart de ceux qui marchent dans cette carrière, sans suivre des exemples qui contraindraient trop leur cupidité. A la fois Jurisconsultes, Orateurs et Citoyens d&amp;#8217;une probité révérée, Cochin (7) et Le Normand (8) n&amp;#8217;ouvrirent jamais leurs lèvres sans être assurés de vaincre. Leur éloquence était toujours l&amp;#8217;égide de la bonne foi et du bon droit bien approfondi. Celui-ci prêtait à son tour un fondement solide à leur élocution victorieuse&amp;nbsp;; il était le garant de toutes leurs tentatives en faveur de la justice et de l&amp;#8217;innocence. Les Juges les écoutaient avec confiance, et le Public les entendait avec respect. Vous auriez trouvé alors des traces de l&amp;#8217;art que Cicéron porta à sa perfection, mais les déclamations brillantes, le bavardage sophistiqué ont pris la place, et vous êtes venu dans un mauvais moment.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne regrettez-vous point, répliquai-je en souriant, le terrible Orateur que ses malheurs contraignirent à chercher un asyle chez nous&amp;nbsp;? (9) &amp;#8211; Il ressemblait à ces hommes illustrés au Barreau, comme un Forban ressemble à un Conquérant auguste et légitime&amp;nbsp;: des facultés naturelles, du courage, des ressources dans l&amp;#8217;imagination, une diction étincelante&amp;nbsp;; mais tous ces talents étaient continuellement prostitués sans pudeur, et mis en &amp;#339;uvre avec une chaleur frénétique. Il aurait pu être quelque chose de mieux qu&amp;#8217;un brouillon éloquent, qu&amp;#8217;un satyrique furieux, qu&amp;#8217;un déclamateur sans suite et sans ordre, si chez lui le c&amp;#339;ur et le sens commun avaient pu prendre le pas sur une imagination déréglée. Ce n&amp;#8217;est point là où vous reconnaîtrez l&amp;#8217;éloquence, avec un esprit aussi raisonnable que le vôtre. Il faut donc, répliquai-je que je fasse l&amp;#8217;essai de celle qui fait retentir les voûtes de vos Temples. Je veux connaître vos Prédicateurs. Si les Avocats ont changé de méthode, ceux-ci du moins n&amp;#8217;ont aucune raison apparente de parler de Dieu autrement que ne le firent les Apôtres. Quelle méprise&amp;nbsp;! me répliqua mon ami, y eut-il jamais &lt;em&gt;Feuille des Bénéfices&lt;/em&gt; dans la primitive église&amp;nbsp;? Comptez-vous pour rien les vues de l&amp;#8217;intérêt, sans parler des prétentions de la vanité.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ne vous fâchez pas, mon cher Babillard, de la critique un peu vive qui est répandue dans cette Lettre. Je n&amp;#8217;aurais jamais osé en hasarder les traits, d&amp;#8217;après mon propre jugement, c&amp;#8217;est un des vos Compatriotes qui a parlé. Je me défiais trop de mes yeux, pour m&amp;#8217;en servir dans cette occasion&amp;nbsp;: prenez-vous-en au guide que vous m&amp;#8217;avez donné, si vous trouvez sa censure outrée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si je prends la liberté de vous dire quelque chose sur les Pères élégants de l&amp;#8217;Église moderne, ce sera encore M. D**, qui sera mon inspirateur et ma boussole.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis, etc.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le Voyageur Anglais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;(*) Le Cardinal de Retz dans ses Mémoires.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(1) &lt;em&gt;Le Babillard&lt;/em&gt;, n° 57, 15 octobre 1778, III, p. 129-144. «&amp;nbsp;C&amp;#8217;est encore mon Voyageur Anglais qui va entretenir mes Lecteurs. J&amp;#8217;espère qu&amp;#8217;on voudra bien l&amp;#8217;écouter avec autant d&amp;#8217;indulgence, qu&amp;#8217;on en a eue jusqu&amp;#8217;ici, pour tout ce que ses idées ont pu offrir de contraire aux nôtres&amp;nbsp;».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(2) William Pitt, 1er comte de Chatham (1708-1778), député aux Communes puis à la Chambre des Lords, célèbre pour son grand talent oratoire, pour son patriotisme et son énergie dans la crise américaine.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(3) Isaac Barré (1726-1802), officier britannique né à Dublin d&amp;#8217;un réfugié français. A servi en Amérique et participé à la prise du Québec en 1759, où il fut blessé. Membre du Parlement depuis 1761, premier ministre de 1770 à 1792. Brillant orateur, célèbre pour sa défense de la cause américaine et son discours d&amp;#8217;opposition au Stamp Act en 1765, dans lequel il nomme les Américains «&amp;nbsp;Sons of Liberty&amp;nbsp;», titre adopté par la suite par des associations et des clubs patriotiques.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(4) Edmund Burke (1729-1797), philosophe et homme d&amp;#8217;état whig né à Dublin, plus connu pour ses idées sur le beau et le sublime (1757) et ses Reflections on the Revolution in France (1790). Brillant orateur au Parlement britannique pendant 30 ans, défenseur de la Glorious Revolution de 1688 et de la révolution américaine. Citons, parmi ses discours les plus fameux aux Communes, &lt;em&gt;On conciliation with the Colonies&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(5) Lord Frederick North, 2e comte de Guilford (1732-1792), chancelier de l&amp;#8217;échiquier, puis premier ministre de 1770 à 1782, ministère dominé par les problèmes liés à la guerre d&amp;#8217;indépendance des colonies d&amp;#8217;Amérique, jusqu&amp;#8217;à la défaite de Yorktown en octobre 1781 qui met fin au conflit armé avant la paix de Paris. La politique du gouvernement de Lord North et de George III fut attaquée avec violence dans &lt;em&gt;The Letters of Junius&lt;/em&gt;, parues anonymement dans le &lt;em&gt;Public Advertise&lt;/em&gt;r.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(6) Sur l&amp;#8217;évolution du Barreau et de la pratique du droit dans les années 1760, sous la pression d&amp;#8217;avocats-écrivains qui, comme Linguet et Falconnet, sont partisans d&amp;#8217;une ouverture de la profession et mettent en pratique un nouveau mode d&amp;#8217;éloquence républicaine dans la sphère publique, David Bell, &lt;em&gt;Lawyers and Citizens. The Making of a Political Elite in Old Regime France&lt;/em&gt;, New-York, Oxford, Oxford University Press, 1994, 280 p.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(7) Henri Cochin (1687-1747), célèbre avocat du Parlement de Paris. &lt;em&gt;&amp;#338;uvres&lt;/em&gt;, 6 vol. 1751-1759. Dans son &lt;em&gt;Tableau de l&amp;#8217;éloquence judiciaire&lt;/em&gt; (13e éd., Paris, Corrêa, 1943, p. 109-111), Maurice Garçon souligne ce qui fit son immense réputation au 18e siècle&amp;nbsp;: l&amp;#8217;art de persuader par la simplicité de l&amp;#8217;exposé et la rapidité de la démonstration&amp;nbsp;; quand la narration est terminée, la discussion devient inutile. En osant l&amp;#8217;improvisation, il sut garder la forme pure de l&amp;#8217;éloquence sans atténuer la spontanéité des sentiments.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(8) Alexis-François Le Normand, avocat et orateur réputé. Au moment de la crise janséniste, il mène les négociations de l&amp;#8217;ordre des avocats de Paris dans l&amp;#8217;Affaire des avocats (1730-31), qui aboutit à un compromis avec le pouvoir et assure l&amp;#8217;indépendance de l&amp;#8217;ordre. Alors que l&amp;#8217;éloquence classique perd du terrain, il est amené à refuser en 1733, sous la pression de ses collègues, l&amp;#8217;entrée à l&amp;#8217;Académie française, couronnement de sa carrière d&amp;#8217;orateur du barreau (David Bell, &lt;em&gt;Lawyers and Citizens&lt;/em&gt;, op. cit., p. 109). Sur les effets des controverses ouvertes au sein du catholicisme sur la crise de la monarchie absolue, Dale K. Van Kley (1996, Yale University Press), &lt;em&gt;Les origines religieuses de la Révolution française&lt;/em&gt;. 1560-1791, Paris, Seuil, 2002, 576 p.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;(9) Il s&amp;#8217;agit de Linguet. Simon Nicolas Henri Linguet (1736-1794), avocat au Parlement de Paris, défenseur de plusieurs causes célèbres dans les année 1770. Rayé du Barreau, il se lance dans le journalisme politique&amp;nbsp;; il doit s&amp;#8217;exiler après l&amp;#8217;interdiction du &lt;em&gt;Journal de Politique et de Littérature&lt;/em&gt; en 1776, et édite en Angleterre son journal le plus connu, les &lt;em&gt;Annales politiques, civiles et littéraires du XVIIIe siècle&lt;/em&gt;. André Damien voit en lui le fondateur de l&amp;#8217;éloquence judiciaire moderne (&lt;em&gt;Les avocats du temps passé&lt;/em&gt;, 1973, 568 p.).&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Les paysans haïtiens contre Monsanto</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/07/03/388-des-paysans-haitiens-contre-monsanto" />
  <issued>2010-07-03T23:33:16+02:00</issued>
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  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Actuel</dc:subject>
  <summary>Six mois après le séisme, les paysans haïtiens refusent le don d'un lot de semences hybrides par le groupe d'agrochimie Monsanto : "Nous nous battons pour notre souveraineté alimentaire et nos semences locales. Les dons de Monsanto sont une attaque contre l'agriculture paysanne et notre...</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped"> &lt;p&gt;Six mois après le séisme, les paysans haïtiens refusent le don d'un lot de semences hybrides par le groupe d'agrochimie Monsanto&amp;nbsp;: &quot;Nous nous battons pour notre souveraineté alimentaire et nos semences locales. Les dons de Monsanto sont une attaque contre l'agriculture paysanne et notre biodiversité&quot;, précise Chavannes Jean-Baptiste, le leader du MPP (Mouvement des paysans de Papaye). Selon &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; du 1er juillet 2010, &quot;la polémique a débuté mi-mai lorsque le Père spiritain Jean-Yves Urfié, un Breton, chimiste de formation, qui a longtemps vécu en Haïti, a dénoncé sur Internet le don par Monsanto de &quot;475 tonnes de semences OGM&quot;. Aux Etats-Unis, la mobilisation des altermondialistes s'est amplifiée après la publication sur le site du Huffington Post, d'un article de Ronnie Cummins, de l'association des consommateurs de produits biologiques. Il y dénonçait les &quot;pilules empoisonnées visant à refaire d'Haïti une colonie d'esclaves, non plus de la France, mais de Monsanto et des multinationales de l'agrobusiness&quot;.&quot;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/07/01/les-paysans-haitiens-refusent-l-aide-de-monsanto_1381635_3244.html&quot;&gt;Lire&lt;/a&gt; l'article du &lt;em&gt;Monde&lt;/em&gt; et &lt;a href=&quot;http://www.viacampesina.org/fr/index.php?option=com_content&amp;amp;view=article&amp;amp;id=526:les-paysans-haitiens-manifestent-contre-monsanto-et-pour-la-souverainete-alimentaire-et-des-semences&amp;amp;catid=47:non-aux-multinationales&amp;amp;Itemid=72&quot;&gt;lire&lt;/a&gt; l'analyse de &lt;em&gt;La Via Campesina&lt;/em&gt; du 22 juin 2010.&lt;/p&gt;</content>
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  <title>Nouvelle parution numérique : Karl Marx, Critique du droit politique hégélien (1843)</title>
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  <author><name>Jacques Guilhaumou</name></author>
  <dc:subject>Outils</dc:subject>
  <summary>Le site des Classiques des sciences sociales propose un édition numérique du texte du Jeune Marx,  Critique du droit politique hégélien rédigé en 1843 mais publié seulement en 1927, donc resté longtemps manuscrit. Ce texte est essentiel pour comprendre la manière dont Marx aborde la Révolution...</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped"> &lt;p&gt;Le site des Classiques des sciences sociales propose un édition numérique du texte du Jeune Marx,  &lt;a href=&quot;http://classiques.uqac.ca/classiques/Marx_karl/critique_droit_pol_hegelien/critique_droit_pol_hegelien.html&quot;&gt;Critique du droit politique hégélien&lt;/a&gt; rédigé en 1843 mais publié seulement en 1927, donc resté longtemps manuscrit. Ce texte est essentiel pour comprendre la manière dont Marx aborde la Révolution française, avant même qu&amp;#8217;il s&amp;#8217;engage dans de vastes lectures de textes révolutionnaires lors de son séjour à Paris à la Bibliothèque Nationale en 1844. On y trouve en particulier la fameuse formule «&amp;nbsp;le pouvoir législatif a fait la Révolution française&amp;nbsp;» qui nous renvoie à l&amp;#8217;aptitude de la Convention Nationale à organiser un pouvoir universel au plus près d&amp;#8217;une figure du peuple fondatrice de la démocratie.&lt;/p&gt;</content>
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  <title>L'exposition Périssent les colonies plutôt qu'un principe ! (3)</title>
  <link rel="alternate" type="text/html" href="http://revolution-francaise.net/2010/06/24/387-l-exposition-perissent-les-colonies-plutot-qu-un-principe-3" />
  <issued>2010-06-24T09:11:59+02:00</issued>
  <modified>2010-06-24T09:11:59+02:00</modified>
  <id>http://revolution-francaise.net/2010/06/24/387-l-exposition-perissent-les-colonies-plutot-qu-un-principe-3</id>
  <author><name>Yannick Bosc</name></author>
  <dc:subject>Synthèses</dc:subject>
  <summary>Révolution Française.net publie en feuilleton les panneaux de l’exposition Périssent les colonies plutôt qu’un principe ! coordonnée par Florence Gauthier. Après la première livraison et la deuxième, voici la troisième.


Les insurrections au nom du droit naturel dans la Caraïbe...</summary>
  <content type="text/html" mode="escaped"> &lt;img style=&quot;margin: 0  10px 10px 0; float: left;&quot; src=&quot;/images/oge.jpg&quot; alt=&quot;Vincent Ogé 1790&quot; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Révolution Française.net&lt;/em&gt; publie en feuilleton les panneaux de l&amp;#8217;exposition &lt;em&gt;Périssent les colonies plutôt qu&amp;#8217;un principe !&lt;/em&gt; coordonnée par Florence Gauthier. Après &lt;a href=&quot;/2010/04/27/376-exposition-perissent-les-colonies-plutot-un-principe-1&quot;&gt;la première livraison&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;/2010/05/24/382-exposition-perissent-les-colonies-plutot-un-principe-2&quot;&gt;la deuxième&lt;/a&gt;, voici la troisième.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les insurrections au nom du droit naturel dans la Caraïbe (1789-1802)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;&quot;Tous les esclaves ne font qu'un cri&amp;nbsp;: liberté&quot;&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
Dès la mise en place de la traite négrière et de l'esclavage, des résistances multiformes apparurent. Au XVIIIe siècle, les esclaves s'approprient la langue des Lumières pour légitimer leurs actions.
L'exemple des Révolutions française et haïtienne renforce les aspirations à la liberté dans la Caraïbe et radicalise les objectifs insurrectionnels en visant la destruction du système colonial.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Saint-Pierre, août 1789. A la Martinique, des esclaves alliés à des &quot;libres de couleur&quot; tentent une insurrection dans la ville de Saint-Pierre, en soulevant les ateliers.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;/editions/exposition3.pdf&quot;&gt;Voir la suite&lt;/a&gt; du troisième volet de l'exposition en .pdf&lt;/p&gt;</content>
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